Séparation

16 février 2011 07:00; Act: 16.02.2011 10:32 Print

«Le père se demande à quoi il sert»

par S. Billeter/ C. Muller - L’affaire des jumelles de St-Sulpice (VD) rouvre le débat sur le droit des pères. Le point avec une avocate et des témoignages de pères.

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Selon l’experte Anne Reiser, l’enfant, en tant que lien subsistant après une rupture, ne doit pas constituer le nœud du conflit, mais la base d’un projet. (Photo: AFP)

Sur ce sujet
Une faute?

Anne Reiser, vous êtes spécialiste du droit de la famille et vous déplorez la situation actuelle.
En effet. Au moment de la séparation, la douleur est importante. Ce sont les tripes qui parlent, pas le bon sens. Il faut savoir prendre du recul par rapport à ses valeurs et c'est très difficile quand on souffre.

Que préconisez-vous?
Permettre aux adultes de vivre leur dysfonctionnement en purgeant leur fiel le plus vite possible. Leur ôter l’enfant qui sera placé chez un proche, loin de l’égoïsme que provoque la douleur.

 N’est-ce pas rude pour l’enfant d’être enlevé à ses parents?
Ce sera toujours moins rude que la tempête familiale dont il subira des dommages à long terme. Il faut instaurer des cellules de crise.

Et au niveau politique?
 Les politiciens doivent prendre conscience qu’un divorce est une procédure spéciale qui doit viser à maintenir les liens familiaux. Qu’ils chiffrent les coûts actuels au niveau social, sans oublier la précarisation des familles que cela engendre. Ils doivent rendre la médiation obligatoire.

Est-elle vraiment utile?
 Si elle est rendue obligatoire. Elle offre des taux de réussite phénoménaux en terme de relation et de maintien du lien pour le parent non gardien.

 Vous êtes favorable à la garde partagée.
Il faut accepter que l’enfant a autant besoin de son père que de sa mère, et qu’il n’est pas un pansement pour mieux se remettre de la rupture, comme­ le considèrent souvent les parents.

Et le père?
Il se demande à quoi il sert. Sans loi sur l’autorité parentale partagée, il se sent humilié, juste bon à payer. Nous sommes à un moment charnière dans les rapports hommes-femmes. Le seul moyen de s’en sortir est de ne pas se sacrifier.


Témoignages de deux pères

A la naissance de son fils, en juin 2006, Stéphane ne pensait pas qu’il devrait se battre aujourd’hui pour le voir.

«Je pense que je suis comme la plupart des gens. Se marier, avoir une famille, rien d’extravagant! Quand notre fils est né, en 2006, j’ai même abandonné mon métier de DJ pour revenir dans les assurances. Et l’an dernier, du jour au lendemain, elle me vire de chez nous, par une mesure d’extrême urgence. J’ai été plus déçu que surpris, car elle avait fait pareil avec son précédent mari. Mes droits? Aucun. En Vaud, c’est tout pour la mère. Le juge n’a pas voulu m’entendre. J’ai demandé le divorce. Elle refuse pour toucher le maximum de ma LPP au moment opportun. Ce qui m’importe c’est mon fils. Elle m’a demandé 5000 fr par mois en échange de la garde partagée, mais je ne peux verser que 1500. J’ai appris que mon fils a été admis aux soins intensifs avant Noël à cause d’une crise d’allergie. Puis, elle a fait une tentative de suicide à Nouvel An, avec notre fils dans ses bras. Et elle a toujours la garde! J’attends avec impatience la loi sur l’autorité parentale. La seule chose actuellement qu’un père peut faire, c’est payer. Le problème c’est l’argent, alors que ce devrait être le bien-être de l’enfant. Et là, il m’en veut car sa mère a changé le jour de visite.»


S.M. est arrivé en Suisse en 1985 et s’est marié 5 ans plus tard. Il est le papa d’une fille de 16 ans. En instance de divorce, il témoigne.

Les problèmes de couple ont surgi rapidement, menant à une première séparation en 1997. «Très vite, ma femme ne respectait pas pleinement mon droit de visite. Le temps où je peux voir ma fille est déjà limité, alors imaginez si même cela n’est pas respecté!» Par la suite, le couple a tenté de recoller les morceaux, mais sans succès. En 2007, le processus de séparation s’enclenche de nouveau. «La première année, nous avions la garde partagée. Ça se passait plutôt bien. Mais ensuite, ma femme a demandé – et obtenu – la garde unique, ce qui lui permettait aussi d’avoir une pension plus élevée. Depuis lors, je n’ai jamais eu régulièrement ma fille lors des week-ends». S.M. se dur très amer, notamment vis-à-vis de la justice suisse. «En gros, je ne servais plus qu’à payer. Je n’ai jamais obtenu de mon épouse qu’elle respecte pleinement mon droit de visite. Les juges doivent être plus sévères, ils laissent trop souvent la mère agir comme elle l’entend». S.M. dresse un bilan désabusé. «Pour les pères séparés, il y a trois possibilités. Soit ils acceptent de laisser les pleins pouvoirs à la mère, soit ils se battent au risque d’y laisser des plumes, financièrement et psychologiquement, soit ils sombrent complètement, comme le père des jumelles.»

