Culture

19 août 2019 12:21; Act: 19.08.2019 13:18 Print

L'heure de la rentrée littéraire a sonné

Avec «seulement» 524 romans, c'est la rentrée la plus resserrée depuis 20 ans. En cause, la baisse constante des ventes. Des têtes d'affiche devraient les booster.

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Les premiers titres de la rentrée littéraire d'automne ont commencé à paraître. Au total, 524 romans – 336 français et 188 étrangers – sont attendus en librairie d'ici la fin octobre.

Parmi les 336 romans français de la rentrée, 82 sont des premiers romans. C'est la rentrée la plus resserrée depuis vingt ans, selon le magazine professionnel Livres Hebdo. Sans doute un signe de la fragilité du monde de l'édition (le chiffre d'affaires des éditeurs a baissé de 4,38% en 2018 par rapport à l'année précédente).

Mais l'enjeu demeure de taille. Même si, selon une étude de l'institut GfK publiée cet été, les ventes des livres de la rentrée ont chuté de 32% en six ans, cette période représente toujours un quart des ventes annuelles de romans en grand format.

Le tirage moyen des nouveautés dépasse à peine les 6000 exemplaires, selon des chiffres du Syndicat national de l'édition (SNE). Les éditeurs comptent cependant sur quelques têtes d'affiche pour «booster» les ventes. Ainsi, Albin Michel a prévu un tirage de 160'000 exemplaires pour «Soif», le 28e roman d'Amélie Nothomb.

Sous le signe des femmes

Cette rentrée littéraire est placée sous le signe des femmes. Parmi les livres les plus attendus – et les plus réussis – de cette rentrée, il y a «Les choses humaines» de Karine Tuil (45'000 exemplaires), une histoire autour d'une affaire de viol qui nous parle aussi de domination, des faux-semblants et du culte de la performance... S'inspirant très librement de «l'affaire de Stanford», un viol sur un campus américain, Karine Tuil a choisi de dérouler son récit du point de vue de l'agresseur (un étudiant brillant) et de sa famille (un journaliste très en vue et une essayiste féministe).

Le viol est également l'objet de «Se taire», de Mazarine Pingeot, qui s'intéresse à la sidération et au silence de la victime après le crime. Autre roman guetté par les lecteurs, «Une joie féroce» de Sorj Chalandon (50'000 exemplaires) est un livre paradoxalement vif et joyeux sur sujet anxiogène: le cancer du sein. Avec sa merveilleuse narratrice, le romancier a l'élégance de nous faire sourire quand nous voudrions pleurer.

Dans «La mer à l'envers», Marie Darrieussecq a choisi d'évoquer une femme très ordinaire, Rose, qui va se révéler extraordinaire après avoir été témoin en Méditerranée d'un sauvetage de migrants parmi lesquels se trouve le jeune Younès, pas beaucoup plus âgé que son fils.

Nathacha Appanah dresse le portrait d'une autre femme magnifique dans «Le ciel par-dessus la tête», un roman lumineux autour de Phénix, mère célibataire à l'enfance saccagée dont le fils est en prison et la fille loin d'elle. Pour retrouver ses enfants, Phénix devra vaincre sa colère et le sentiment de culpabilité qui l'accable. On retrouvera encore des femmes remarquables dans «Cora dans la spirale» de Vincent Message, histoire d'une femme broyée par son entreprise.

Une autre histoire du monde

Avec «Civilization», Laurent Binet a choisi de renverser le cours de l'histoire en imaginant l'Europe envahie par les Incas au début du XVIe siècle. Son livre, à la fois érudit et espiègle, est un régal de lecture et laisse entrevoir qu'un autre monde est toujours possible.

Léonora Miano nous transporte dans le futur dans «Rouge impératrice» un des gros pavés de la rentrée (600 pages). Baptisée Katiopa, l'Afrique est devenue un continent unifié et prospère où résident quelques descendants d'Européens vivant repliés sur leur identité. Dans une langue à la fois charnelle et sensuelle, la romancière née au Cameroun s'amuse à renverser les codes des systèmes de domination.

Secrets de famille

«La tentation», nouveau roman de Luc Lang, nous fait suivre un homme solitaire confronté à la violence et à l'étiolement de sa famille. Ce puissant roman aux accents métaphysiques (on pense en le lisant à la «tentation du désespoir» de Bernanos) est l'un des meilleurs de l'écrivain.

Des secrets de famille sont pudiquement révélés dans «La part du fils» de Jean-Luc Coatalem mais aussi dans «Le ghetto intérieur», récit bouleversant de Santiago H. Amigorena. Patrick Deville nous émeut avec «Amazonia», récit d'une remontée de l'Amazone et poignante déclaration d'amour d'un père à son fils.

Jésus parle

Le narrateur de «Soif», le 28e roman d'Amélie Nothomb, est... Jésus. Il raconte ses dernières heures dans un livre qu'on aurait aimé plus dense. On pourra lui préférer «L'arbre d'obéissance» de Joël Baqué qui se met dans la peau d'un moine du IVe siècle pour raconter la vie d'un ermite ascétique. Dépaysement assuré.

Les amoureux de la lecture se régaleront avec «Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même manière» de Jean-Paul Dubois et «Les petits de Décembre» de Kaouther Adimi, formidable récit sur la résistance face à la corruption (et l'amour du football) d'attachants gamins algériens.

Parmi les autres livres à découvrir, on ne négligera pas «Eden» de Monica Sabolo, livre sombre et sensuel sur l'adolescence ni l'«Éloge des bâtards» d'Olivia Rosenthal ou encore «Attendre un fantôme» de Stéphanie Kalfon qui raconte la difficile reconstruction d'une jeune femme après la mort de son compagnon tué dans un attentat.

(nxp/afp)