Mania

13 janvier 2010 22:44; Act: 13.01.2010 21:14 Print

Etre fan de Swatch, un job à temps plein

par Sandra Imsand - Ils vouent un véritable culte à la montre de plastique suisse. Rencontre avec les plus férus collectionneurs à l’occasion d’un événement à New York.

Une faute?

«On a déjà quinze minutes de retard», se plaint cette participante française qui attend le départ du bus. Car, il faut le savoir, un collectionneur de Swatch est toujours ponctuel. Grâce sans aucun doute à sa montre fétiche, qu’il arbore fièrement au poignet – quand il n’en porte pas carrément deux ou trois en même temps. Nous sommes à New York, en décembre dernier, où les plus grands amateurs de la petite montre en plastique se sont rencontrés à l’occasion d’un événement de Noël.

Ces réunions, où se retrouvent des personnes venues du monde entier – 15 pays et 12 langues étaient représentés – sont le meilleur moyen pour eux de garder contact. «Grâce à Swatch, j’ai fait la connaissance de personnes qui partagent la même passion que moi, certaines sont même devenues des amis pour la vie. En dehors de ce cercle, on me prend parfois pour une timbrée», explique en riant Esther, collection­neuse californienne.

Ces événements sont également le cadre de trocs. «Chaque pays a ses créations spéciales et le meilleur moyen de les obtenir est de les demander aux autres membres», explique Paco. Cet Espagnol est l’heureux propriétaire de la plus grosse collection de Swatch du monde. Combien de pièces? On ne le saura pas, sans doute plusieurs milliers, qui occupent tout un appartement. Une chose est sûre: à chaque événement, il revient toujours avec une valise pleine de montres qu’il a obtenues auprès des autres membres. En Espagne, même les douaniers le connaissent: «Ils pensent que je suis un fou qui fait du commerce. J’ai dû les inviter chez moi pour qu’ils voient que je suis juste un collectionneur.» Pour éviter les ennuis, Paco a freiné ses passages à la douane. Il est tout de même revenu de New York avec cinquante nouvelles acquisitions dans ses valises!

Maria et sa sœur Toty, deux Bataves de Rotterdam, ne possèdent «que» quelques centaines de montres. «Au début, nous achetions tout ce qui nous tombait sous la main, mais nous avons dû freiner un peu, faute de place chez nous. Maintenant, nous réfléchissons à ce qui nous plaît vraiment», avoue Maria. Même constat du côté de Tracy, collectionneuse de San Francisco. «Un temps, j’achetais jusqu’à dix Swatch par semaine», explique-t-elle. Cela ne l’empêchera pas d’acquérir quatre nouvelles montres dans le magasin situé sur Times Square, alors qu’elle était entrée «juste pour voir». Durant l’événement new-yorkais, les gérants de ce Swatch store, un des plus importants du monde, se sont frotté les mains. A eux seuls, les collectionneurs y ont dépensé plusieurs dizaines de milliers de francs.

Dimanche soir, 22 h. La tension est palpable. C’est à ce moment-là que la présidente de Swatch, Arlette-Elsa Emch, qui a fait le déplacement depuis la Suisse, dévoile la montre spéciale de l’événement. Tirée à 170 exemplaires numérotés, elle sera distribuée à tous les participants. Qu’en pensent-ils? «Je n’en sais rien, je ne l’ai pas vue», lâche Paco, qui serre pourtant la boîte dans ses mains. Il ne l’ouvrira pas de la soirée, comme la majorité des personnes présentes. D’ailleurs, il ne la portera jamais. Elle rejoindra directement sa collection.

Obligé de déménager

La plupart des collectionneurs de Swatch ne se contentent pas d’accumuler les montres. Ils gardent également précieusement tout objet portant le logo de la marque.

Ainsi, Paco, grand collectionneur espagnol, avoue posséder une pièce entière consacrée aux objets Swatch. Des briquets, des tasses, des stylos, des T-shirts, des préservatifs et d’autres gadgets plus surprenants les uns que les autres constituent cette «collection alternative». «Je suis très attaché à la marque, alors je collectionne tout ce qui y touche, dit le Madrilène. Mais je commence à accumuler tant de choses que je suis obligé de chercher un appartement plus grand pour pouvoir tout exposer!»

Cet enthousiasme pour la marque facilite parfois la vie des organisateurs: lors d’événements, plus besoin de ranger, puisque les collectionneurs emportent tout ­comme souvenir! Esther, de San Diego, avoue qu’elle a récupéré des fanions lors d’une fête pour s’en faire des rideaux. «C’est devenu comme un jeu, avoue l’Américaine, nous regardons ce que nous pouvons prendre. Si nous constatons qu’un objet est fixé en hauteur ou solidement attaché, cela veut dire que les organisateurs y tiennent. Alors, nous n’y touchons pas.»