Italie

04 décembre 2011 17:14; Act: 04.12.2011 22:40 Print

Monti accélère l'adoption d'une cure anti-crise

Le gouvernement italien de Mario Monti a adopté dimanche une cure anti-crise d'une rigueur draconienne pour tenter de mettre l'Italie à l'abri de la crise de la dette.

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Le chef du gouvernement italien Mario Monti a promis dimanche de «mettre fortement sous contrôle le déficit et la dette» mais, en présentant de nouvelles mesures d'ajustement budgétaire, a assuré vouloir transmettre un «message de grand espoir».

«Nous ne devons pas être perçus en Europe comme un foyer» de crise, a déclaré M. Monti, lors d'une conférence de presse, en soulignant vouloir «une Italie orgueilleuse, de laquelle on ne se moquera plus comme cela s'est produit par le passé».

Le gouvernement a reçu du Parlement le mandat d'aider «l'Italie à sortir d'une crise très grave», d'aider à «sauver l'Italie et à développer l'Italie», a indiqué M. Monti, en rappelant sa nomination il y a trois semaines par le président Giorgio Napolitano, en remplacement de Silvio Berlusconi.

M. Monti s'est voulu également rassurant, lançant à l'adresse des Italiens: «ensemble nous y arriverons». «J'ai voulu transmettre un message de grave préoccupation mais aussi de grand espoir», a dit le Premier ministre.

Le chef du gouvernement a souligné que le plan adopté dimanche soir «comportera certains aspects pour se serrer la ceinture et d'autres pour mettre en oeuvre des mécanismes pour la croissance de l'Italie», en annonçant des mesures pour les femmes, les jeunes, une meilleure cohésion territoriale et le développement du Sud défavorisé.

«Nous avons donné un poids particulier à l'équité, nous avons dû distribuer les sacrifices mais avons pris soin de les répartir de façon équitable», a-t-il dit.

Serrer la ceinture

Comme il l'a promis à Bruxelles, M. Monti va imposer aux Italiens de se serrer encore plus la ceinture afin de parvenir à l'équilibre budgétaire en 2013, car les mesures d'austérité de 60 milliards d'euros adoptées en juillet et en septembre ne suffiront pas pour atteindre cet objectif alors que l'Italie risque d'entrer en récession.

Selon les premiers éléments ayant filtré, le nouveau tour de vis d'un montant de 24 milliards d'euros prévoit notamment une augmentation des taxes sur l'immobilier, qui devraient rapporter de 10 à 12 milliards, et sur les produits de luxe (voitures de gros cylindrés, yachts), ainsi que de nouvelles réductions des dépenses publiques.

Hausse de la TVA

Une nouvelle hausse de la TVA n'est pas non plus exclue.

Fidèle à sa promesse, le gouvernement a également décidé de s'attaquer au dossier brûlant des retraites.

Son projet de réforme prévoit une augmentation du nombre d'années de cotisation, fixé actuellement à 40 ans, un calcul des pensions fondé sur l'ensemble de la carrière et non sur les derniers salaires perçus et une accélération du relèvement prévu de l'âge de départ des femmes.

De quoi susciter la colère des syndicats, la secrétaire générale de la CGIL (gauche) Susanna Camusso dénonçant un «coup très dur aux revenus des retraités» et une augmentation «insoutenable» de l'âge de départ, tandis que le numéro un de la CISL (catholique), Raffaele Bonanni, a critiqué des effets «dévastateurs».

La «patronne des patrons» Emma Marcegaglia a jugé de son côté que les mesures annoncées par le gouvernement étaient «indispensables» en raison de la gravité de la situation, tout en regrettant l'augmentation de la pression fiscale.

Mécontenter tout le monde

Mais comme il l'avait déjà laissé entendre, mécontenter tout le monde fait partie de la stratégie de M. Monti. «Personne ne doit être satisfait de nos actions car tout le monde doit participer aux efforts du pays», a-t-il dit au maire de Bari.

Sur le front de la relance de la croissance, sans laquelle la péninsule ne pourra pas réduire durablement sa dette et restaurer la confiance, le plan d'action du gouvernement devrait être axé sur une réduction de la fiscalité sur le travail, des crédits d'impôt pour la recherche et les travaux visant à économiser de l'énergie ainsi que des aides pour améliorer les infrastructures.

La réforme du marché du travail devrait en revanche intervenir dans un deuxième temps.

Les principales mesures:

REFORME DES RETRAITES:

- Le nombre d'années de cotisation nécessaires pour partir en retraite dans le cadre des «pensions d'ancienneté» passera à 41 ans pour les femmes et 42 ans pour les hommes contre 40 ans actuellement.

- L'âge de départ des femmes travaillant dans le privé, aujourd'hui fixé à 60 ans dans le cadre de l'autre système des «pensions de vieillesse», va passer de 60 ans à 62 ans en 2012 et à 66 ans en 2018 et non en 2026, pour être aligné sur celui des hommes, comme prévu par l'ancien gouvernement.

- Le calcul des pensions fondé sur l'ensemble de la carrière et non sur les derniers salaires perçus est étendu à tous les salariés.

- Flexiblité de l'âge de départ entre 62 et 70 ans pour les femmes et entre 66 et 70 ans pour les hommes avec des avantages pour les personnes décidant de travailler plus longtemps.

- Gel de l'indexation des retraites sur l'inflation en 2012 et 2013 à l'exemption des plus faibles

MESURES DE RIGUEUR:

- Nouvelles réductions des dépenses publiques (notamment suppression des conseils départementaux, réduction des conseillers régionaux)

- Augmentation de la fiscalité sur les biens immobiliers avec la réintroduction de la taxe sur la résidence principale abolie en 2008

- Taxe sur les produits de luxe (voitures de grosse cylindrée, yachts, avions)

- Possible nouvelle hausse de la TVA de deux points à 23% «si nécessaire» à partir de septembre 2012

- Impôt exceptionnel de 1,5% sur les capitaux régularisés dans le cadre de l'amnistie fiscale adoptée par le gouvernement Berlusconi

- Lutte contre l'évasion fiscale avec notamment l'interdiction d'utiliser du liquide pour les paiements dépassant 1.000 euros

MESURES DESTINEES A RELANCER L'ECONOMIE

- Réduction des charges sociales pour les entreprises embauchant en particulier des femmes et des jeunes

- Mesures destinées à favoriser la capitalisation des entreprises ou à garantir les prêts pour les PME

- Crédits d'impôt pour la recherche et les travaux visant à économiser de l'énergie

(afp)