Firmes étrangères

01 mai 2012 10:56; Act: 01.05.2012 11:08 Print

Le spectre de l'étatisation plane en Argentine

La nationalisation d'YPF, filiale de l'entreprise espagnole Repsol, inquiète les entreprises internationales qui opèrent en Argentine. Parmi elles, le géant minier zougois Xstrata.

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Après la française Suez en 2006, l'espagnole Aerolineas Argentinas en 2008, les fonds de pension en 2010 et YPF-Repsol la semaine passée, les entreprises étrangères opérant en Argentine se demandent quelle sera la prochaine sur la liste des nationalisations de la présidente Cristina Kirchner.

Charlie Sartain, le patron de la branche cuivre de Xstrata, a déclaré qu'il était encore trop tôt pour saisir toutes le implications de la nationalisation d'YPF, mais qu'il restait tout de même sur ses gardes.

Craintes fondées

Si les paroles du dirigeant du géant minier zougois - quatrième producteur de cuivre au monde - sont très mesurées, elles n'en dégagent pas moins une certaine inquiétude vis-à-vis des futures décisions du gouvernement argentin.

En effet les arguments avancés par la présidente argentine pour justifier la nationalisation d'YPF peuvent s'appliquer à bien d'autres multinationales opérant dans le pays: des firmes accusées de se contenter de distribuer les bénéfices aux actionnaires sans investir dans le pays.

Cristina Kirchner rappelle que l'Argentine jadis exportatrice doit maintenant importer du pétrole, que les prix de la téléphonie mobile sont les plus chers du continent et que faute d'investissement, les coupures d'électricité sont de plus en plus fréquentes.

Gros investissements

Se sentant sous pression, la pétrolière brésilienne Petrobras et la française Total ont immédiatement manifesté leur intention d'investir 500 millions de francs dans l'exploration et la production.

Quant aux distributeurs et producteurs d'électricité italiens et espagnols (Enel et Edersa) et aux banques espagnoles (Santander, BBVA), ils ont également assuré le gouvernement d'une meilleure participation au développement du pays.

Pour les miniers en général et Xstrata en particulier, la situation est toutefois un peu différente. En effet, Cristina Kirchner peut difficilement les taxer de mauvais investisseurs - Xstrata par exemple va injecter deux milliards et demi de francs dans le plus grand projet minier d'Argentine.

Menaces de représailles

La présidente reproche aux miniers de rapatrier 93% des bénéfices. «Ce n'est pas juste» s'est-elle exclamée récemment, un avertissement pour le moment sans frais lancé aux entreprises minières qui multiplient les programmes sociaux et environnementaux afin de prouver leur engagement dans l'essor du pays.

Si les entreprises internationales comptent sur les menaces de représailles brandies par leur gouvernement pour faire douter Cristina Kirchner, elles risquent fort d'être déçues. En effet, au gouvernement espagnol qui a décidé de boycotter le biodiesel argentin suite à la nationalisation d'YPF, elle répond, «si vous voulez payer votre biodiesel plus cher en allant le chercher ailleurs, tant pis pour vous!»

Quant aux oiseaux de mauvais augure qui prétendent que le pays ne pourra pas payer les indemnisations, le vice-ministre de l'économie a rétorqué «qui parle de payer? Un procès peut durer des années pendant lesquels nous ne débourserons pas un sou. Après? On verra.»

(ats)