Genève

22 octobre 2019 16:58; Act: 25.10.2019 15:45 Print

«On a l'impression d'être des pions»

par Léonard Boissonnas - Plusieurs dizaines d'employés de Japan Tobacco ont participé à un rassemblement devant les bureaux de la multinationale mardi. Ils ont fait part de leurs inquiétudes.

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Les collaborateurs mobilisés mardi ont préféré éviter d'être photographiés à visage découvert. (Photo: Keystone)

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«C’est la grande déception, c’est une boîte pour laquelle on a donné énormément, on a l’impression d’être des pions», déplore une employée de Japan Tobacco International (JTI). L’entreprise avait annoncé le 2 septembre la suppression de 268 postes sur les 1100 que compte son siège à Genève. Ce mardi, environ 80 membres du personnel se sont réunis à côté du bâtiment de la société, à Sécheron, pour un «rassemblement solidaire». Ils voulaient faire part de leur mécontentement face à cette restructuration et à la manière dont elle est gérée par la direction. Quelques-uns ont témoigné anonymement.

Plan social insuffisant

Le plan social proposé par le cigarettier est jugé insuffisant. Les indemnités ne prennent pas en compte les années d’ancienneté, comme l’explique un salarié: «Ce plan social n’a aucun sens, dit-il. Un employé engagé depuis 6 ans n’a aucun avantage par rapport à une personne qui ne travaille que depuis quelques mois.» La situation des collaborateurs âgés ou de ceux qui ont une famille à charge n’a pas été prise en compte, déplorent en outre les employés. Ils évoquent aussi le peu d’informations distillées par la direction depuis l’annonce des suppressions de postes: «Les salariés ont posé des questions auxquelles ils n’ont pas obtenu de réponse», affirme l’un d’eux. Alessandro Pelizzari, secrétaire régional du syndicat Unia, estime lui que «les conditions sont bien meilleures» pour les collaborateurs licenciés par JTI en Allemagne qu’à Genève.

Peu d'espoir

Face à cette situation, le personnel se dit déçu et énervé, voire méprisé, par une société qui a été reconnue jusque-là pour être un employeur modèle: «On comprend d’autant moins que c’est une année profitable pour l’entreprise, comment peuvent-ils proposer un plan social aussi faible?» Après l’échec d’une tentative de conciliation avec l’aide d’Unia devant la Chambre des relations collectives du travail, le personnel a fait la semaine passée des contre-propositions à la direction. Celle-ci doit se prononcer jeudi, mais «on a très peu d’espoir», reconnaît un salarié. Alessandro Pelizzari précise que, pour l’instant, aucune lettre de licenciement n’a été envoyée.

Rester compétitif

JTI prévoit de recentrer certaines activités en Pologne, en Russie et aux Philippines. Au total, 3720 employés dans le monde pourraient être affectés par cette réorganisation, qui doit permettre au groupe de rester compétitif, indique ce dernier. Celui-ci évoque «l'évolution rapide que connaît notre industrie, notamment avec l'introduction de nouveaux produits qui ont le potentiel de réduire les risques». Selon les collaborateurs qui ont témoigné mardi, aucun salarié du siège genevois n’a reçu de proposition pour aller travailler dans un autre pays. Toutefois, l'entreprise assure que, «pour tout poste à pourvoir, les employés de JTI, y compris ceux affectés par la réorganisation, seront considérés en priorité, dans la mesure où leur profil correspond à celui recherché».

Enfin, JTI rappelle que les collaborateurs ont eu l'occasion de partager leurs suggestions jusqu'au 2 octobre et qu'un comité les représentant est en place. Les discussions étant en cours et par respect du processus, la multinationale ne peut donner «plus de détails pour le moment».