Patricia Kaas

10 mai 2012 17:14; Act: 10.05.2012 17:27 Print

«Zurich était l’endroit où je me retirais»

par Julienne Farine - Actrice principale d’un téléfilm dans lequel elle incarne une mère dont la fille est assassinée, Patricia Kaas revient sur ses années en Suisse et sa deuxième expérience en tant que comédienne.

Une partie du making-of du téléfilm (source: youtube.com)
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Comment avez-vous vécu de jouer une mère alors que vous n’avez pas d’enfants?
Même s’il n’y avait pas beaucoup de scènes avec celle qui joue ma fille, ce n’était pas évident. Je pensais parfois à ma soeur et à la manière dont elle se comporte avec sa fille. Mais ce qui m’effrayait, c’est que c’était un rôle très important, dans lequel il y a beaucoup de pleurs, de colère et de douleur.

Avez-vous ressenti la douleur physiquement?
Pendant le tournage, oui. Dès que j’étais assise devant le miroir et qu’on me maquillait pour entrer dans la peau de Cathy, mon personnage, j’étais totalement dans sa douleur. Je me souvenais de ce qu’elle avait vécu.

On ne sort pas indemne d’un tel tournage.
C’est vrai. C’est comme quand une tournée se termine. On est soulagé quelque part, mais en même temps on est également déprimé. Je dois admettre que je suis un peu plus fragile depuis le tournage d’«Assassinée». Le téléfilm a peut-être éveillé en moi certaines choses que je ne voulais pas montrer. C’est là, à fleur de peau. Je ne sais pas si c’est bien ou non.

Avez-vous rencontré des parents dont les enfants avaient été assassinés pour vous préparer à ce rôle?
Non, pas avant le tournage. Mais après certains parents ont vu le téléfilm et m’ont dit qu’ils avaient été très touchés et impressionnés par l’authenticité du jeu. Je ne savais pas quoi répondre.

Avez-vous accepté tout de suite le rôle de Cathy?
J’ai longtemps hésité, parce que je pensais que je n’étais pas capable de le faire. J’avais déjà joué dans un film de Lelouch, «And Now Ladies and Gentlemen», mais c’était très différent. J’y interprétais une chanteuse de piano-bar. Pour «Assassinée», on parle du portrait d’une mère qui va vivre l’enquête sur la mort de sa fille parce qu’elle veut comprendre pourquoi elle a été tuée et par qui.

Pourquoi avoir attendu presque 12 ans après le film de Lelouch avant de revenir à la comédie?
On m’a proposé des choses, mais je me suis toujours dit que je ne voulais pas tourner pour dire «regarde, je suis actrice». Ma passion me prend beaucoup de temps. Jouer un rôle pour jouer un rôle ne m’intéressait pas. Parfois, c’est le bon moment, le bon rôle. C’est ce qui a fait que j’ai tourné ce téléfilm.

Lors de la sortie de votre autobiographie, en 2011, vous révéliez que vous ne pourriez pas avoir d’enfants et que vous songiez à l’adoption. Et maintenant?
J’en avais parlé parce que je voulais voir une lumière au bout du tunnel, pour dire que rien n’était perdu. Mais je n’y pense pas aujourd’hui. L’adoption c’est bien quand on est en couple. Élever un enfant seule me fait peur.

Vous avez vécu à Zurich de 2000 à 2006, qu’est-ce qui vous avait attirée dans cette ville?
Je suis née près de la frontière allemande, je parle la langue. Et en habitant là-bas, je me rapprochais de ma famille. Une grande partie des gens ne me connaissait pas dans cette ville, ça a joué un rôle.

Pourquoi être partie?
Je me suis rendu compte que je n’avais pas vraiment construit de vie. A Paris, j’avais mes amis, mes médecins, mes boutiques, mes repères. Zurich était le lieu où je me retirais. C’était agréable quand je rentrais de tournée. Mais quand j’ai fait une pause après le «Sexe Fort Tour», en 2005, je me suis sentie un peu seule et perdue

Pensez-vous revenir en Suisse?

C’est difficile de répondre à cette question. En plus je suis quelqu’un de curieux. Je n’aurais jamais pensé que j’aurai le courage de faire une autobiographie, je n’aurai jamais pensé faire ce téléfilm ou l’hommage à Piaf. Ca dépend de votre vie, de comment vous vous sentez. C’est comme les amours. Des fois je me dis que j’ai sûrement déjà rencontré une personne qui aurait pu être l’homme de ma vie, mais que je n’ai peut-être pas rencontrée au bon moment.