Suisse

21 juin 2015 10:14; Act: 21.06.2015 10:21 Print

Quand des patrons s'inspirent de la Bible

Face aux incertitudes liées à la crise, des chefs d'entreprises disent chercher conseil dans le texte sacré des chrétiens.

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La lecture de la Bible inspire de nombreux patrons. (Photo: Keystone/Alessandro Della Bella)

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Devoir composer avec le franc fort, une faible conjoncture ou une forte pression sur les marges fait partie du quotidien de nombreuses entreprises suisses. En temps de crise, le système de valeurs des sociétés prend d'autant plus d'importance et certaines d'entre elles cherchent conseil dans la Bible.

«Je pourrais donner deux conférences chaque semaine», confie Ralph Siegl, patron du chocolatier Läderach. D'autres chefs d'entreprise veulent en effet connaître le secret de gestion de l'entreprise grisonne, qui surfe sur le succès et se développe à l'international, tout en brandissant fièrement ses valeurs chrétiennes.

Un verset en ouverture d'un conseil d'administration

Son propriétaire Jürg Läderach débute en effet chaque réunion du conseil d'administration avec un verset de la Bible. Le message est toujours d'actualité, notamment en cas de succès, de par ses aphorismes sur l'humilité, la modestie et la gratitude, rapportent des participants.

Dans une interview, M. Läderach a dévoilé son passage de la Bible préféré: «Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus». «La majorité de l'équipe de direction n'est certes pas versée dans la Bible», admet Ralph Siegl, «mais pour nous, son message est important».

Une personne désirant travailler chez Läderach doit ainsi accorder une grande importance aux valeurs d'honnêteté, de fiabilité et de confiance. Peu importe sa confession.

Valeurs partagées

«Lorsque l'entreprise était plus petite, chacun savait exactement ce qui était en vigueur. Avec 750 collaborateurs, nous devons consciemment aborder les questions de culture d'entreprise ou de valeurs», souligne M. Siegl.

Pour cela, des ateliers permettent de transmettre ces valeurs. «Le corporate behaviour» - à savoir le comportement, en ligne avec la marque, à adopter dans les affaires courantes - prend ainsi toute son importance.

«Après la crise financière, de nombreuses sociétés ont réalisé que les choses ne pouvaient pas continuer ainsi. Une entreprise doit aussi s'engager vis-à-vis des hommes et de la société», explique encore Ralph Siegl.

Entrepreneurs chrétiens

D'autres entreprises, telles que le fabricant de couteaux Victorinox ou le producteur de brosses à dents Trisa, ont continué à défendre leurs valeurs chrétiennes, encore davantage durant la crise. «Nous avons confiance en la force qui nous surplombe», écrivait par exemple le propriétaire de Trisa Philipp Pfenniger dans la préface du rapport annuel 2010 de la société.

Les entreprises proclamant leurs valeurs chrétiennes unissent leurs forces au sein de l'Association des entrepreneurs chrétiens suisses (VCU). L'organisation, qui regroupe quelque 400 entreprises, a été fondée en 1949 par Romuald Burkard, le dernier dirigeant familial du groupe de spécialités chimiques Sika.

L'assureur maladie CSS, qui inclut l'adjectif «chrétien» dans son propre nom, met pour sa part l'accent sur les principes de solidarité et de justice, écrit le service de presse. Ceux-ci peuvent être perçus «indépendamment des valeurs fondamentales chrétiennes».

Economie et Eglise

Dans le canton de Zoug, existe le forum «église et économie», financé par l'Eglise catholique. Celui-ci entend rapprocher les leaders économiques et les représentants de l'église.

«Nous voulons faire tomber les barrières et les préjugés», explique le directeur du forum Christoph Balmer. «Si les responsables religieux s'abstiennent de prêcher du haut de leur chaire et si les capitaines d'industrie respectent l'Eglise, les discussions peuvent alors se mener sur un pied d'égalité».

Les conférences organisées par Christoph Balmer attirent à chaque fois entre 150 et 250 participants. Il organise également des rencontres entre responsables religieux et entreprises locales et modère des tables rondes entre dirigeants et théologiens.

En outre, le forum, créé en 2009, tient des réunions fermées. Des dirigeants du géant des matières premières Glencore, basé à Baar (ZG), et des responsables ecclésiastiques se sont ainsi déjà rencontrés à deux reprises.

(ats)