«On n’est pas couché»

14 février 2010 13:35; Act: 14.02.2010 15:21 Print

Yann Moix traité d’antisémite par Eric Zemmour

L’écrivain français Yann Moix, au centre d’une polémique concernant des propos insultants tenus à l’égard de la Suisse, était hier invité chez Ruquier. Il a remis une couche sur ses reproches envers les Helvètes et s’est fait ramasser par les deux Eric.

Sur ce sujet
Une faute?

Réalisateur et écrivain avide de pamphlets, Yann Moix était invité par Laurent Ruquier sur le plateau de l’émission «On n’est pas couché» samedi soir. Il est venu présenter son livre «La Meute» qui n’est pas encore sorti, mais a déjà suscité un tollé par les extraits diffusés sur internet.

Les deux critiques littéraires de l’émission ont été révoltés par le contenu de l’ouvrage et l’ont clairement fait savoir à l’auteur.

«Il y a des phrases terribles», a commencé Eric Zemmour. «En gros, si on fait un condensé de ce que tu écris, parce qu’il est juif, que ses parents sont morts dans le ghetto, etc… il a le droit de baiser une gamine de 13 ans. C’est quasiment ça. Ce qui est terrible, c’est que tu continues après et tu écris page 222 que ‘le métier du juif est d’être perpétuellement accusé, être juif c’est être coupable d’une seule chose, être coupable’. Donc ça veut dire qu’il est accusé parce qu’il est juif. C’est délirant!»

Yann Moix a acquiescé à tout cela, répétant sans cesse « exact». Outré, Eric Zemmour lui a alors dit: «Je n’ai jamais entendu une phrase aussi antisémite depuis 50 ans».

Moix compare Zemmour à Dieudonné et le traite de «stupide»

«C’est très grave ce que tu es en train de dire», s’est défendu Moix. Ce à quoi Zemmour a rétorqué: «Oui, c’est très grave, parce que je trouve très grave ce que tu écris. Il n’y a pas d’aristocratie du malheur. J’en ai marre de ce lieu commun. Dire que l’histoire des juifs est une suite de malheurs ininterrompus, c’est faux! Il n’y a pas qu’eux qui ont été persécutés.»

«Là, tu es en train de faire du Dieudonné», s’est insurgé Yann Moix. «Je ne dis pas que les juifs sont les seules victimes au monde, je dis que depuis 3000 ans il leur arrive très souvent d’être très victimes. J’aimerais que vous lisiez le livre jusqu’au bout, ça m’éviterait d’être insulté en public par quelqu’un que par ailleurs j’estime et je respecte beaucoup. Ça me fait beaucoup de peine que tu sois aussi caricatural et, excuse-moi, aussi léger, et pour une fois exceptionnellement assez stupide dans la lecture d’un livre.»

«Je suis stupide, la semaine dernière j’étais un petit cochon, donc je progresse», a alors ironisé le chroniqueur, avant de reprendre de plus belle: «Mais je n’admets pas ce que tu as écrit. Mais lâche-leur les baskets aux juifs! Oublie-les!»

Le crime originel de la Suisse selon Moix

«Sur la forme, c’est un pamphlet, donc un livre polémique», a d’emblée averti Moix. «Et la polémique n’est pas là pour faire dans la dentelle quand elle a quelque chose à dire. Sur la Suisse, j’ai voulu m’amuser à triturer la notion de neutralité qui est quelque chose qui moi me gêne énormément. Car, sous couvert d’indépendance, de liberté ou de démocratie, se cache aussi une possibilité d’avoir la tranquillité. Les Allemands n’y avaient même pas pensé, mais c’est en Suisse qu’a été pris la décision de proposer à l’Allemagne nazie d’apposer la lettre J de Juden sur les passeports. A partir de 1936-37, il y a eu un afflux de touristes juifs allemands en Suisse qui était un peu trop important au goût des Suisses. Les Suisses ont eu peur que les juifs n’arrivent pas à s’assimiler donc ont proposé à l’Allemagne nazie d’apposer la lettre J sur les passeports pour pouvoir les repérer. Ça, c’est à mon avis le crime originel de la Suisse qui, entre parenthèses, nous donne des leçons de démocratie.»

Après cette tirade, Arno Klarsfeld a déclaré que son père a réalisé de nombreuses recherches sur les chiffres de juifs refoulés vers la Suisse qui ont été, selon lui, «énormément exagérés» et que la Suisse n’a pas eu le comportement qu’on lui prête. «Quand on écrit un pamphlet, on n’est pas obligé d’écrire des choses fausses».

Naulleau a lui estimé «indéfendable» les attaques de Moix sur la Suisse.

Au sujet de l’affaire Polanski

Yann Moix s’est également exprimé sur le fil rouge de son livre, l’affaire Polanski. «Polanski a une villa en Suisse depuis 30 ans. Ce qui prouve que c’est un endroit qui ne doit pas être si désagréable, puisque lui-même l’adore, ce pays. (…) Mais alors pourquoi ce pays qui accueille Polanski depuis 30 ans choisit de l’arrêter sur le sol où il vient plusieurs fois par an en 2009?»

«Parce que les Américains se réveillent», a répondu Laurent Ruquier.

«Ce n’est pas tout à fait ça. C’est la Suisse qui a appelé les Etats-Unis pour savoir si ça les intéressait toujours la demande d’extradition. Alors que les faits qu’on lui reproche datent de 1977», a précisé Moix.

Réponse d’Eric Naulleau: «Les Américains ont décidé d’arrêter Polanski à plusieurs reprises dans plusieurs pays, mais pour des raisons de procédure cela n’a pas été possible.»

Estimant que «la démocratie suisse est sans doute l’une des plus exemplaires», Eric Zemmour a traité Yann Moix de lâche « parce que c’est lui qui s’attaque au plus petit. Le vrai coupable dans c’est histoire, s’il y en a un, c’est les Etats-Unis, c’est la justice américaine, c’est ce procureur fou qui pour se faire réélire poursuit Polanski. Et là, il faut attendre la page 203 pour qu’il s'en prenne aux Américains et il n’y a que quatre pages à ce sujet.»

Ruquier: «J’ai eu la même fatwa que lui avec les Suisses»

Pour conclure, Laurent Ruquier a déclaré: «Juste un mot pour quand même vous réconcilier un peu avec les Suisses qui nous regardent, parce qu’ils sont nombreux à nous regarder, et Dieu sait que je les aime. Non parce que j’ai eu la même fatwa que lui avec les Suisses sur internet à cause des minarets, moi. Vous avez écrit ‘La Suisse n’a pas sécrété un seul génie depuis Jean-Jacques Rousseau.»

Ce à quoi Arno Klarsfeld a répondu: «Ils ont de grands ingénieurs, de grands scientifiques, de grands intellectuels, donc c’est faut de dire des choses comme ça, je n’arrive pas à comprendre qu’on dise des choses qui sont fausses par rapport à la réalité».

Yann Moix dans «On n’est pas couché»:


(fab)