Recyclage

16 mars 2011 10:13; Act: 16.03.2011 10:17 Print

Ils déclinent les légendes suisses à l’infini

par Sandra Imsand - Avec la sortie, mercredi 16 mars, du film «Sennentuntschi», retour sur les adaptations de récits folkloriques.

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Dans "Sennentuntschi", Cette belle créature muette apparaît dans les Alpes pour se venger. Michael Steiner réalise un western alpin mystique qui dérange (Photo: dr)

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Autrefois, un épouvantail de paille et de chiffons, la Sennentuntschi, servait aux bergers à satisfaire leurs pulsions sexuelles durant les longs mois d’été, lorsqu’ils s’occupaient des troupeaux dans les montagnes. Selon la légende répandue dans les cantons d’Uri, des Grisons et de Saint-Gall, la poupée prenait vie au moment de la désalpe. La créature se vengeait alors de ses «violeurs».

Se basant sur cette légende, Michael Steiner («Mein Name ist Eugen» et «Grounding») a réalisé un film d’horreur, ou plutôt, selon ses propres termes, un «western alpin mystique» qui met en scène une jeune femme muette. Cette dernière apparaît soudainement dans un alpage au milieu de bergers en rut. Avant d’être porté à l’écran, l’histoire de la Sennentuntschi a fait l’objet de divers films, de pièces de théâtre et même d’un opéra.

Ce n’est de loin pas le seul exemple. Nombreuses sont les légendes qui ont traversé les siècles grâce à des adaptations diverses. Ces vieux contes
des montagnes helvétiques semblent toujours trouver un écho dans notre société d’aujourd’hui.

Tell, (presque) sans peur et sans reproche
Héros légendaire de l’indépendance suisse, Guillaume Tell a traversé les âges avec son arbalète sans prendre une ride, grâce aux nombreuses adaptations, au théâtre, sur grand écran ou en récit, dont l’Uranais a été l’objet. La plus connue reste sans doute l’opéra «Guillaume Tell», de Gioachino Rossini, avec sa fameuse ouverture de douze minutes. Plus récemment, le scénariste René Wuillemin a mis en scène Guillaume Tell dans une série de bandes dessinées. Le barbu devient un antihéros confronté à des événements incroyables, le tout saupoudré de clins d’œil à la politique contemporaine.

La neutralité sur une toile d’Albert Anker
C’est en Suisse qu’ont eu lieu les premières guerres de religion. Au XVIe siècle, le canton de Zurich a déclaré la guerre à cinq cantons catholiques. Les armées des deux religions se sont retrouvées dans le village de Kappel (entre Zurich et Zoug). Sauf qu’au lieu de se battre, la légende veut que les deux armées aient installé un chaudron, rempli de soupe, dans lequel les soldats des deux camps vinrent tremper leur pain, rigolant et fraternisant. Ce mythe fondateur de la Suisse symbolise la neutralité du pays. Le Bernois Albert Anker a assuré la pérennité de la soupe au lait de Kappel dans un tableau en 1869.

Soupe héroïque devenue chocolat
Dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602, la Mère Royaume faisait mijoter une soupe dans sa marmite. C’est justement cette nuit-là que les Savoyards ont tenté de s’emparer de Genève. La légende veut que la Mère Royaume, voyant les ennemis dans les rues, ait renversé la marmite et son contenu bouillant sur la tête des assaillants. Chaque année, à l’occasion de l’Escalade, des marmites en chocolat et des légumes en massepain envahissent les vitrines genevoises. La légende est devenue confiserie traditionnelle.

Quand le berger troua le rocher
Martin gardait ses moutons dans la montagne glaronnaise quand un géant voulut les lui voler. N’écoutant que son courage, le berger lança sa canne pour le faire fuir. Au lieu de toucher le géant, le bâton alla se ficher dans la montagne, creusant un trou dans la roche: le fameux Martinsloch. La skieuse glaronnaise Laura Bohleber a voulu faire revivre cette légende en skiant sur les traces du géant et du berger.

Masques du Lötschental en série B

Une légende suisse passée à la moulinette du cinéma français, cela donne un soupçon de folklore, un scénario inexistant et surtout un énorme navet. C’est le cas de «Humains», film de Jacques-Olivier Molo (2009) avec Sara Forestier, Lorant Deutsch et Dominique Pinon. Partie dans la vallée du Lötschen­tal, en Valais, pour étudier les mythes et légendes de la région – dont les fameux Tschäg­gättäs, les masques de bois effrayants à l’origine inconnue –, une équipe de scientifiques explore les forêts. Ils vont tomber sur une population primitive, qui tue tout ce qu’elle trouve sur son passage...