Genève

14 juin 2019 14:33; Act: 14.06.2019 15:29 Print

Les femmes manquent encore dans les banques

Le secteur bancaire qui reste à la merci des inégalités entre hommes et femmes rêve des jours meilleurs.

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Seules Pictet, Lombard Odier et Reyl peuvent se prévaloir d'une certification attestant de leurs efforts en matière d'égalité salariale entre hommes et femmes. (Photo: Keystone)

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La cause de l'égalité salariale pour les femmes doit visiblement encore faire son bonhomme de chemin auprès des banques genevoises. Actuellement, seules Pictet, Lombard Odier et Reyl peuvent se prévaloir d'une certification attestant de leurs efforts. La liste devrait s'allonger, relativise toutefois un spécialiste.

Mardi, l'Association suisse des employés de banque a lancé un pavé dans la mare en publiant une étude qui jette une lumière crue sur les inégalités prévalant dans la profession. Par exemple, les bonus perçus par les hommes peuvent dépasser de 40% ceux des femmes. L'Office fédéral de la statistique place le secteur financier parmi les derniers de classe en Suisse.

«Jusqu'ici, les banques partaient du principe qu'elles n'avaient pas de problème. Peu d'entre elles faisaient des contrôles», affirme Marc Pieren, cofondateur et associé de la société Comp-On, qui a lancé en janvier sa certification Fair-On-Pay.

Les esprits ont quelque peu évolué récemment, avec l'entrée en vigueur de la révision de la loi fédérale sur l'égalité entre femmes et hommes en avril. «Ce changement a poussé les banques à la réflexion et fait un peu peur, même si aucune sanction n'est prévue. Le (risque) réputationnel inquiète», affirme M. Pieren.

En tournée récemment à Genève, le spécialiste a perçu une réel intérêt des représentants de banques privées pour une certification, motivé par une réelle conviction ou par la simple nécessité de se conformer à la législation. «Beaucoup vont attendre l'année prochaine pour le faire, quand la loi sera effective», avertit toutefois Marc Pieren.

Cinq certifications existent à ce jour, dont Fair-On-Pay. Trois établissements romands ont franchi le pas et obtenu cette distinction, à savoir la Banque cantonale neuchâteloise et la vaudoise Piguet Galland, qui, en l'occurrence, ne fait pas mentir son nom. La certification est toute fraîche pour le groupe genevois Reyl, qui a communiqué sur le sujet jeudi.

Le BFEG reste neutre, les banques discrètes

Axée principalement sur la question du salaire, Fair-On-Pay suit les recommandations de la loi et repose sur les critères du Bureau fédéral de l'égalité entre hommes et femmes (BFEG). Les données récoltées par Comp-On sont passées à la moulinette par le géant genevois de la certification SGS. En cas de réussite, un réexamen est mené tous les quatre ans.

Fair Compensation suit la même logique, mais s'appuie sur l'expertise de l'allemand SQS pour l'analyse et impose un cycle de renouvellement de trois ans. En Suisse romande, la Banque cantonale du Valais a passé ce test avec succès.

Le genevoises Pictet et Lombard Odier ont jeté leur dévolu sur la certification EDGE, plus «holistique», à en croire Marc Pieren. «Elle ne concerne pas que le salaire. L'égalité des chances, les processus et les règlements sont passés en revue. Les collaborateurs sont interrogés et les partenaires sociaux impliqués. C'est plus lourd et invasif comme procédure.»

EDGE est-elle donc plus sérieuse que les concurrentes? «Non, elle est plus large. Cela répond à un autre besoin», explique le spécialiste. Le BFEG, pour sa part, ne se prononce pas sur la pertinence des différentes alternatives proposées, mais salue chaque initiative visant à promouvoir l'égalité salariale.

Quant aux banques genevoises, elles font honneur à leur réputation de discrétion. Reyl a annoncé l'obtention de Fair-On-Pay par une brève communication sur le réseau social professionnel Linkedin.

Pourtant certifiées, Pictet et Lombard Odier ont laissé sans réponse plusieurs questions d'AWP ayant trait aux salaires, aux bonus ou encore à l'égalité des chances au sein de leur groupe.

De même que l'on ne saura pas si les employés participant à la grève des femmes ce vendredi ont dû prendre congé.

(nxp/ats)