Alimentation

10 juillet 2014 07:44; Act: 10.07.2014 08:00 Print

La tomate du futur ne pourrira jamais

En France, une entreprise bâloise met au point des fruits et légumes aux caractéristiques surprenantes.

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Le spécimen FW13 est de couleur miel et d'apparence flétrie. (Photo: AFP/Sandra Laffont)

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Dans la chaleur moite et écrasante de sa serre, Sylvain Bontems veille sur ses FW13. Derrière ce nom de code se cache une tomate couleur miel, qui ne pourrit pas mais confit doucement. «Cette tomate se comporte comme une datte, elle perd son eau, sa teneur en sucre augmente. Elle confit sans pourrir». Le consommateur n'est sans doute pas prêt à acheter des tomates fraîches flétries, mais au goût, c'est comme manger de la confiture. Et une tomate qui ne pourrit pas, c'est une piste de recherche plus que juteuse.

Ce chercheur travaille pour le groupe bâlois Syngenta, qui a installé à Sarrians, près d'Avignon, un centre de recherche mondial où il tente de créer les tomates, poivrons, melons et courgettes de demain.

Loin de Bâle, le géant de l'agrochimie et des semences a choisi la région pour son sol froid au printemps, son été chaud, sec et ensoleillé. Car «il faut que les nouvelles variétés puissent résister aux variations de températures», explique Régis Cambon, le responsable de la station.

Dans la serre des poivrons, le sélectionneur Matthieu Nicolas fait de la pédagogie. «Pour créer un poivron résistant à l'oïdium, un champignon ravageur des cultures, on est allé chercher le gène dans un poivron sauvage. Il nous a ensuite fallu 15 ans pour réussir à l'introduire à un poivron carré», explique-t-il.

Même chose pour ce petit poivron long sans pépin destiné à être englouti tel quel à l'apéritif: le sélectionneur a pris la forme d'un piment et le goût d'un poivron.

Plus grande diversité

Pour faire un nouveau fruit, sur le papier, c'est facile. «Tu prends un parent A qui a un beau calibre, résistant aux parasites mais peu fameux. Et un parent B, petit calibre mais avec un beau fruit. Et tu hybrides», mais sans aucune modification génétique, illustre Sylvain Bontems.

Dans les faits, ça demande beaucoup de technicité. Parce qu'il faut d'abord dénicher les variétés intéressantes dans les catalogues ou dans la nature. Et ensuite tenter d'identifier ces caractéristiques dans un gène.

«L'arrivée du génotypage, il y a 15/20 ans, a révolutionné le métier et permet de pouvoir travailler avec une plus grande diversité», ajoute le sélectionneur. Plus besoin de faire pousser une variété pour tester ses caractéristiques, il suffit désormais de prélever une feuille, déterminer son ADN pour voir si elle dispose de tel gène couleur, de résistance ou de goût (acidulé, sucré, amer, etc.).

1,25 milliard par an

Mais il faut toujours 10 à 15 ans de recherche avant sa commercialisation. Les grands semenciers mondiaux comme Syngenta, l'américain Monsanto ou le français Vilmorin (groupe Limagrain) consacrent des milliards à la recherche. Rien que pour le suisse c'est un budget de 1,25 milliard de dollars par an, soit entre 8 et 12% de son chiffre d'affaires.

Mais leurs créations ne sont pas toutes validées. C'est le Geves, Groupe d'étude et de contrôle des variétés et des semences, qui décide d'inscrire au catalogue une variété et délivre ainsi le sésame de commercialisation pour toute l'Europe. Selon ses critères, une nouvelle variété doit être «distincte», «homogène» et «stable».

«Un obtenteur doit justifier que sa variété n'existe pas déjà. Ce peut être un critère de découpe, de taille de fruits ou de résistance aux maladies par exemple», détaille une porte-parole du Geves.

Chaque année, 600 nouvelles variétés toutes espèces confondues sont inscrites au catalogue français (sur 9000 déjà inscrites), venant de grands semenciers mais aussi de groupes plus modestes ou de la recherche publique.

Et nouvelle variété ne signifie pas forcément meilleur goût. «Les grands semenciers veulent vendre beaucoup de semences aux agriculteurs qui travaillent avec la grande distribution. Or le goût arrive à maturité, et la maturité, la grande distribution n'en veut pas», selon Guy Kastler, délégué général du Réseau Semences Paysannes.

(ats)