Crise

08 décembre 2011 17:52; Act: 08.12.2011 18:03 Print

Le spectre de la division hante l'Europe

La perspective de voir la zone euro aller seule de l'avant dans son intégration sans demander leur avis aux autres pays de l'UE suscite une levée des boucliers des «exclus» qui dénoncent l'ancrage d'une Europe à deux, voire trois vitesses.

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La France et l'Allemagne arrivent jeudi soir au sommet de Bruxelles avec l'intention de proposer à leurs partenaires des changements des traités de l'UE afin de renforcer drastiquement la discipline budgétaire imposée aux Etats face à la crise de la dette.

Mais, en l'état actuel, une modification de traité demande un consensus de l'ensemble des membres de l'UE avec éventuellement dans certains pays une confirmation par referendum.

Si bien que le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel envisagent en cas de problème de réaliser leur feuille de route d'abord entre les seuls dix-sept pays de la zone euro, via un accord ou traité intergouvernemental, groupe ouvert à d'autres pays s'ils le souhaitent.

Ces propositions divisent les Européens qui évoquent le risque d'un morcellement de l'UE en plusieurs groupes.

Le président de l'UE Herman Van Rompuy et celui de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui par définition sont responsables de Vingt-Sept, cherchent à tout prix à éviter que la menace ne se concrétise. Ils insistent donc sur des changements du traité de l'UE impliquant tous les pays membres, même si les modifications ne concerneront que les Etats de la zone euro.

«Une solution qui n'impliquerait pas tous les Etats membres de l'UE enverrait le message que l'Europe est divisée», a confié un responsable européen, s'exprimant sous couvert de l'anonymat.

«J'espère que l'option d'un accord purement intergouvernemental ne va pas s'imposer car ce ne serait pas un bon signal», a ajouté ce responsable.


Mais un changement de traité à 27 semble plus que hasardeux.

Le Premier ministre britannique David Cameron, dont le pays n'a pas adopté l'euro, a multiplié les conditions à une réforme des traités à vingt-sept. Il veut entre autres protéger la City de Londres contre tout projet de régulation financière trop audacieux, comme le souhaite le tandem franco-allemand.

Dans une tribune publiée dans The Times mercredi, il a aussi signifié à Paris et Berlin qu'il avait des problèmes avec l'idée que la zone euro puisse d'un côté vouloir écrire sa propre histoire indépendamment du reste, tout en continuant à utiliser les institutions communautaires de l'UE (Cour de justice européenne et Commission pour le contrôle budgétaire).

Si changement de traité il y a, les intérêts britanniques «doivent être protégés», a-t-il martelé. Autre menace potentielle pour la zone euro: son futur fond de sauvetage permanent (MES), capital pour éviter la contagion de la crise, doit encore être ratifié par les 27 pays de l'UE, y compris au Royaume-Uni, où le débat sur le sujet pourrait être vif si Londres repart frustré du sommet de Bruxelles.


D'autres pays non membres de la zone euro sont préoccupés.

C'est le cas notamment du Danemark qui, à compter du 1er janvier prochain, va présider pour six mois l'Union européenne. «Nous ferons tout ce qui est possible pour que la famille à 27 ne se sépare pas», a dit l'ambassadeur danois auprès de l'UE, Jeppe Tranholm-Mikkelsen.

«L'Europe, c'est 27 Etats membres, pas 17 ou 17 plus», comme l'envisagent la France et l'Allemagne, a lancé quant à lui jeudi à Marseille le Premier ministre polonais Donald Tusk. Toute autre solution «sera fatale à l'Europe», a-t-il mis en garde.

La Roumanie «ne peut pas accepter une Union européenne avec deux catégories d'Etats membres», a aussi affirmé son Premier ministre Traian Basescu.

(afp)