Interview

08 février 2011 18:29; Act: 09.02.2011 09:28 Print

«Je recherchais un rôle dramatique»

par Laurent Flückiger - Interview de l'acteur Bryan Cranston à l’occasion de la sortie en DVD des saisons 1 et 2 de la série «Breaking Bad».

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«J’ai laissé pousser cette fine et stupide moustache, je porte des lunettes, j’ai la peau très blanche. Je voulais être caché, parce que Walter n’est pas heureux.»

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L’ex-papa de la tête d’ampoule Malcolm brille depuis trois ans dans l’une des séries les plus déjantées du moment. Nous l’avions rencontré à l’occasion du Festival de télévision de Monte-Carlo.

Quelle a été votre réaction quand vous avez lu pour la première fois le scénario de «Breaking Bad»?
Je l’ai trouvé si brillant que j’ai immédiatement appelé mon agent pour lui dire: je dois en être! Selon moi, l’écriture est l’élément le plus important de cette série. J’ai ensuite décroché un entretien avec le créateur, Vince Gilligan. Cela ne devait durer que vingt minutes, finalement on a passé une heure et demie à s’échanger des idées.

Vous avez donc collaboré au scénario?
Plutôt sur les spécificités de mon personnage, Walter White. Je voulais qu’il soit invisible aux yeux de la société. C’est un homme qui est déprimé et qui rate toutes les opportunités qu’il a dans sa vie. Au final, il n’en a plus à rien à faire. Alors, j’ai laissé pousser cette fine et stupide moustache, je porte des lunettes, j’ai la peau très blanche. Je voulais être caché, parce que Walter n’est pas heureux. Pareil pour les vêtements que je porte dans le premier épisode: beiges. Walter n’a rien de spécial. Jusqu’à ce qu’il trouve ce qui ne va pas chez lui et décide de devenir un dealer de drogue pour subvenir aux besoins de sa famille lorsqu’il sera mort.

«Breaking Bad» est à l’opposé de «Malcolm», votre série précédente. Cela a-t-il pesé dans la balance au moment d'accepter le rôle?
Oui. J’ai passé sept ans extrêmement rigolos dans «Malcolm». Mais c’est derrière, je ne voulais pas faire de la comédie toute ma vie. Je recherchais un rôle dramatique. Et dans «Breaking Bad», certaines choses sont drôles et sombres en même temps.

A la manière de Walter White, qu’est-ce que vous feriez si vous vous saviez condamné?
C’est une bonne question. J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie. Les choses les plus importantes pour moi sont les expériences et pas les choses matérielles: rencontrer des gens, découvrir de nouvelles cultures, j’adore ça! Si je devais mourir dans un an et demi, je prendrais ma famille et je voyagerais à travers le monde, je dégusterais de bons vins et de la bonne nourriture. Je ne dirais à personne que je suis condamné, car je ne veux ni pitié ni tristesse.

Lorsque vous avez remporté votre premier Emmy Award (il en a gagné trois en trois ans pour son rôle dans «Breaking Bad»), était-ce une surprise pour vous?
J’avais déjà raté trois fois la récompense pour «Malcolm», alors je savais comment ne pas gagner un Emmy. Quand ils ont annoncé mon nom, c’était une énorme surprise et une grande joie. C’est très important pour moi d’être choisi par ses pairs et aussi pour «Breaking Bad». C’est une toute petite série qui n’est vue que par un public très ciblé.

Est-ce que «Breaking Bad» pourrait faire un bon film?
Je ne pense pas. Il faut du temps pour traiter les derniers dix-huit mois de la vie d’un personnage et montrer comment un homme bien devient un homme mauvais.

Jusqu’où va aller Walter White?
Je ne sais pas. Ce qui arrive avec ce show est une première dans l’histoire de la télévision. C'est-à-dire, commencer une série avec un homme bien et finir avec un homme mauvais. Sa personnalité va complètement changer. Je n’ai jamais vu ça. Prenez Tony Soprano: il a toujours été méchant jusqu’au bout.

Il paraît que vous avez été le garde du corps d’Alfred Hitchcock…
(Il sourit) Une nuit, seulement. C’était intéressant. Je devais surveiller sa limousine, pendant qu'il donnait une présentation. Il est venu très tôt et m’a demandé: «Quand est-ce que ça commence?» «La présentation ne commence pas avant une demi-heure», je lui répondu. Alors, il resté dans la voiture, la fenêtre ouverte et il m’a posé des questions sur mon job. Il m’a aussi demandé: «Où est mon siège dans l’auditoire?» «Je ne sais pas.» «Quand est-ce que je décerne les récompenses?» «Je ne sais pas.» «Quand est-ce que ça sera fini pour que je puisse remonter dans la voiture?» «Je ne sais pas.» Et il m’a répliqué: «Vous ne savez rien du tout, n’est ce pas?» «Non!» (il se marre)

Vous avez rencontré votre femme sur le tournage d’une série.
Oui, «Supercopter». Je jouais le méchant dans un épisode et elle était une victime. Je devais la kidnapper. Je lui ai dit: soit je te tue, soit tu sors avec moi (rires). C’était en 1984 et nous sommes mariés depuis plus de vingt ans maintenant et nous avons une fille de 17 ans. Donc mon kidnapping a fonctionné!

Les minisodes diffusés entre les saisons 1 et 2: