Le PDG de Renault devant les juges

08 janvier 2019 20:43; Act: 09.01.2019 08:42 Print

Le déclin brutal et inouï d'un capitaine d'industrie

Sept semaines après son arrestation, Carlos Ghosn, bâtisseur de l'alliance automobile Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, a comparu mardi pour la première fois devant la justice japonaise.

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Amaigri, menotté, Carlos Ghosn a pris la parole mardi au tribunal de Tokyo pour tenter de sauver son honneur, mais il n'est plus que l'ombre du bâtisseur d'un empire automobile mondial qui était, avant son arrestation choc, reçu partout avec les honneurs.

«J'ai dédié deux décennies de ma vie à redresser Nissan et à construire l'alliance, oeuvré jour et nuit dans ce but, dans les airs et sur terre, dans le monde entier», a résumé mardi devant le tribunal le dirigeant de 64 ans.

L'homme aux trois passeports (France, Brésil et Liban) qui était toujours entre deux avions était l'incarnation du patron taillé par, et pour, la mondialisation.

Mais il a trébuché là où personne ne l'aurait imaginé, au Japon, le pays même où il était le plus adulé pour avoir sauvé Nissan au chevet duquel il est arrivé en 1999.

N155AN

Le fondateur de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, qu'il a hissée au rang de premier groupe automobile mondial, a été arrêté le 19 novembre à Tokyo où il est depuis maintenu en garde à vue.

Démis de ses fonctions de président des conseils d'administration des deux constructeurs japonais, il ne lui reste pour l'heure qu'un titre surtout virtuel, celui de PDG de Renault.

La brutalité du déclin est inouïe pour ce charismatique patron qui était l'un des capitaines d'industrie les plus respectés de la planète. Peut-être parce qu'il incarnait, mieux qu'aucun autre, l'ère de la mondialisation, lui qui a fait naître une alliance automobile aux dix marques, 470'000 salariés et 122 usines, ayant vendu plus de 10 millions de véhicules l'an dernier.

Né au Brésil dans une famille d'origine libanaise, Carlos Ghosn était sans cesse en mouvement, naviguant entre Paris, Rio, Beyrouth et Tokyo à bord d'un jet privé de Nissan, régulièrement remplacé mais toujours doté de la plaque «N155AN».

Le Wall Street Journal a compté qu'en 2018, l'appareil, à bord duquel Carlos Ghosn a été arrêté, avait décollé de pas moins de 35 aéroports différents.

Courtisé

L'homme a la réputation d'être d'abord un «cost killer», qui a imposé chez Nissan une cure d'austérité. Des employés du groupe japonais le décrivent comme très dur, «demandant des efforts absolument démesurés et mettant une pression incroyable».

Ce régime, Carlos Ghosn se l'imposait à lui-même, se décrivant comme un bourreau de travail, arrivant au bureau à 07H30 «après avoir déjà travaillé quelques heures». Il a toujours défendu ses revenus élevés comme la contrepartie méritée de ses performances, les comparant à ceux encore plus importants de ses rivaux.

Il a été courtisé par d'autres constructeurs, pour des promesses de salaires encore plus mirifiques, mais a préféré rester chez Nissan, une société qu'il aimait, a-t-il argué devant le juge mardi.

M. Ghosn a longuement insisté sur les résultats obtenus avec les salariés de Nissan: «les fruits de notre travail sont extraordinaires».

Travailleur acharné, l'homme était aussi mondain: toute la presse internationale a disséqué ces dernières semaines le train de vie de ce diplômé de Polytechnique, entré chez Renault en 1996, ayant gagné 13 millions d'euros en 2017, selon le cabinet Proxinvest. Une rémunération qui ne choquerait pas à Wall Street, mais qui a fait grincer des dents à Paris comme à Tokyo.

Des clichés d'une somptueuse réception donnée au château de Versailles à l'automne 2016 avec des acteurs en costumes d'époque ont refait surface. Des articles ont été publiés à propos d'une villa à Beyrouth et d'un appartement à Rio de Janeiro - cette ville où Carlos Ghosn avait eu l'honneur de porter la flamme olympique, avant l'ouverture des JO de 2016.

«Assez simple, finalement»

A sa cupidité supposée, il répond qu'il était d'abord soucieux de sa famille, d'où le désir de s'assurer des revenus stables, de façon intègre: c'est en tout cas un des arguments exposés devant le tribunal.

Si son ex-femme, Rita, a eu des mots durs à son égard dans la presse japonaise depuis leur divorce, leurs quatre enfants se montrent en revanche très admiratifs de leur père: «je parle avec lui chaque dimanche depuis que je ne suis plus à la maison. Comme il appelle mes soeurs et sa mère, d'ailleurs», a expliqué son fils lors d'un récent entretien accordé au Journal du Dimanche.

«Il peut être un patron dur. Dans la vie professionnelle, il ne cherche pas à plaire à tout le monde. Mais dans la vie personnelle, il est très différent, plus complexe. C'est un homme honnête, un homme loyal. Et assez simple, finalement».

C'est aussi l'image que M. Ghosn a tenté de donner de lui mardi devant la cour.

(dri/afp)

Les commentaires les plus populaires

  • Raoul le 08.01.2019 21:26 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Priorité

    Comme quoi cela ne sert à rien de défier sa vie à une entreprise. La cupidité, la jalousie et les coups bas sont plus important plus on prend du galon. Bref, c'est de pire en pire partout dans le privé comme en politique donc mettez vos priorité ailleurs

  • Hulot le 08.01.2019 21:17 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Justice à plusieurs vitesses!

    Si tous les faits qu'on lui reproche s'avèrent authentiques, il mérite sa chute ! Mais bon, bien d'autres grands patrons font de même et la justice est bien sélective !

  • Jean le 08.01.2019 22:05 Report dénoncer ce commentaire

    Justice japonaise

    Les responsables de Tecpo ont passé 0 jour en prison !

Les derniers commentaires

  • maxime le 17.01.2019 14:39 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    cramé le mec

    Ben fallait pas jouer avec le feu, cela fini toujours par brûler.

  • Moinica fire jjjjjj le 17.01.2019 14:00 Report dénoncer ce commentaire

    Japon vs France

    Un procès politique, mais que veut le Japon.?

  • truman le 15.01.2019 18:44 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    un homme d'exception

    Le Japon se ridiculise violemment en clouant au pilori la personne qui a sauvé l'un des fleurons de leur économie. Mais ils paieront le prix de cette ignominie! Plus aucun étranger talentueux ne viendra les sauver de la mouise. M. Gosh venez en Suisse, on saura vous trouver un poste à la hauteur de votre talent!

  • Amateur le 14.01.2019 11:13 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    De la place !!

    Carlos, arrête de geindre et fait une place pour notre Maudet !!!

  • Du Japon le 13.01.2019 18:37 Report dénoncer ce commentaire

    News

    Cher Carlos pour plaire aux français il fallait mettre ton gilet jaune..Maintenant ça va être dur comme le futon de ta cellule. Ton petit avion, financé par tes ouvriers, doit te manquer. Fait un geste, donne le au mouvement des GJ. Ils cherchent un moyen de transport pour samedi prochain.