Pétrole

28 décembre 2011 16:17; Act: 28.12.2011 19:10 Print

Le spectre de la faillite agite Petroplus

Le spectre d'une faillite plane sur le raffineur zougois Petroplus, estiment des analystes. Après avoir chuté de plus de 46% la veille, l'action abandonnait encore 10,8% à 1,65 franc mercredi à la clôture.

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L'annonce mardi d'un gel d'une ligne de crédit bancaire d'environ un milliard de dollars (936 millions de francs), indispensable au bon fonctionnement du groupe, a occasionné un impact immédiat sur les liquidités. Le risque de faillite a aussi considérablement augmenté, selon les commentaires qui circulent sur les marchés.

L'avenir de Petroplus est maintenant très dépendant du succès des transactions avec les banques et autres partenaires, a relevé la Banque cantonale de Zurich (BCZ). Selon elle, la solution pourrait consister à conclure des accords d'approvisionnement où une partie de la fortune en circulation serait financée par un partenaire.

La direction du groupe prévoit un tel contrat pour le trimestre prochain. La situation actuelle n'est par ailleurs pas transparente, a ajouté la BCZ. Il y a d'une part un très grand risque de faillite. Un effondrement de l'action jusqu'à la perte totale n'est pas exclu.

D'autre part, des mesures engagées par la société elle-même ou une amélioration des conditions-cadre peuvent avoir des répercussions positives sur le cours de l'action, selon la Banque cantonale de Zurich.

La direction de Petroplus examine apparemment toutes les stratégies possibles, a pour sa part relevé Andreas Escher, analyste chez Vontobel. A ses yeux, certaines arriveraient toutefois trop tard pour remédier aux problèmes de liquidités.

Les syndicats demandent une intervention de l'Etat français

Les syndicats d'une raffinerie du groupe suisse Petroplus à Petit-Couronne, dans le nord-ouest de la France, ont demandé mercredi à l'Etat d'intervenir auprès des banques françaises pour qu'elles débloquent leur quote-part à une ligne de crédit gelée mardi. Le groupe juge que cette ligne de crédit est «indispensable» au bon fonctionnement de ses opérations.

«Le gouvernement doit ouvrir les coffres des banques puisqu'il ne cesse de répéter qu'il faut qu'elles soutiennent l'industrie», a affirmé Jean-Luc Brouté, secrétaire du syndicat CGT, au cours d'une assemblée générale.

Selon lui, trois banques sur les onze engagées dans cette ligne de crédit d'un milliard de dollars, permettant au groupe d'acheter du brut, sont françaises.

Le gouvernement a répondu mercredi soir, en assurant qu'il faisait «tous ses efforts» pour aider Petroplus dans ses négociations bancaires.

«Les banques françaises ont fait part de leur disponibilité pour mettre en place les financements demandés par l'entreprise dans le cadre d'un accord global», ont indiqué le ministre de l'Economie, François Baroin, et son homologue chargé de l'Energie, Eric Besson, dans un communiqué.

En clair, cela signifie que les banques françaises sont prêtes à financer le groupe suisse s'il parvient à s'entendre avec les autres établissements auprès desquels il veut se renflouer.

Selon les syndicats, sans cette ligne permettant au groupe d'acheter du brut, les cinq raffineries de Petroplus en Europe devront être arrêtées dans les premiers jours de l'année 2012. Mais au-delà de ce problème de trésorerie, ils demandent à l'Europe de prendre des mesures contre les importations à bas prix de produits pétroliers raffinés dans les pays émergents.

Selon eux, quelque 40 millions de tonnes de produits pétroliers sont ainsi importées sur les 90 millions consommées en France chaque année. «Il faut taxer ces produits fabriqués dans des conditions de concurrence déloyales, sans contraintes environnementales et sociales», a affirmé Jean-Luc Brouté.

Au cours de cette assemblée générale, les 200 salariés présents ont voté le principe du blocage des livraisons de produits finis de cette raffinerie pour servir de «moyens de pression» au cas où la crise perdurerait.

Petroplus, premier raffineur pétrolier indépendant en Europe, a annoncé mercredi qu'il devait faire face à un «sérieux» problème avec le gel d'une de ses deux lignes de crédit. «Nous ne pouvons plus acheter de pétrole alors que nous en achetons normalement 500'000 barils par jour», a déclaré le directeur financier du groupe, Joseph Watson, sans préciser les raisons de ce gel.

Petroplus, qui s'était développé ces dernières années en reprenant les installations de «majors» pétrolières, comme Shell et BP, avait notamment fermé à la fin juin son site français de Reichstett, dans l'est du pays.

A Petit-Couronne, le groupe a annoncé en octobre une «reconfiguration» de la raffinerie qui comprendrait l'arrêt de la fabrication d'huiles et la suppression possible de 120 des 550 emplois du site.

Outre Petit-Couronne, Petroplus possède quatre autres raffineries, à Coryton (Grande-Bretagne), Anvers (Belgique), Ingolstadt (Allemagne) et Cressier (Suisse). Ces cinq usines emploient au total 2500 salariés et représentent une capacité de traitement de 667'000 barils de pétrole par jour.

(ats/afp)