Gland (VD)

24 mars 2014 18:36; Act: 24.03.2014 23:40 Print

Une usine historique met ses employés à la rue

par Yvan Mulone - La direction d'ATI Stellram, appartenant au groupe américain Kennametal, a annoncé lundi à son personnel la fermeture complète du site dès le mois d’août prochain. Une centaine d’emplois vont disparaître.

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L'usine est établie à Gland depuis 1974. (Photo: ymu)

Une faute?

«C’est un coup de massue. Nous sommes tous sous le choc.» Lundi en début d’après-midi, cet employé de l’usine ATI Stellram, à Gland, peine à cacher son émotion. Avec ses collègues de la fabrique de métaux durs, rachetée en 2013 par Kennametal (concurrent direct d’ATI), il sort d’une séance d’information menée par sa direction, où il vient d’apprendre la délocalisation de la fabrique. Le groupe américain, nouveau propriétaire des lieux, met le cap sur l’Allemagne, et entend fermer son site de production vaudois. Une centaine d’emplois passeront ainsi à la trappe.

L’annonce passe mal, forcément, d’autant plus que le discours de la nouvelle direction se voulait rassurant lors de la reprise. «On sentait depuis le rachat que quelque chose ne tournait pas rond. Mais de là à voir venir un coup pareil…», continue l’employé. Celui-ci compte une dizaine d’années de service dans cette société, qui fabrique notamment des outils et des pièces de haute précision trouvant des débouchés dans l’aéronautique ou l’horlogerie, par exemple. Et la nouvelle est d’autant plus difficile à encaisser que les travailleurs sur place ne sont au bénéfice d’aucune convention collective de travail (CCT). En effet, au moment du rachat de Stellram, ancien fleuron de l’industrie helvétique, par ATI, au milieu des années 1990, l’une des premières mesures du repreneur américain avait été de faire sortir Stellram de la convention de l’industrie des machines. En 1999, ATI avait fermé le site de production de Nyon.

«Je ne suis pas surpris de cette nouvelle. Malheureusement, il y avait plusieurs signes avant-coureurs», soupire Yves Defferrard, délégué syndical d’Unia, qui suit ce dossier de longue date. Mais l’homme a été informé de cette fermeture par des employés, et non par la direction. «Nous ne sommes pas les bienvenus sur le site», précise le syndicaliste, qui dit avoir été sciemment écarté par les dirigeants lors de précédentes actions, notamment lors d’un débrayage en 2002. Pas question donc, pour l’heure, de s’immiscer dans le processus, à moins que l’assemblée du personnel ne donne mandat à Unia d’agir. «Nous espérons qu’elle le fera. Nous invitons les employés à se fédérer pour agir ensemble, de manière à avoir davantage de poids. Si on nous donne mandat, nous interviendrons», affirme Yves Defferrard, qui attend qu’une délégation des employés se mette en place. Selon nos informations, les travailleurs se réunissaient lundi après-midi dans ce but, mais leur référent habituel était en vacances depuis le jour même. «La direction a dit que la décision avait été prise la semaine dernière, raconte l’employé. Je ne sais pas si c’est un hasard, mais c’est quand même étrange que la séance d’information ait été mise sur pied exactement le jour où il part en vacances…»

Des prémices il y a un an

En avril 2013, sept licenciements avaient déjà eu lieu sur le site, et les méthodes employées par les ressources humaines avaient laissé des traces. «Une fois l’annonce faite de notre renvoi et après avoir rendu nos affaires, on nous a raccompagnés à la porte comme des voleurs, sans même pouvoir dire au revoir à nos collègues», avait expliqué l’une des personnes licenciées à «24 heures». Une manière de faire plutôt cavalière, qui n’augure pas grand-chose de bon dans un processus difficile, du point de vue humain. D’autant plus que selon plusieurs employés du site, qui tiennent à rester anonymes, la pression mise sur eux par le management est parfois difficile à supporter. Et sans CCT en vigueur, leur rayon d’action est passablement réduit.

La direction a annoncé lundi à ses employés que le dépôt clientèle fermerait en mai déjà, entraînant la suppression immédiate de quatre postes, avant la fermeture de l’ensemble de la structure en août, et le reste des licenciements. «Il est difficile de dire si, avec de telles échéances, les délais de consultation et de préavis pourront être respectés, explique Yves Defferrard. Il faudra voir ce que la direction propose en termes de plan social. Mais Kennametal est tenu par la loi de donner des motivations à cette délocalisation. Pour l’instant nous n’avons eu absolument aucun contact avec eux. Il sera intéressant de voir quels prétextes ils avanceront. Car on est face à une entreprise qui a l’air rentable…» La direction de l’usine, pour sa part, n’était pas disponible lundi après-midi pour une réaction, et n’a pas retourné nos appels.

La commune de Gland verra là partir l’un des plus importants employeurs actifs sur son territoire. Gérald Cretegny a appris la nouvelle lundi à midi. «Nous ne pouvons que regretter cette décision, et ce qu’elle implique pour la centaine de travailleurs du site. Nous voulons tout de même croire qu’une solution pourra être trouvée», espère le syndic, également député au Grand Conseil vaudois. Il a été contacté par la direction de la fabrique, mais celle-ci ne lui a articulé aucune date pour ce départ, alors qu’une heure plus tard, elle en donnait une à ses employés…

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Les commentaires les plus populaires

  • le Gland le 24.03.2014 20:28 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    facile

    facile on achète une usine avec l'idée en suisse....on la ferme après... et on ouvre en Chine en reprennent les mêmes idées et un prix de l'heure du 10 èmes étage en sous sol

  • La Fouine le 24.03.2014 20:34 Report dénoncer ce commentaire

    Une économie à la dimension du pays

    Un prof. d'économie de Harvard nous disait en 1971:" L'économie d'un pays doit s'adapter à sa population indigène, ce n'est pas l'économie qui doit dicter une augmentation de population". Il disait aussi: " attention à la destruction des barrières entre les pays car tôt ou tard cela mènera à la ruine de TOUS les pays qu'ils soient forts ou faibles, si nous prenons ce chemin dans 60 ans le monde sera en faillite". Les velléités de nos politicards à vouloir attirer chez nous tout ce qui est possible est un suicide programmé car tout devient virtuel et fragile.

