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09 septembre 2019 15:37; Act: 09.09.2019 16:12 Print

Démission de l'homme aux commandes de Nissan

Rattrapé par le scandale de primes indues et l'affaire Ghosn, le directeur général exécutif de Nissan, Hiroto Saikawa, démissionne.

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Hiroto Saikawa est sur le départ, il quittera ses fonctions le 16 septembre prochain. (Photo: Keystone/EPA)

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Il rêvait de remettre Nissan dans le droit chemin avant de tirer sa révérence sous les honneurs, mais Hiroto Saikawa, fossoyeur de son maître Carlos Ghosn, a lui aussi été rattrapé par le passé et poussé vers la sortie. Après avoir reconnu avoir perçu une prime indue il y a plusieurs années, le directeur général du constructeur automobile nippon a fait part lundi de sa démission qui sera effective le 16 septembre, bien plus tôt qu'il ne le souhaitait.

Depuis des mois déjà, ce dirigeant à l'air impassible, aux cheveux ras et aux fines lunettes, était sur la sellette. Il se maintenait à son poste plus par défaut de successeur que par soutien affirmé des administrateurs. À plusieurs reprises, des actionnaires du groupe ont réclamé son départ, le jugeant trop associé à l'ère Ghosn, dont il a été le protégé serviable vingt ans durant avant de tourner casaque.

En novembre dernier, M. Saikawa n'avait pas de mots assez durs pour fustiger «la face obscure» du tout-puissant Ghosn, qui venait d'être arrêté au Japon pour des malversations financières présumées, après une enquête interne de Nissan menée dans le plus grand secret. «Je ressens une profonde déception, de la frustration, du désespoir même. De l'indignation et du ressentiment», avait encore lancé M. Saikawa en novembre dernier. Trahie était, selon lui, sa confiance placée dans son ancien mentor, désormais assigné à résidence à Tokyo dans l'attente de son procès prévu l'an prochain.

Le successeur de Ghosn

Ayant fait toute sa carrière chez Nissan, firme qu'il a rejointe en 1977 après des études d'économie à la prestigieuse université de Tokyo, M. Saikawa a progressivement grimpé les échelons sous l'aile de M. Ghosn, arrivé en 1999 à Tokyo pour redresser Nissan, qui venait de faire alliance avec le français Renault.

«Vient un temps où il faut passer le relais à quelqu'un d'autre. J'ai toujours dit que je voulais qu'un Japonais me succède et cela fait des années que je prépare M. Saikawa», avait à l'époque expliqué le Franco-Libanais-Brésilien, lui témoignant toute sa confiance. Des États-Unis à l'Europe, M. Saikawa a enchaîné divers postes de direction, devenant directeur de la compétitivité en 2013.

Attitude surprenante de la part d'un dirigeant nippon, son zèle à sabrer les coûts et négocier les prix avec les fournisseurs plaisait certes au «cost-cutter» (coupeur de coûts) Carlos Ghosn, mais ne lui valait pas forcément bonne réputation en interne. M. Saikawa a aussi siégé au conseil d'administration de Renault entre 2006 et 2016. Il s'y était déjà fait remarquer pour sa fermeté à l'occasion de la crise qui avait secoué l'alliance fin 2015, bien décidé à défendre l'autonomie de Nissan face à la «menace» de l'État français.

Un double échec

En dehors de Nissan, M. Saikawa a présidé la puissante Association des constructeurs automobiles japonais (JAMA). Mais, à partir de mi-2017, quand M. Ghosn a pris du champ, cédant les commandes exécutives du groupe à son poulain, le bon élève a progressivement changé d'opinion sur son mentor. Il n'a notamment guère apprécié que M. Ghosn n'assume pas le scandale de contrôles illicites de véhicules au Japon, qui a en partie saccagé l'image de marque de l'entreprise sur son marché national.

