Ville

24 février 2011 07:00; Act: 23.02.2011 18:37 Print

Attribuer un nom de rue? Pas si anodin

par Stéphanie Billeter - Des Champs-Elysées à la rue Federer, le baptême d’un axe doit être réfléchi. Explications.

Voir le diaporama en grand »
Un hommage au gardien de but de l'équipe d'Espagne: "la rue de la mère qui a accouché de Casillas". Un gag ici, pas souvent bienvenue ailleurs! Aux Champs-Elysées: L’avenue parisienne qui lie la place de la Concorde à celle de l’Etoile demeure envers et malgré tout la plus connue au monde. Désormais snobée par les Parisiens, elle fait le bonheur des touristes. Et comment ne pas arpenter un endroit où les magasins sont ouverts jusqu’à minuit? La Bahnhoffstrasse: En janvier, elle est arrivée troisième dans la liste des rues les plus chères du monde. Rue de la gare, à Zurich, elle mérite bien son nom, c’est l’une des seules à permettre un lèche-vitrine aussi varié et chic dès la descente du train. Il y en a pour 1,4 km...et pour ruiner sa carte de crédit!. A Baker Street: Certes Londres est connue pour Oxford Street, Regent Street ou Picadilly Circus. Mais la ville a aussi l’avantage d’avoir une rue devenue célèbre pour son occupant... fictif, Sherlock Holmes. L’appartement du détective créé par Conan Doyle y est reconstitué dans un musée, fief des fans des romans. Sur les Ramblas: Les oiseaux piaillent et les artistes des rues s’activent. A Barcelone, la Rambla ne désemplit pas. Paradoxalement, elle a une force d’attraction intense alors que tant la foule, les prix élevés des glaciers comme l’opportunité donnée aux pickpockets la ferait fuir. Son atout? Elle va vers la mer bien sûr! La Cinquième: Comment un chiffre peut supplanter le plus beau nom de rue? En devenant celui de la rue la plus luxueuse au monde. A New York impossible d’échapper à la 5th, dont la réputation a débuté à la fin du XIXe siècle avec l’hôtel Waldorf Astoria. Depuis, les boutiques côtoient les plus beaux bâtiments. Sur Sunset Bvd: Par son nom (boulevard du crépuscule), sa situation (elle traverse les quartiers chics d’Hollywood), sa longueur (39 km), Sunset Boulevard est l’une des artères les plus mythiques qui soient. Baignée de soleil, elle va de l’Océan Pacifique à Hollywood, avec en chemin le fameux hôtel Château Marmont. Les noms de rues d’Atlantic City figurent sur le plateau du Monopoly américain, l’original, depuis sa création en 1934. Et malgré la dévaluation de certaines rues et une faute d’orthographe sur une autre, aucune modification n’a été apportée depuis. Concernant les éditions des villes suisses du Monopoly, les rues sont choisies en fonction de leur valeur immobilière et de leur notoriété, aussi bien pour les résidents que pour les touristes. C’est pourquoi la ­société Carletto, qui compile les informations, travaille conjointement avec les municipalités et les offices de tourisme. C’est ainsi qu’est née l’édition Genève du fameux jeu, l’an passé, après celles consacrées aux villes de Bâle, Zurich et Berne. Lucerne devrait sortir en mai ou juin.

Une faute?

A chaque rue son histoire. Celle d’un lieu, d’un métier, d’un personnage historique. Au moment où Genève a décidé de ne donner plus que des «noms de rue simples à comprendre», comme on a pu le lire dans «Le Matin», demandons-nous ce qu’il se passe du côté du canton de Vaud.

Comme à Genève, «ce sont les communes qui ont la compétence pour attribuer les noms après avoir soumis leur projet au Canton», explique Cyril Favre, géomètre cantonal au Département des infrastructures de l’Etat de Vaud. Son rôle? Inciter à faire les bons choix. Car, selon l’ordonnance fédérale sur les noms géographiques (juillet 2008), toutes les communes sont désormais forcées d’attribuer un nom officiel à chacun de leurs axes.

Bien sûr, il est aussi possible de renommer à tout moment une rue déjà identifiée, mais l’Office fédéral de topographie ne le préconise pas, «la modification d’un nom de rue entraînant des dépenses conséquentes», cite Benoît Cretton, graphiste à la Ville de Lausanne.

Et placer le nom d’un vivant sur une plaque? «Il n’y a pas de règle absolue, dit Cyril Favre. Mais ça ne se fait pas tellement, cela pourrait être très mal interprété!» D’ailleurs, les patronymes de Jean Perret et d’Olivier Français ont été proposés en 2007... et refusés. Et le nom le plus couramment attribué? Nous abusons allégrement de la rue Centrale, alors qu’en France, la rue de l’Eglise bat toujours et encore les records.