France

16 juillet 2019 20:58; Act: 16.07.2019 20:58 Print

Une «crise brutale» pour les vins de Bordeaux

Les crus bordelais ont moins la cote: tel est le constat des professionnels qui ont évoqué lundi, lors de leur assemblée générale, plusieurs solutions pour y remédier.

storybild

(Photo: AFP/Georges Gobet)

Sur ce sujet
Une faute?

Des chais toujours bien remplis alors que les vendanges se profilent, des ventes en forte baisse, particulièrement dans la grande distribution, le marché chinois en berne...: les vins de Bordeaux ont annoncé une série de mesures lundi pour tenter de juguler cette «crise brutale».

«Bordeaux souffre en ce moment. Nos ventes ont fortement reculé, sous l'effet conjoncturel de la récolte 2017 (ndlr: en baisse de 40% en raison du gel), mais aussi en raison d'effets structurels propres à notre filière et aux évolutions des modes de consommation», a admis le nouveau président du Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB), Bernard Farges.

«Nous avons connu de nombreuses crises à Bordeaux. Celle-ci est brutale et nous impose des changements radicaux et rapides», a estimé ce viticulteur, élu lundi lors de l'assemblée générale de cette corporation, après avoir déjà accompli un premier mandat à la présidence il y a trois ans.

Combattre le cliché d'un vin cher

Bernard Farges a notamment cité «des problèmes d'image aux origines multiples»: l'environnement et les pesticides, des prix élevés «alors que seuls quelques vins de Bordeaux sont chers», certains produits «d'entrée de gamme (qui) ne sont pas dans le style des vins attendus par le consommateur»...

Le président sortant Allan Sichel a confirmé les chiffres annoncés en avril: les exportations ont augmenté de 4% en termes de valeur, mais elles ont surtout été sauvées par les crus haut de gamme. Parallèlement, la baisse des volumes d'exportations a atteint 13%, entraînée notamment par l'effondrement du marché chinois où les vins français sont concurrencés par des crus australiens ou chiliens non taxés, alors même que l'économie du pays ralentit.

Les Français affectionnent moins le rouge

A cela se sont ajoutées une faible récolte 2017 qui n'a pas permis d'alimenter les marchés, des difficultés dans la grande distribution représentant plus de 50% des ventes de vin de Bordeaux en France et une certaine désaffection pour les vins rouges.

«Les tendances de consommation évoluent: les Français plébiscitent le rosé, le blanc, le crémant. Une tendance qui dépasse les frontières, partagée par des destinations prioritaires de la filière des vins de Bordeaux, comme aux Etats-Unis», a également expliqué Allan Sichel.

Un vigneron présent, Dominique Techer de la Confédération paysanne, a tiré la sonnette d'alarme pour la prochaine récolte, qualifiant la situation de «catastrophique»: les chais sont «pleins» deux mois avant la récolte dans les quelque 6000 propriétés viticoles en Gironde.

Promotions dans la grande distribution

Des solutions ont été présentées aux viticulteurs et négociants présents à cette assemblée générale: développement rapide des ventes en grande distribution avec des bons de promotions distribués jusqu'à la fin de l'année et une tournée des vins de Bordeaux pour la Saint-Vincent, patron des vignerons, le 24 et 25 janvier.

«L'idée, c'est de créer comme la Saint-Patrick un grand rendez-vous autour des vins de Bordeaux», a indiqué Stéphanie Sinoquet, responsable marketing pour la France et la Belgique, appelant les viticulteurs à aller au plan national à la rencontre des consommateurs dans les restaurants, chez les cavistes ou encore les supermarchés.

A long terme, l'interprofession entend également évoluer en termes de communication pour atteindre la jeune génération et sortir les vins de Bordeaux de ses clichés.

«Ces évolutions structurelles dans la distribution et la consommation des vins de Bordeaux représentent un nouveau défi pour la filière. Il vient s'ajouter à celui de l'adaptation de nos vignes et de notre production au changement climatique, et à celui de répondre aux exigences des citoyens, qui sont aussi nos riverains», a souligné Allan Sichel, une allusion à l'usage des produits phytosanitaires.

La nouvelle préfète de Nouvelle-Aquitaine, Fabienne Buccio, a souligné ces efforts mais a estimé qu'il fallait «aller plus loin», en particulier en matière d'environnement.

(20 minutes/afp)