Crise de la dette

06 décembre 2011 15:37; Act: 06.12.2011 21:27 Print

Le Fonds de secours FESF dans le viseur de S&P

L'agence de notation Standard & Poor's a annoncé mardi avoir placé sous surveillance négative la note du Fonds de soutien de la zone euro (FESF).

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Le FESF risque de perdre sa note triple A d'un ou deux crans. S&P avait placé sous surveillance négative lundi soir les notes qu'elle attribue à la dette à long terme de quinze pays de la zone euro, dont celles de l'Allemagne et de la France, les deux principaux contributeurs du FESF.

Le FESF est un instrument financier qui lève de l'argent sur les marchés avec une garantie apportée par les Etats de la zone euro, proportionnellement à leur participation dans le capital de la Banque centrale européenne (BCE).

Il bénéficie actuellement d'une note triple A qui lui a permis d'emprunter à des taux avantageux sur les marchés. L'argent qu'il lève est ensuite reversé à des pays en difficulté (Portugal, Irlande) à des taux moindres que ceux qu'ils devraient payer sur les marchés.

«Compte tenu de la structure du FESF, si nous devions abaisser la note d'un ou plusieurs pays de la zone euro, nous lui attribuerions la note la plus basse d'un pays de l'Union monétaire anciennement noté triple A», indique S&P dans un communiqué. Cela pourrait donc conduire à un abaissement de deux crans, dans le sillage de la France, qui est le pays bénéficiant d'un triple A le plus sérieusement menacé par l'agence S&P.

La décision de S&P interviendra dans les trois mois «et si possible avant», précise l'agence de notation, qui entend d'abord finir son évaluation des pays apportant leurs garanties au FESF.


La France regrette

ays le plus sévèrement menacé d'abaissement de sa note par Standard and Poor's, la France, qui a fait du maintien de son triple A une priorité absolue, a regretté mardi une décision à contre-temps qui ne tient pas compte du compromis franco-allemand sur la discipline budgétaire dans la zone euro.
L'accord franco-allemand est «la réponse à l'une des interrogations majeures de cette agence qui parlait de l'insuffisance de la gouvernance économique européenne. Nous allons considérablement l'améliorer avec la discipline budgétaire», a affirmé le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé.

Le gouvernement français avait été prévenu de l'avertissement de l'agence de notation dès lundi matin, soit avant la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel qui a permis de dégager un compromis que les deux dirigeants veulent faire endosser au sommet de Bruxelles jeudi et vendredi.

Le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer a même jugé l'annonce de l'agence «une nouvelle fois, complètement à contre-temps, au lendemain d'un accord franco-allemand sur un paquet de gouvernance extrêmement puissant».

Plus modéré, le Premier ministre François Fillon a estimé que la menace d'un abaissement de la note était un «avertissement collectif» qui rend incontournable un désendettement.

«On peut le juger inopportun, on peut considérer qu'il est excessif (...), mais la question n'est pas là (...). L'Europe doit se réorganiser et se désendetter: c'est un fait», a-t-il lancé devant les députés.


Les créanciers perdent patience

La présidente de Standard and Poor's France a répondu en jugeant la situation «assez grave», estimant que les prêteurs qui financent les Etats de la zone euro «commencent à perdre patience» devant «l'absence de solution pérenne» face à la crise.

«Il y a eu 18 sommets en deux ans et à chaque sommet, les espoirs ont été malheureusement rapidement douchés», a déclaré Mme Sirou à la radio RTL.

Si Standard and Poor's envisage d'abaisser la note des six pays de la zone euro notés «AAA», c'est la France qui est le plus visé par l'agence puisque celle-ci la menace de lui faire perdre deux crans, tandis que les cinq autres ne sont menacés d'en perdre qu'un seul.

La situation de la France est particulièrement délicate, avec un déficit public prévu de 5,7% du PIB pour 2011 et une dette abyssale qui s'établit déjà à quelque 1.600 milliards d'euros (environ 85% de son PIB). De plus, le taux de chômage s'élevait à 9,3% au troisième trimestre.

Après avoir déjà annoncé deux plans de rigueur cette année, le gouvernement, qui prévoit de revenir sous les 3% de déficit en 2013, exclut tout nouveau plan d'économies avant la présidentielle d'avril-mai 2012.

«Il n'y aura pas de troisième plan de rigueur», a souligné mardi M. Fillon, avant de nuancer quelques minutes plus tard : «S'il faut aller plus loin, si d'autres mesures doivent être prises, le gouvernement les prendra», mais seulement «quand on connaîtra la croissance (réalisée, ndlr) du premier trimestre 2012».


(ats/afp)