Gad Elmaleh

28 mai 2015 17:24; Act: 02.06.2015 09:42 Print

«J'ai pensé à être avocat, surtout pour la robe!»

par Ludovic Jaccard - Gad Elmaleh revient sur ses 20 ans de carrière. S'il n’était pas devenu artiste, le comique français aurait eu un plan B: étudier le droit.

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(Photo: AFP/Jeff Pachoud)

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A l'occasion de son spectacle, «Sans tambour», qui passera au festival Sion sous les étoiles le 15 juillet, Gad Elmaleh s'est confié à «20 minutes», avec la bonne humeur et la drôlerie qui le caractérisent.

Vous avez fêté vos 20 ans de carrière. Quel regard portez-vous sur votre parcours?
Je suis toujours aussi critique sur mes spectacles, parce que je suis dans le questionnement permanent sur ce qui va faire rire les gens. Je pense que c'est le travail d’un comique. Je ne trouve d'ailleurs pas ce travail dans le cinéma. Je me rends compte que plus j'ai de l’expérience, plus je m'interroge et plus je doute.

Avez-vous peur du temps qui passe?
C'est une chose à laquelle je pense. Ce qui me préoccupe le plus en tant qu'humoriste, c'est comment est-ce qu'on dure quand on vieillit? Comment éviter de devenir la parodie de soi-même? Je pense que la limite est très fine. Il n'y a pas eu beaucoup d'humoristes vieux. En tant qu'humoriste, si on ne se renouvelle pas, si on n'arrive plus à surprendre son public, on devient ennuyeux. Ensuite, on fait ses adieux pour attirer l'attention. Je trouve qu'il n'y a rien de plus triste pour un comique de faire ses adieux, c'est un manque d’humour de faire ses adieux!

Avez-vous encore le trac avant de monter sur scène?
Oui mais c’est un trac différent que celui que j'avais au début de ma carrière. Même si j'ai fait mes preuves depuis toutes ces années, certains soirs je me demande si je vais être à la hauteur des attentes du public. C'est donc plutôt la peur de décevoir. J'espère que je vais être drôle et que ça va plaire. Mais en même temps j'en ai besoin de ce trac. Actuellement, je travaille sur un projet en anglais. Et en fait, je recherche les mêmes sensations que j'avais au tout début. Quand j'ai joué sur scène la semaine dernière en anglais, en Californie, j'étais totalement tétanisé. Je me demandais si le public allait me trouver drôle ou pas, mais j’ai aimé cette sensation.

Vous êtes donc à l'aise en anglais maintenant?
Oui, de plus en plus. C'est un vrai défi pour moi et je trouve très intéressant d’essayer de faire rire dans une autre langue. Mais c'est juste une expérience. Je n'ai pas envie de faire carrière en Amérique. Et d'ailleurs c'est trop tard, j'ai déjà 44 ans. Les comiques qui cartonnent là-bas ont 20 ans de moins!

Vos parents vous ont-ils soutenu à vos débuts?
Mon envie était telle qu'ils n'ont pas eu le choix. J'ai aussi eu une jeunesse très indépendante: à 17 ans, j'ai quitté la maison. J'ai vécu seul au Québec, ensuite je suis parti à Paris. L'envie de devenir acteur était si forte qu’il n'y avait pas de doute pour eux. Ils n'étaient pas très chauds au début, mais comme tous les parents de mauvaise foi, aujourd'hui ils disent: «On savait qu'il allait réussir!» (Rires.)

Quel autre métier auriez-vous pu faire?
J'ai pensé à être avocat, mais c'était surtout pour porter la robe d'avocat! La tenue m'intéressait plus que le droit. En fait, j'ai toujours voulu avoir une position sociale où on me regarde, que je sois aimé, mais aussi respecté. J'ai également pensé à devenir dentiste, mais juste pour qu'on m'appelle docteur. Donc vous voyez, c'est un peu con!

Vous imaginiez-vous avoir un tel succès en tant que comique? Non. Franchement, je ne l'imaginais absolument pas. Je savais que je ferai de la scène. Je ne pensais pas beaucoup au cinéma pour être honnête. D'ailleurs aujourd’hui encore, je n'y pense pas souvent. Ce n'est pas quelque chose qui m'excite beaucoup. Même si j'ai eu des succès au cinéma, ce n'est pas quelque chose qui me rend profondément heureux. Maintenant, ce que j’aimerai faire, c'est collaborer avec d’autres artistes dans le live, échanger avec eux.

Vous avez un fils d'une année et demi. Cela a-t-il changé vos priorités dans la vie?
Oui, bien-sûr. Les choses sont différentes aujourd'hui. Quand on démarre dans ce métier, ce qui nous anime, nous excite, c'est tout ce qu'il y a autour: les copains, la notoriété, les tournées, l'excitation de découvrir de grandes salles… Maintenant, ce qui m'intéresse le plus c'est le moment où je mets le pied sur la scène, quand je suis en contact direct avec le public. Le fait que je ne m'intéresse plus à ce qu’il y a autour de ça me laisse plus de temps pour le petit bonhomme que j'ai envie de retrouver. Il est clair que maintenant, je préfère prendre la route la nuit pour rejoindre ma famille, plutôt que d'aller dîner, après mon show. C'est très agréable.

Vous êtes le compagnon de Charlotte Casiraghi. Avez-vous ressenti une pression de faire désormais partie de la famille princière de Monaco?
Non, jamais. On m'a toujours très bien accueilli. Tout a toujours été cool et harmonieux avec tout le monde. C'est important de pouvoir vivre cela naturellement, de manière spontanée et sympathique. Mes potes me posaient aussi cette question avant, parce qu’il est vrai que ce n'est pas banal. Mais non, franchement, il n'y a pas de problème.

Comment vivez-vous la célébrité?
Au début, ça se passait bien. Aujourd’hui c'est différent. On est dans une époque où Internet, les réseaux sociaux prennent tellement de place. Du coup, on a besoin de faire le buzz. Lors d'interviews par exemple, des journalistes vont souvent prendre une phrase choc sortie de son contexte qu'ils mettront en gros titre de leur article, pour que cela soit accrocheur. C'est ça qui m'attriste parfois. Je le déplore, mais en même temps, c'est logique. On est dans une époque où il n'y a que ça. La célébrité est donc plus difficile à vivre aujourd'hui, car les propos sont souvent déformés. Il me semble que c'était plus facile de gérer la notoriété quand j'ai démarré. A cette époque, il y avait moins de réseaux sociaux. Mais au final, il faut prendre ce problème avec un peu de hauteur et de légèreté, parce que les gens deviennent fous sur les réseaux sociaux…N'importe quelle vidéo banale postée sur Facebook, par exemple, peut donner lieu à des débats violents entre les gens qui feront des commentaires. Cela éveille parfois chez les gens des choses pas très glorieuses...

Vous allez bientôt vous produire en Suisse, à Sion. Quel rapport avez-vous avec ce pays?
J'ai de la famille qui habite à Lonay, près de de Morges. Je suis donc assez attaché à cette région. Ce sont des gens qui m'accueillent souvent chez eux. J'ai aussi soutenu le Festival Morges-sous-Rire. J'aime aussi le Festival de Montreux, que cela soit pour le jazz ou pour l’humour. J'ai toujours été frappé par l'activité incroyable qu'on trouve en Suisse à ce niveau, avec en plus une dimension internationale. Les têtes d’affiche du Festival de Montreux, c'est complètement dingue! Les artistes viennent de partout dans le monde. Et sinon, Federer est mon joueur de tennis préféré!