Japon

03 juillet 2014 13:57; Act: 03.07.2014 14:39 Print

«Voisins de l'au-delà» choisis avant de mourir

Plutôt que d'entretenir une coûteuse tombe familiale, certains Japonais préfèrent de leur vivant choisir des inconnus pour partager une sépulture collective.

storybild

Le père du prêtre bouddhiste Ryukai Matsushima (photo) est le pionnier de ces tombes collectives. (Photo: AFP)

Une faute?

Avoir des «camarades de cimetière», vivre l'éternité collectivement, c'est le choix que Kumiko Kano, une septuagénaire de Tokyo, a fait avec son mari il y a une dizaine d'années.

«Quand mon époux a vu l'argent que son frère aîné engloutissait pour les pierres tombales familiales, on a décidé ensemble qu'on n'avait pas besoin de ça, et qu'on ne voulait pas faire supporter une telle charge à nos enfants», dit-elle. Son mari repose depuis 2008 avec 3.000 «voisins», dans une tombe collective qui peut accueillir 6.000 défunts. Lorsqu'elle se recueille, elle se retrouve devant un mur de marbre sur lequel sont gravés l'ensemble des noms. Lorsque son heure viendra elle rejoindra sa moitié. Les caractères de son propre nom y figurent déjà, mais pour l'instant en rouge. Ils seront grattés pour virer au noir quand elle «intègrera le mur».

La femme est ravie: jamais elle n'éprouve ce dérangeant remords qui prend parfois les gens quand ils n'entretiennent par la tombe de l'être aimé. «Il m'arrive de ne pas pouvoir venir pendant quelques temps. Je culpabilise un peu, mais je suis toujours rassurée, parce qu'il y a toujours beaucoup de fleurs», explique-t-elle.

Apprendre à connaître ses futurs «voisins»

Et de temps en temps Kumiko se retrouve avec un groupe de personnes qui toutes ont décidé de passer l'éternité ensemble et dans un endroit précis, prévu, réservé. Car avant le grand voyage, ces gens vont devoir apprendre à se connaître, s'apprécier peut-être pour, en sont-ils persuadés, mieux vivre la mort ensemble. Et pour ça, ils se retrouvent au sein d'un club étonnant, le «Moyainokai», littéralement «travailler ensemble», qui organise des excursions à la campagne ou des sessions de lectures en groupe. Le but? «Créer des liens qui ne soient pas basés sur le sang».

Souhait de faire tombe à part

Au Japon, on vit vieux, parfois très vieux et certains ne sont pas emballés à l'idée de prolonger une longue vie de couple dans un face à face tombal sans fin. Syohei Maekawa, un tour opérateur qui s'est spécialisé dans la visite de lieux de repos éternel, confirme que certaines dames ne sont pas ravies à l'idée de la mort à deux avec leur «cher» époux. «Ne le répétez surtout pas mais je ne veux pas être enterrée avec mon mari!». Cette étrange confession, Syoihei l'a entendue plusieurs fois de clientes qui envisagent sérieusement de faire... tombe à part. «Ce n'est pas forcément parce qu'elles avaient ou ont de mauvaises relations avec leurs maris, mais simplement parce qu'elles ont envie de pouvoir enfin avoir des choses par elles-mêmes», estime pour sa part Haruyo Inoue, une sociologue de l'université Toyo.

(afp)