  • flavio le 24.03.2014 22:35 Report dénoncer ce commentaire

    garder nos entreprise en main suisse

    continuer les patrons a vendre vos entreprise a des sociétés américaines on prend juste le savoir puis on fous dehors les gents merci l Amérique

Les derniers commentaires

  • Serge le 26.03.2014 11:28 Report dénoncer ce commentaire

    Argent, toujours plus ...

    Tant qu'on travaillera tous pour des actionnaires (petits ou grands) gourmands, payés à rien faire et à demander plus et toujours plus, et non pour de vrais patrons qui eux avaient encore au moins la notion de rapports humains et de travail, on verra cela de plus en plus malheureusement.

    • loic le 26.03.2014 17:53 Report dénoncer ce commentaire

      Il s'agit de prise de décisions mondiale

      C'est au monde entier et au niveau international de prendre des décisions en même temps si des éléments structurels de l'économie doivent être changés.La petite Suisse peut se mettre hors circuit et donner des leçons de morale mais nous serons alors tous des chômeurs potentiel pendant que le monde continuera de tourner de la même manière mais sans nous... Laissons le temps au temps pour que les choses changent dans tous les pays du globe à l'unisson.Pas besoin de nous disqualifier pour autant aujourd'hui.

  • grégory le 26.03.2014 11:09 Report dénoncer ce commentaire

    Quand la Suisse s'emm.......

    Les Suisses s'ennuyait.Marre du long fleuve prospère et tranquille.Voilà pourquoi ils ont voté le 09 février pour l'initiative de l'UDC.Ils veulent ressentir le grand frisson de la chute du pays.Etre comme les pays qui les entourent.Vibrer au son de l'insécurité pour l'emploi et aux plans d'austérité.Etre dans le pétrin.Voir enfin que quelque chose se passe aux pays des coucous.

  • constant le 26.03.2014 10:55 Report dénoncer ce commentaire

    Ce n'est pas la votation du 9 février

    qui est responsable du départ d'entreprises étrangères. C'est l'UE qui a obligé la suisse (qui comme d'habitude est aux ordres) à non seulement supprimer les avantages qu'elle avait accordé aux entreprises étrangères mais également à relever notoirement leurs charges fiscales pour les mettre à hauteur de celles de l'UE! VD & GE se battent avec le CF pour obtenir des compensations suite aux énormes pertes fiscales occasionnées par la soumission du CF à l'UE, qui rigole en récupérant ces entreprises en leur offrant des suppressions d'impôts comme la F avec Google EDF, total etc 0 imp

    • constantine le 26.03.2014 17:43 Report dénoncer ce commentaire

      Se souvenir pourquoi aussi....

      L'arrêté bonny qui a permis à certaines multinationales de payer très peu d'impôts sur 10 ans à justement été instauré quand l'économie romande était au tapis entre le refus de l'Espace économique européen 1992 et l'entrée en vigueur des bilatérales en 2002.10 ans ou le chômage a augmenté en masse en Suisse.Les bureaux du chômage suisses croulaient sous une avalanche de dossier.Du jamais vu.L'arrêté bonny a permis à la Suisse romande de ne pas sombrer jusqu'aux bilatérales 02.Cet arrêté bonny n'existe plus aujourd'hui et les multinationales paient leurs impôts comme tout le monde actuellement.

  • thierry le 25.03.2014 19:05 Report dénoncer ce commentaire

    Plouf! Plouf! Plouf!

    Plouf! 32 emplois délocalisés aujourd'hui de St-Croix(VD) vers l'Allemagne.L'industrie s'effrite petit à petit. Merci à tous ceux qui ont voté pour torpiller la Suisse au lieu de l'adapter à la chance économique unique que notre pays avait avant le 9 février 2014 en Europe et dans le monde.Décision risible,à pleurer en même temps et surtout très bête....

    • Serge le 26.03.2014 11:24 Report dénoncer ce commentaire

      Quel raccourci facile ...

      Rien à voir avec la votation... Il ne s'est même pas écoulé 2 mois entre la votation et cette décision. Aucune entreprise ne pourrait réagir aussi vite à une décision politique. Les intérêts sont autres. La crise européenne est bien plus forte que cette votation. Mais bon, si ça vous fait plaisir de croire que cette votation donne le ton de l'économie mondiale, libre à vous.

  • alain b le 25.03.2014 18:01 Report dénoncer ce commentaire

    Historique de STELLRAM.

    Au mois de septembre 1929,M.Frédéric Eisner à Bischofszell,canton de Thurgovie, WOLFRAM & MOLYBDENE S.A .Précurseur dans la fabrication du tungstène .Dès 1932 démarrage de la production du métal dur et naissance de la marque STELLRAM et l'arrivée de M.Fritz Baumann ,qui ferra beaucoup pour l'entreprise .En 1936 M. Harold B.Eisner,présente une thèse à l'Université de Zurich rejoint l'entreprise paternelle. De 10 personnes en 1933 l'effectif passe à 37 personnes en 1940.Le transfert à Nyon à lieu dès 1941.En 1974 l'usine de Gland est inaugurée. C'est un fleuron de la SUISSE.Domage......