Livres

08 janvier 2016 18:10; Act: 08.01.2016 18:55 Print

Dans la peau d'un mannequin anorexique

par Célia Héron - Dans son livre «Jamais assez maigre, Journal d'un top model», Victoire Maçon-Dauxerre raconte son enfer.

storybild

La couverture du «journal» de la jeune femme. (Photo: Twitter/Victoire Maçon Dauxerre)

Une faute?

La Française Victoire Maçon-Dauxerre revient de loin. Au top de sa carrière de mannequin, alors que se l'arrachent Céline, Lacoste ou le photographe Mario Testino, «javais le squelette dune dame de 70 ans, lâche-t-elle. Je pesais 47 kg pour 1,78m. Je n'avais plus mes règles, je faisais de l'hypertension, je perdais mes cheveux».

Le magazine Elle a rencontré l'auteure de «Jamais assez maigre, Journal d'un top model», qui a renoncé à la profession le jour où elle a réalisé qu'elle pourrait y laisser sa vie. Elle sort cette semaine un témoignage qui dénonce les pratiques de l'industrie et tente de prévenir celles qui seraient sur le point de se laisser tenter.

«Jai écrit ce livre pour que les autres filles connaissent cette problématique avant quil soit trop tard» explique la jeune femme de 23 ans au magazine féminin. «Si javais su que je mettrais à ce point ma santé en danger, je naurais pas fait ce métier». Elle souligne qu'ayant été repérée dans la rue, ni elle ni personne autour d'elle ne pouvait «imaginer» les dangers des standards des agences de mannequins, dont les descriptions qu'elle donne, même si elle ne surprendront personne, font froid dans le dos.

«On ma annoncé que je devrais entrer dans un 32»

«Quand je suis arrivée chez Elite, on ma annoncé que je devrais entrer dans un 32. La pression est très forte», surtout en période de «semaines de la mode», raconte celle-ci. Déjà peu épaisse, la jeune femme, qui a 18 ans à l'époque, perd donc 9 kilos en 8 semaines pour satisfaire son agence. «Lors dun casting, je faisais du 85 A comme à 12 ans, et on ma dit que javais trop de poitrine».

Pendant les défilés, elle tient le coup avec trois pommes par jour. «Un litre et demi de Pepsi Max pour me caler avec les bulles. Et, une fois par semaine, un petit morceau de poulet ou de poisson».

«Manger était un échec insoutenable»

Bien vite, une «petite voix» au fond d'elle la culpabilise dès qu'elle mange. «Au fur et à mesure je suis entrée dans un cercle infernal où plus je maigrissais, plus je me trouvais grosse. Cétait un combat permanent entre moi et la maladie. Manger était un échec insoutenable». Jusqu'au jour où elle a perdu connaissance à New York.

Le milieu de la mode, selon elle, traite le rapport à la nourriture avec «une hypocrisie qui confine à la maltraitance». «On nous demande dêtre maigres, mais on dispose devant nous des buffets remplis de gâteaux et de viandes en sauce (...) Jai vu à New York les mannequins faire honneur aux petits fours devant les caméras et, une fois les télés parties, aller vomir aux toilettes». Les mannequins qui postent des photos de hamburgers sur Instagram mentent à leur audience, selon elle.

Seule et irrationnelle, elle raconte être tombée dans la boulimie, manipulant son entourage en prétendant aller bien. En prenant finalement conscience de sa maladie, elle a fini par quitter le milieu après ces années destructrices. «Personne na compris quand jai arrêté le mannequinat et que jai fait une tentative de suicide. Pour vous dire, deux ans après, les agences continuaient à me rappeler».

Aujourd'hui, elle affirme qu'il est «criminel» de véhiculer comme modèle de beauté «une image aussi malsaine de la femme»: «sans seins, sans fesses, aux corps malades».

Loi française

La maigreur excessive mise en avant par certains créateurs est débattue depuis des décennies en Europe. La France a adopté en décembre une loi visant à lutter contre la maigreur excessive des mannequins. Un certificat médical et la mention «photo retouchée» le cas échéant sont désormais obligatoires. Une mesure nécessaire, selon Victoire Maçon-Dauxerre.

Toute infraction à cet article est passible de six mois d'emprisonnement et de 75'000 euros (81'400 francs) d'amende.

(nxp)