Mahershala Ali

21 janvier 2019 19:45; Act: 22.01.2019 17:35 Print

«Je suis en phase avec mon personnage»

par Miguel Cid, Londres - Mahershala Ali a grandi en apprenant à faire face au racisme avec beaucoup de dignité.

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A 44 ans, Mahershala Ali pourrait décrocher un deuxième oscar grâce à sa performance dans «Green Book: sur les routes du sud», en salle dès le 23 janvier 2019. Il y incarne un pianiste confronté à la ségrégation raciale dans l'Amérique des années 1960.

Votre personnage réagit au racisme dont il est victime avec beaucoup de dignité. Vous sentez-vous en phase avec lui?
Oui, je suis en phase avec mon personnage. J'ai vécu avec mes grands-parents qui se comportaient avec beaucoup d'amour-propre, comme toute cette vieille génération de l'Amérique noire. Ils ont connu cette époque où, si on n'agissait pas correctement, les conséquences pouvaient s'avérer catastrophiques. Cela peut être toujours le cas aujourd'hui.

Un exemple à nous donner?
Ma grand-mère m’a raconté que lorsque sa mère est morte, elle a entendu à la radio qu’elle était communiste. Cela signifiait que tu allais être viré de ton boulot et que tu ne pourrais plus nourrir ta famille.

Vous êtes très éloquent, comme votre personnage dans le film...
Quand tu grandis dans la communauté noire, tu entends que tu dois en faire deux fois plus qu’un Blanc pour être considéré comme son égal. Dans ta façon de t'exprimer, de t'habiller ou même de traiter les gens. Ceux qui sont sorti de leur milieu social ont dû mettre les gens à l'aise pour se faire embaucher.

Est-ce compliqué d'être, comme vous, à la fois Noir et musulman aux Etats-Unis?
Il très difficile de décrire la sensation d'être soi dans le monde. Je suis juste moi! Je dirais simplement que j'essaie d'être conscient et reconnaissant de mon succès. J'ai la chance d’être connu et je réalise que cela représente quelque chose de spécial pour une certaine partie de la population.

Qu'avez-vous ressenti en lisant le guide vert (guide touristique des années 1960), qui donne son titre au film?
Si on compare ce guide à celui fait pour les Noirs (ndlr: «Le guide vert de l'automobiliste nègre»), on voit que ce dernier a pour but de leur montrer comment survivre en sillonnant le pays. En d'autres termes, il explique comment ne pas se faire tuer, le tout agrémenté de publicités! Rien à voir avec l'autre, dévolu au plaisir du voyageur blanc.