Les commentaires les plus populaires

  • Simon le 16.02.2011 14:49 Report dénoncer ce commentaire

    Matthias

    Apparamment la femme de Mathias l'aurait poussé à bout, ça c'est pas dans le journaux.. C'est plus facile de le blâmer, de faire des thèses d'intellectuels, et surtout on voit ce que cela a donné.. Qui sait si il avait pensé à une petite chance de pouvoir garder sa famille en harmonie, en serait-il arrivé là? Geste non excusable quoi qu'il en soit, mais relativiser bonne gens.. On ne connaît pas tout et on nous cache la vérité volontairement.. A quand la fin des journalistes??

  • Stéf le 16.02.2011 15:24 Report dénoncer ce commentaire

    Autorité parentale

    Dans les cas de divorce, la femme à trop de pouvoir, l'homme est de toute façon le perdant devant la justice, il doit prouver qu'il est bien meilleure que la femme pour l'éducation d'un enfant, par contre la femme on se pose même pas la question. Même pour une question d'autorité parentale ça cherche encore des excuses pour repousser la demande, et grâce à qui encore une fois.

  • Injustice Suisse le 16.02.2011 19:05 Report dénoncer ce commentaire

    Injustice Suisse

    Je trouve que c'est horrible, le traitement que l'on fait au père divorcé...Ce n'est pas digne d'un pays civilisé. Ils veulent castrés les hommes et les ruinés, et en contrepartie nous devrions encore dire merci? Réveillez-vous

Les derniers commentaires

  • yasmineassaf@hotmail.com le 17.02.2011 11:42 Report dénoncer ce commentaire

    en colère

    Je suis la compagne d'un père qui vit l'injustice des lois concernant le droit des pères. C'est une véritable honte que des gens de lois (avocats, juges et notaires) aient toute liberté de décisions sur la vie des gens, surtout de père sans eux-mêmes ne jamais être punis pour leur incompétence. Les lois sont arriérées pour l'époque et la lenteur des tribunaux et des gens sensés décider de la vie de ceux en souffrance aggrave les choses: ruine psychologique et financière. Question à cent francs: qui est-ce qui s'enrichit grassement: les avocats et les femmes revendicatrices et assistées.

  • Darth le 17.02.2011 11:22 Report dénoncer ce commentaire

    voilà ce qui arrive des fois

    un homme qui s'est retrouvé en instance de divorce à cause de sa femme qui le trompait et qui voulait tout ramasser a fait la chose suivante. Il est allé voir son boss, a retourné son bureau et tout fracassé ce qui s'y trouvait. Résultat, licenciement immédiat, plus de revenu et il a fini aux sociaux. Sa bonne femme l'a eu dans l'os mais le prix a payé est tout de même très élevé pour cette personne. La loi doit changer et vite

    • Manuella le 19.02.2011 17:42 Report dénoncer ce commentaire

      T'as pas 100 balles

      Il n'est absolument pas le seul SDF sur la place de Genève. L'état paie la pension à la mutti et se retourne contre l'intru (le père) s'il n'a rien à donner, c'est le contribuable par ses impôts...

  • Darth le 17.02.2011 11:16 Report dénoncer ce commentaire

    Sommaruga pas à la hauteur

    La Sommaruga ferait mieux de s'activer à changer les lois sur le divorce que de chercher des poux aux tireurs. Mais non, c'est pas porteur, et surtout les socialos ont jamais été très portés sur le mariage, donc elle fera rien pour arranger le quotidien des pères divorcés (payer et la fermer). Faut pas ensuite s'étonner qu'il y ait des drames ou des enlèvements d'enfants comme l'affaire des jumelles

  • mieuxvautrirequemourrir le 17.02.2011 00:53 Report dénoncer ce commentaire

    Le comble de l'absurdité

    Actuellement, la justice demande à Ex-Monsieur de payer une pension à Madame et aux enfants. Ex-Monsieur, ne peut pas voir ses enfants mais cela n'est pas si grave...Nous sommes en 2011 et l'essentiel est qu'il puisse garder le minimum vital.(-; Mais sachant que le minimum vital est bien assez suffisant, pourquoi ne pas introduire une nouvelle loi, qui permettrait de donner la moitié des restes de "Ex-Monsieur", à l'éventuel nouveau conjoint de Madame?(si ce dernier ne travaille pas par exemple). Article 1-"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droit

  • romainanex@ahoo.fr le 16.02.2011 19:26 Report dénoncer ce commentaire

    Le cirque de la médiocrité

    celui qui pose cette question " pensez vous que la loi actuelle prétérite les pères? "ne peut être qu'une personne n'ayant jamais été en contact avec nos pathétiques tribunaux censés défendre l'équité des citoyens.