Cuba

13 juin 2019 08:48; Act: 13.06.2019 09:22 Print

Les prix des aliments s'envolent, pas les salaires

Sous le coup d'un embargo américain, Cuba manque cruellement d'argent. Les pénuries se multiplient. Les prix flambent.

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Poulet, huile, farine et oeufs sont devenus presque introuvables. (Photo: AFP)

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Un jour sur deux, Marcos passe 14 heures au volant d'un taxi, ce qui lui permet de gagner un bon salaire, par rapport à la moyenne à Cuba. Mais il n'arrive pas à suivre l'envolée des prix des aliments, stimulée par les pénuries.

«D'un jour à l'autre, la livre de viande de porc a pris 20 pesos. Maintenant, elle en coûte 65», confie cet homme de 53 ans, qui préfère ne pas donner son nom de famille. «Les temps sont durs», lui a dit, pour se justifier, le boucher.

L'île socialiste, sous le coup d'un embargo américain qui ne cesse de s'accentuer, manque en effet cruellement d'argent. En crise de liquidités depuis fin 2018, elle a vu les pénuries se multiplier.

Poulet, huile, farine et oeufs sont devenus presque introuvables, de quoi agiter le fantasme d'un retour à la période spéciale, la grave crise économique des années 1990, et affoler l'inflation.

Salaires insuffisants

Marcos voit la différence chaque fois qu'il va faire les courses. «Les prix ont monté à une vitesse incroyable», s'inquiète cet ex-employé de l'Etat. Il a quitté son travail, où le salaire moyen est de 30 dollars par mois, pour devenir chauffeur de taxi, ce qui lui rapporte 2000 pesos (83 dollars) mensuels.

Ces dernières semaines, le gouvernement a pu réapprovisionner les magasins. Mais si les files d'attente se réduisent, les prix, eux, ne repartent pas à la baisse.

L'épouse de Marcos, Margarita, 51 ans, gagne 600 pesos (25 dollars) comme ingénieure mécanique dans une entreprise d'Etat. Le couple aide leur fille de 19 ans, à l'université, et la mère de Marcos, retraitée de 75 ans qui, avec sa maigre pension de 240 pesos (10 dollars), «n'a pas assez pour s'acheter à manger pour le mois».

Sur le budget familial, «75 à 80% de l'argent part en nourriture», le reste pour «payer l'électricité, l'eau, le téléphone, le gaz». Mais «si l'on y rajoute le papier toilette, le savon, la lessive, le dentifrice, les choses fondamentales, les salaires ne suffisent pas», témoigne Margarita.

Le couple a fait ses calculs: il lui faudrait 8000 pesos (333 dollars) par mois pour «entretenir la maison (...), remplacer ce qu'il faut» puis «s'alimenter, se chausser et s'habiller». Ils en sont bien loin.

Réforme agraire demandée

Une récente étude des économistes Betsy Anaya et Anicia Garcia, à laquelle a eu accès l'AFP, souligne que pour couvrir ses besoins de base, un Cubain doit gagner 313% du salaire minimum. Un retraité doit toucher 352% de la pension minimale, selon ces spécialistes du centre d'études de l'économie cubaine.

Certains prônent un contrôle de l'Etat sur les prix, mais l'économiste Omar Everleny Pérez estime plutôt que «ce dont Cuba a besoin, c'est d'une réforme agricole» comme au Vietnam. «L'Etat doit se pencher sur les causes réelles qui affectent les niveaux de production de l'agriculture».

80% des aliments importés

L'île peine en effet à couvrir ses besoins. Elle importe chaque année 80% des aliments qu'elle consomme, pour deux milliards de dollars.

Via la libreta, le carnet d'approvisionnement, l'Etat vend à chaque Cubain un panier de produits à prix réduit à environ 30 pesos (1,25 dollar), insuffisant pour le mois. Tous doivent compléter en achetant ailleurs, à des prix plus élevés.

Avoir la «fe»

Dans cette bataille, il y aura «des gagnants et des perdants», prévient Omar Everleny. Sur les 4,4 millions de travailleurs cubains, 3 millions travaillent pour l'Etat et doivent se contenter, comme Margarita, d'environ 30 dollars par mois.

Les autres? Des membres de coopératives, des agriculteurs et des salariés privés comme Marcos, dont les revenus sont au moins de 100 à 200 dollars, bien plus pour les propriétaires de restaurants ou maisons d'hôtes.

Le rêve communiste d'égalité semble évaporé. Face à la crise, une partie de la population est «en risque de pauvreté», selon les sociologues. Pour les Cubains, la solution est comme toujours d'avoir la «fe» (la foi), jeu de mots signifiant «famille à l'étranger».

«La famille à l'étranger, c'est elle qui jusqu'à présent nous aide», reconnaît Margarita, en envoyant des vêtements, des chaussures, un ordinateur portable pour leur fille, voire en finançant l'achat d'électroménager. Tout cela, «ce n'est pas avec notre salaire», soupire-t-elle.

(nxp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Germaine le 13.06.2019 10:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Réflexion....

    Si ils ont la santé et la chance d'avoir un job durant 50 ans, ils gagneront environ 18'000.- durant LEUR VIE. Il y a quelques jours il était cité dans la presse le salaire de certains joueurs de football, environ 350'000.- PAR JOUR. Il y a des sérieux problèmes sur notre belle planète.

  • Presse moi le jus le 13.06.2019 10:16 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    1kg citron 80 $

    Les ricains sont tes amis.... Embargo a vie ? C'EST un scandale ce que le peuple cubain doit subir.

  • la baie des Cochons le 13.06.2019 09:31 Report dénoncer ce commentaire

    crispy pig

    Depuis son indépendance de ses bienfaiteurs le 10 octobre 1868, Cuba n'a plus rien à manger mais, comme unique pays écologique, protège sa nature, ses côtes et ses requins. C'est vrai, les Cubains sont très pauvres, il mangent leur maigre "crispy pig" bio, et il vivent leur dictature mieux que nous.

Les derniers commentaires

  • poiuzt le 14.06.2019 13:50 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    pourquoi ??

    Mais pourquoi sont ils dépendant des importations ? Il me semble que c'est pas compliquer d'être indépendant pour la bouffe... La pêche, l'agriculture, l'élevage, ça peut ce faire sur l'île... Pourquoi doivent ils importer ?

  • 151 ans de liberté le 13.06.2019 19:18 Report dénoncer ce commentaire

    Proud to be Cubano!

    Lors de la dernière fête nationale de l'indépendance philippine, "121st Independence Day" (a hundred and twenty-one years of freedom), un petit Philippin, pauvre gentil Filipino sans emploi, se lève devant son dictateur et crie - "Proud to be Pinoy"! C'est ce jour-là, le 11 juin dernier, que j'ai compris que le petit peuple gagne du terrain devant l'hémogénie américaine et devant sa propre dictature!

  • Fritz le 13.06.2019 16:22 Report dénoncer ce commentaire

    @Pareil

    Comme chez nous.

  • Cheminot déçu le 13.06.2019 11:41 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    ben oui,

    comme en Suisse quoi !

  • Caramba le 13.06.2019 11:38 Report dénoncer ce commentaire

    Viva la Revolution

    Merci de publier un article sur la réalité "au niveau du vécu" des gens ordinaire. Cela est bien plus parlant que toutes les théories des idéaliste égarés dans les paradis révolutionnaires du communisme figé. Après, évidement, c'est encore la faute aux Américains. lol