Politique monétaire

08 décembre 2011 14:02; Act: 08.12.2011 18:29 Print

Le taux principal de la BCE au plus bas

La Banque centrale européenne a abaissé jeudi son principal taux directeur à 1%, contre 1,25% précédemment, prenant en compte la dégradation continue de la conjoncture en zone euro.

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Face à la crispation de la crise, la Banque centrale européenne a décidé sans surprise jeudi de baisser son principal taux directeur à 1% et d'élargir son aide aux banques de la zone euro. Elle est toutefois restée campée sur son refus de porter secours aux Etats.

«Pour l'instant, la BCE fait tout pour être le prêteur en dernier ressort des banques mais pas des gouvernements», a commenté Carsten Brzeski, économiste chez ING.

Le conseil des gouverneurs de l'institution monétaire de Francfort (BCE), inquiète de la défiance des marchés à l'égard des établissements bancaires européens, a décidé de deux opérations de prêts sur 36 mois pour leur éviter une pénurie de liquidités et donc en conséquence du crédit. Jusqu'ici, la BCE pratiquait de tels prêts, à volume illimité et à taux fixe, sur des durées allant du jour le jour jusqu'à un an.

La BCE va en outre élargir le spectre des garanties (»collatéraux») exigées en échange de ses prêts, afin de permettre aux banques les plus en difficulté d'accéder à ses financements.

Son président Mario Draghi a en revanche refroidi les attentes d'une intervention massive en faveur des Etats. Il a préféré appeler les dirigeants européens, réunis à Bruxelles pour un nouveau sommet de la dernière chance à partir de jeudi soir, à «faire le maximum» pour retrouver la confiance des investisseurs.

Il a une nouvelle fois appelé de ses voeux un nouveau «pacte budgétaire» en zone euro, pour enrayer les déficits, et réclamé sa mise en place rapide, une manière de s'opposer à des procédures trop longues de ratification en cas de modification des traités européens.

Espoirs douchés

Mais contrairement à ce que certains avaient cru comprendre de propos tenus la semaine dernière devant le Parlement européen, M. Draghi a exclu qu'en échange de ce pacte, la BCE apporte un soutien plus marqué aux Etats, notamment au travers de rachats plus importants de dette publique, dont il a encore dit qu'ils étaient «limités» et «temporaires».

«Les traités interdisent un financement monétaire des Etats», a-t- il dit, estimant que pour porter aide aux pays en détresse, sa «préférence allait au FESF et au MES», soit le mécanisme de soutien déjà mis en place et celui qui doit le relayer.

Il a aussi balayé la possibilité d'un financement des Etats par la BCE via le Fonds monétaire international (FMI). Cela «serait juridiquement très complexe», a-t-il dit, ajoutant que «l'esprit des traités ne permet pas de faire circuler l'argent par des canaux qui contournent les règles».

Ces mesures sont pourtant jugées par la plupart des économistes et certaines capitales européennes, en particulier Paris, comme les seules susceptibles de rassurer les marchés -qui ont d'ailleurs plongé après les déclarations de M. Draghi- et de mettre un terme à la contagion de la crise.

Bluff soupçonné

Pour Holger Schmieding, chef économiste de la banque Berenberg, «le soutien aux banques va très loin (...) mais c'est le simple colmatage des symptômes» et ne pourra pas «stabiliser la situation» car «la zone euro ne connaît pas une crise bancaire, elle souffre de l'effondrement de la confiance envers les Etats, qui s'est transmis aux banques».

Son confrère Carsten Brzeski se demande si les propos de M. Draghi reflètent ses intentions ou «s'il s'agit d'un coup de poker» pour faire pression sur les gouvernements.

Nombre d'économistes mais aussi la majorité des dirigeants estiment que la BCE n'aura en effet d'autre choix que d'intervenir de manière plus spectaculaire, dans un contexte où l'évocation de l'effondrement de la zone euro n'est plus tabou et où l'agence Standard & Poor's menace de dégrader la note de solvabilité de quasiment tous ses membres, y compris la vertueuse Allemagne, ainsi que de ses principales banques.

«Elle restera toutefois réticente à le faire tant que le problème de l'aléa moral n'est pas résolu», estime Guntram Wolff, de l'institut bruxellois Bruegel en référence à la crainte de voir les gouvernements faire machine arrière sur le redressement de leurs finances une fois qu'ils auront touché la manne de la BCE.

Obstacles

L'institution a été échaudée par l'attitude de l'Italie cet été, qui après avoir obtenu qu'elle rachète ses obligations pour faire baisser ses taux d'emprunt a fait marche arrière sur ses promesses.

Il faudra aussi convaincre la Banque centrale allemande, viscéralement opposée à financer les Etats, et dont l'influence est grande.

Le regard des gouverneurs de la BCE est donc tourné vers Bruxelles. Mais l'Allemagne, qui promeut les mêmes mesures de rigueur qu'eux, a quelque peu refroidi les espoirs mercredi en se déclarant «pessimiste sur la possibilité d'avoir un accord total».

(ats)