Et des rancunes envers M. Ghosn, M. Saikawa n'a pas eu de mal à en trouver d'autres dans l'entreprise, selon un ancien employé interrogé par l'AFP. Se présentant alors régulièrement devant les médias en parangon de vertu, Hiroto Saikawa n'a eu de cesse de brocarder celui qui l'avait pourtant hissé au sommet. Jamais cependant, M. Saikawa n'a pleinement réussi à convaincre qu'il était totalement étranger aux faits reprochés à M. Ghosn.

Et au-delà de belles paroles, il n'a pas davantage su établir une relation de confiance avec la nouvelle direction de Renault. Aux yeux des influents médias japonais devenus soudain très critiques envers M. Saikawa après ses aveux de revenus excessifs, c'est sur ce double échec qu'il va quitter Nissan, laissant l'entreprise en mauvaise posture.

Mais pour l'avocat Nobuo Gohara, qui analyse depuis le départ l'affaire Ghosn et juge «difficile de faire confiance à M. Saikawa», il serait inique qu'il s'en tire par un simple remboursement des sommes perçues et quelques excuses, quand M. Ghosn risque des années de prison, un avis partagé par les défenseurs du patriarche déchu.

(nxp/afp)

Les commentaires les plus populaires

  • Marc K. le 09.09.2019 21:59 Report dénoncer ce commentaire

    2 poids 2 mesures

    Tiens il est pas en prison lui? A oui il est japonais...

  • Mmmm le 10.09.2019 01:21 Report dénoncer ce commentaire

    ...tout est dit...

    ...tout est dit...ce gars a manigance l'arrestation de Goshn alors qu'il ne vaut pas mieux...au fait...ou sont les detracteurs de Goshn qui se regalaient de son arrestation en disant que c'etait un voleur...? A noter que ce gars est libre alors que Goshn a ete mis en prison comme un mal propre...2 poids 2 mesures....

  • Juste le 09.09.2019 17:06 Report dénoncer ce commentaire

    Le karma l'a rattrapé

    Le Karma l'a rattrapé et c'est tant mieux! Il a monté de toutes pièces les fausses accusations contre Goshn, faisant produire des faux pour l'incriminer à fond et tout ça pour devenir le calife à la place du calife! Hélas pour lui, certains avaient et ayant encore de gros doute l'on passé au crible et l'ont pris la main dans la caisse! Il annonce donc son départ pour le 16, ce qui veut dire que le croque-mort a déjà préparé sa caisse, vu qu'au Japon, démission signifie hara-kiri!

Les derniers commentaires

  • Pour Comprendre.... le 12.09.2019 17:20 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    ...,Il faut avoir bossé avec des japonais

    Vous feriez confiance à un asiatique qui vous sourit tout le temps, même quand vous lui passez un savon? Moi pas en tout cas.

  • Bruce le 11.09.2019 22:44 Report dénoncer ce commentaire

    Tous pourris

    Ce que j'en pense pour ces "grands" dirigeants, c'est que s'ils avouent une malversation, c'est qu'ils ne pouvaient pas faire autrement, mis devant le fait accompli. Mais combien d'autres en cachent-ils ? Car c'est sûr, ils sont tous pourris. Mais les autres ne se sont pas encore fait attrapés.

  • Jeanne le 11.09.2019 11:10 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Stop

    Arrêtons d'acheter ces voitures issues de réseaux mafieux et de sociétés peu recommandables. En plus, elles sont moches !

  • Freddy le 10.09.2019 13:09 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    le sketch

    PSA risque de le réengager vu qu'ils récupèrent les boulets des autres marques...en même temps un groupe gag ne peut pas arriver à embarquer du personnel de qualité sans histoire

  • Mmmm le 10.09.2019 01:21 Report dénoncer ce commentaire

    ...tout est dit...

    ...tout est dit...ce gars a manigance l'arrestation de Goshn alors qu'il ne vaut pas mieux...au fait...ou sont les detracteurs de Goshn qui se regalaient de son arrestation en disant que c'etait un voleur...? A noter que ce gars est libre alors que Goshn a ete mis en prison comme un mal propre...2 poids 2 mesures....