Carnet noir

25 avril 2019 14:04; Act: 25.04.2019 22:28 Print

Le cinéma français rend hommage à Marielle

De Belmondo à Luchini en passant par Blier, acteurs et réalisateurs louent le comédien Jean-Pierre Marielle, disparu mercredi à l'âge de 87 ans.

Jean-Pierre Marielle n'est plus.
Une faute?

Le monde du cinéma français a rendu hommage jeudi à l'acteur Jean-Pierre Marielle, décédé à l'âge de 87 ans, louant sa présence physique impressionnante, sa voix gouailleuse et son élégance. Inoubliable interprète de Monsieur de Sainte-Colombe dans «Tous les matins du monde» (1991), le comédien est mort mercredi d'une longue maladie, a annoncé son épouse, l'actrice Agathe Natanson. Ses obsèques se dérouleront dans la plus stricte intimité.

«Quel coup dur! Je suis effondré!», a réagi Jean-Paul Belmondo, son ami du conservatoire avec qui il a fait les «400 coups». «C'était plus qu'un ami», a souligné «Bébel», saluant la mémoire d'«un grand comédien, une forte personnalité sachant tout à la fois manier l'humour de façon redoutable et travailler avec le plus grand sérieux».

«Jean-Pierre est parti rejoindre Jean, Philippe et les autres... C'est tout un cinéma qui part avec lui», écrit le réalisateur et comédien Guillaume Canet sur les réseaux sociaux. Avec Jean Rochefort et Philippe Noiret, ses acolytes des «Grands Ducs», déjà disparus, Jean-Pierre Marielle incarnait toute une époque.

«Qu'est-ce qu'un acteur ? Une voix, un phrasé. Il avait une voix, il avait un phrasé, une grande originalité, il détestait les modes, les ambiances, les doxas», relève le comédien Fabrice Luchini sur RTL.

«Les César? Rien à foutre»

Pour le cinéaste Jean-Pierre Mocky qui a travaillé avec lui, Jean-Pierre Marielle «avait beaucoup de prestance». «Il jouait des rôles de fanfaron. Même dans la vie, c'était un grand gars, il était très drôle, il passait son temps à faire des plaisanteries», a-t-il dit sur Franceinfo.

Le cinéaste Bertrand Blier, qui a fait trois films avec l'acteur , a souligné sur RTL que Jean-Pierre Marielle était «très particulier». «C'était un garçon secret, mystérieux, souvent angoissé. (...) mais »j'ai beaucoup de bons souvenirs avec lui«, a-t-il ajouté.

Avec la disparition de Jean-Pierre Marielle , s'éteint une des dernières figures de »la bande du conservatoire«, formée au début des années 50 par Jean-Paul Belmondo, Claude Rich ou Jean Rochefort, l'»ami de toute une vie«, décédé en octobre 2017.

Le comédien a joué dans plus d'une centaine de films (sous la direction notamment d'Audiard, Blier, Molinaro, Mocky, Sautet, Tavernier, Miller) et d'innombrables pièces et téléfilms. Au cours de sa carrière, il a été nommé sept fois aux César notamment pour son rôle dans »Tous les matins du monde«. Mais il n'a jamais reçu la statuette.

»Les César ? J'en ai rien à foutre!«, répondait-il. Ce qui n'a pas empêché l'Académie de lui rendre hommage jeudi et de saluer en lui »un formidable interprète, qui incarnait ses rôles avec cet humour piquant et un certain cynisme qui lui étaient si propres«.

Répliques fleuries

Il »avait cette gouaille imprévisible, ce grain de folie qui transcendent un immense acteur. Sa voix si reconnaissable par son moelleux et la justesse de sa diction nous entraînait aux frontières d'un génie irremplaçable, à la Serrault, à la Piccoli à la...Lui«, s'est souvenu l'ancien président du festival de Cannes, Gilles Jacob.

D'abord acteur de théâtre et de boulevard, Jean-Pierre Marielle connaîtra des débuts timides au cinéma avant d'exploser à la fin des années 60 et d'imposer sa gouaille, autant dans des films comiques que tragiques, d'auteur que grand public. S'ensuit dans les années 70 une intense activité devant les caméras et des répliques fleuries dans les films devenus culte de Joël Séria (»Les galettes de Pont-Aven«, »Comme la lune«).

Parmi ses autres rôles marquants, figurent »Que la Fête commence« de Bertrand Tavernier, »Dupont Lajoie« d'Yves Boisset, mais aussi »Coup de Torchon« de Tavernier, »Tenue de soirée« de Blier, »Uranus« de Claude Berri, »La Petite Lili« de Claude Miller ou encore »Les âmes grises« d'Yves Angelo.

»La voix, le charisme, les yeux rieurs et le sens du jeu. Toujours juste et inattendu, Jean-Pierre Marielle était un acteur généreux que nous aimions dans chacun de ses rôles, au cinéma comme au théâtre«, a souligné le ministre de la Culture Franck Riester. »Le truculent Jean-Pierre Marielle avait une forme de distance sur le monde«, a salué son prédécesseur Jack Lang qui garde »un souvenir enchanté« de son rôle dans »Tous les matins du monde«.

En guise d'hommage, France 3 va diffuser jeudi soir «Pièce montée» de Denys Granier-Deferre, où il incarne un prêtre.

(nxp/afp)