Voyage

01 février 2011 17:14; Act: 01.02.2011 17:35 Print

Du coeur de Berlin-Est au paradis branché

par Stéphanie Billeter - Vivier artistique de l’Allemagne communiste avant la chute du Mur, le quartier est devenu en vingt ans le repaire des bobos.

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Avec ses multiples bistrots, boutiques et lieux culturels, le quartier de Prenzlauer Berg offre une belle qualité de vie à ses habitants, plutôt privilégiés. Une visite s’impose! (Photo: AFP)

Une faute?

La cinquantaine discrète, Wolf­gang Krause a vu changer Prenzlauer Berg. Artiste depuis toujours (www.ozwei.net), il n’a jamais quitté son quartier, qu’il aime et que, forcément, il châtie bien.
Comment interpréter le fameux mot du maire de Berlin, qualifiant sa ville de «pauvre, mais sexy»?
Aujourd’hui, tout ce qu’il y a de nouveau dans l’art en Europe­ vient de Berlin. Il n’est pas question d’argent mais d’idées, de créativité. Vous savez, cela fait longtemps que nous voyons défiler le meilleur de l’avant-garde. Il y a ici 6000 artistes qui gagnent leur vie. On crée à Berlin et on vend à Cologne ou à Francfort.
Et Prenzlauer Berg?
J’y suis arrivé en 1974. Il y avait là tout ce que Berlin comptait d’intellectuels. L’Allemagne de l’Est était un petit pays de 17 millions d’habitants. Tous les artistes se connaissaient.
Tout a changé à la chute du Mur?
Le plus grand moment de ma vie! Je n’aurais jamais cru cela possible sans effusion de sang. D’un coup, nous étions 66 millions, on pouvait voyager partout. Beaucoup d’amis sont partis à l’Ouest. Moi, je suis resté. Et dès 1990, les artistes de l’Ouest sont venus s’installer à Prenzlauer Berg, parmi lesquels des New-Yorkais, comme le compositeur Arnold Dreyblatt.
Quel est le prin­cipal problème aujourd’hui?
La spéculation. Un appartement qui valait un demi-million en 1990 se vend aujourd’hui 3 millions. Et ce ne sont pas les Berlinois qui peuvent acheter, mais tous ceux qui viennent d’Europe.
Qu’est devenu Prenzlauer Berg?
Un quartier pour gens aisés. Les maisons ont 100 ans. Avec leurs habitants décédés ces vingt dernières années, elles ont été rénovées petit à petit pour loger des familles et leurs enfants. Il faut être médecin ou ingénieur pour y habiter actuellement. La moitié des habitants du quartier ont moins de 40 ans. Vous ne verrez pas un seul papy!

Conserver la mémoire du Mur
A la frontière nord-ouest de Prenzlauer Berg, sur Bernauerstrasse, se trouve l’un des sites où subsistent encore quelques pans du Mur. C’est là que se dresse un mémorial qui accueille des visiteurs depuis 1998. On peut y consulter d’anciens plans de la ville et découvrir des expos permanentes ou temporaires. Celles-ci retracent les conditions dans lesquelles les deux parties de la ville ont été coupées l’une de l’autre de 1961 à 1989, et les déchirements que cela a occasionnés. En face du musée, on peut d’ailleurs cheminer entre les vestiges sur Mur, et ainsi prendre conscience de son importance, consulter le panneau-hommage (dit la «fenêtre du souvenir») à tous ceux qui sont morts pour avoir voulu le franchir. Visité sous la pluie, le mémorial prend toute sa dimension tragique. Mais il avait besoin d’exister, comme le souligne la Fondation du Mur de Berlin. Ouvert en 1998, ce lieu de mémoire est en cours d’agrandissement. Les travaux devraient durer jusqu’à l’an prochain. A la chapelle de la réconciliation, il se déroule encore tous les jours des cérémonies de prières pour les victimes du mur.