Etats-Unis

05 février 2019 18:15; Act: 05.02.2019 18:52 Print

Un critique de la Banque mondiale bientôt à sa tête

L'administration Trump a informé les pays du G7 avoir choisi David Malpass comme candidat à la tête de la Banque mondiale.

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David Malpass est le sous-secrétaire au Trésor chargé des affaires internationales. (Photo: AFP)

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Un haut responsable du Trésor américain, David Malpass, très critique de la Banque mondiale, va se présenter à la présidence de l'institution internationale, historiquement dirigée par un Américain.

«L'administration Trump a informé hier (lundi) les pays du G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) avoir choisi David Malpass» comme candidat des Etats-Unis, a indiqué mardi à l'AFP une source proche du dossier. Et «il serait très surprenant que Donald Trump change de candidat au dernier moment», a-t-elle réagi.

L'institution, dont la vocation est de réduire la pauvreté dans le monde, doit officiellement jeudi lancer le processus de dépôt de candidatures. Il durera jusqu'au 14 mars, pour une annonce prévue avant mi-avril.

Elle assure que la sélection se veut transparente, ouverte et basée sur le mérite mais depuis mardi, avant même l'échéance, un nom revient partout: celui de David Malpass.

Ce sous-secrétaire au Trésor chargé des affaires internationales, âgé de 62 ans, est connu pour avoir blâmé devant le Congrès en 2017 la Banque mondiale de «continuer à prêter d'importantes sommes d'argent à des pays» comme la Chine pourtant deuxième puissance économique mondiale.

Pour autant, M. Malpass a aussi donné son aval en avril 2018 à l'augmentation de capital de 13 milliards de dollars de l'institution pour financer les pays les plus pauvres.

La Banque mondiale attend de la part des prétendants à la succession de Jim Yong Kim, Américain d'origine sud-coréenne ayant démissionné avant la fin de son mandat, une solide expérience de direction d'une grande organisation internationale, le sens de la diplomatie et de l'impartialité.

Mais au-delà de ces critères objectifs, depuis sa création en 1944, un Américain a toujours été nommé à la tête de la Banque mondiale et un Européen à la direction du Fonds monétaire international (FMI) selon un partage des rôles de plus en plus contesté par les pays émergents.

«Cette fois-ci, toute la question est de savoir si les Européens --qui ne veulent pas d'un pro-Trump-- sont prêts à ne pas soutenir le candidat américain et donc à rebattre les cartes en prenant le risque de perdre la direction du FMI quand Christine Lagarde s'en ira», résume une source européenne.

Simon Johnson, ancien chef économiste du FMI, doute que les Européens soient prêts à prendre un tel risque. «Ils ont toujours besoin» du FMI, estime-t-il, soulignant que ces pays ne sont pas à l'abri d'une nouvelle crise grecque.

Il argue également qu'ils sont d'autant plus disposés à faire des concessions que le poste de président de la Banque mondiale est bien moins influent que celui de directeur général du FMI. Le président de la BM a un mandat de cinq ans.

Un désastre annoncé?

Face aux Etats-Unis, les pays en voie de développement semblent avancer en ordre dispersé.

«Il y a six ou huit ans, ils apparaissaient davantage comme un bloc cohérent», observe M. Johnson tout en notant que ces pays disposent de candidats de qualité, à l'instar de l'Inde, avec l'ancien directeur de la Banque centrale Raghuram Rajan.

Deux autres noms sont régulièrement cités par des experts: celui de l'ancienne ministre des Finances indonésienne Sri Mulyani Indrawati, directrice générale de la Banque mondiale chargée des opérations, et celui de l'ancienne ministre des Finances nigériane, Ngozi Okonjo-Iweala, déjà candidate en 2012.

Mais pour l'heure, tous les yeux sont rivés vers l'administration Trump, particulièrement critique envers l'institution, qui doit révéler mercredi son poulain. Si la Maison Blanche venait à confirmer David Malpass, elle signifierait sa volonté de faire évoluer le fonctionnement de l'institution.

C'est la fille et conseillère de Donald Trump, Ivanka, qui supervise le processus de sélection, aux côtés du secrétaire au Trésor Steven Mnuchin ainsi que du directeur du budget à la Maison Blanche Mick Mulvaney.

Un choix très critiqué

Avant même sa nomination officielle, David Malpass suscitait une volée de critiques virulentes notamment de la part de Paul Krugman. Dans une série de tweets mardi, le Nobel d'Economie, graphique à l'appui, fait part des erreurs de jugements de l'intéressé avant la crise financière de 2008.

«David Malpass serait un désastre, un choix toxique», avait tweeté, le 31 janvier, Tony Fratto, ancien porte-parole de la Maison Blanche sous George W. Bush.

Face à David Malpass, Mohamed El-Erian, chef économiste du groupe européen d'assurances Allianz, auditionné la semaine dernière, ferait davantage consensus. Cet économiste respecté a trois nationalités: américaine, égyptienne et française.

«La question est de savoir si les autres nations (...) vont laisser l'administration Trump saper une importante institution mondiale», a réagi Justin Sandefur, du Center for Global Development. «Ils ont le choix. C'est un simple vote à la majorité, les Etats-Unis ne disposent pas de droit de veto».

(nxp/afp)