Traditions

01 février 2011 09:38; Act: 01.02.2011 09:46 Print

La marmotte fait la pluie et le beau temps

par Sandra Imsand - Mercredi 2 février, «Punxsutawney Phil» dira si l’hiver sera long. Un des nombreux rites entourant l’attente du printemps.

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Les traditions varient d’une région à l’autre. Les Américains font confiance à un rongeur, d’autres pays préfèrent brûler des effigies. (Photo: dr)

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«Phil», c’est la personnalité la plus célèbre de tout Punxsutawney, une petite ville de l’Etat de Pennsylvanie (Etats-Unis). Depuis 1886, cette marmotte est tirée de son hibernation le 2 février, à la Chandeleur, pour prédire le changement des saisons. Ce jour-là, des milliers de personnes convergent vers la bourgade pour voir si «Phil» aperçoit son ombre – en d’autres termes, si le temps est ensoleillé. Si c’est le cas, l’animal, effrayé, retourne dans son terrier, et l’hiver durera six semaines supplémentaires. Ce cérémonial, très populaire en Amérique du Nord et retransmis sur les TV nationales, a été rendu mondialement célèbre en 1993 grâce au film «Un jour sans fin», avec Bill Murray.

Si «Punxsutawney Phil» est le plus connu des rongeurs-prophètes, d’autres villes américaines ou canadiennes ont elles aussi leur marmotte (lire ci-dessous), dont les prédictions sont parfois con­tradictoires. En fait, la tradition de consulter des animaux hibernants vient d’Europe, où, selon les régions, l’ours, le loup ou le blaireau étaient censés annoncer l’arrivée du printemps. Les rites liés au retour du printemps se retrouvent dans les folklores du monde entier. Les carnavals tirent leur origine du cycle des cultures et du renouveau de la nature. Sous nos latitudes, brûler le Bonhomme Hiver est une autre manière de deviner la date de la fin de l’hiver. En Inde, des lanternes en terre cuite sont posées sur le toit des maisons pour faire revenir les beaux jours. Dans les Grisons, les hommes agitent de grosses cloches pour effrayer l’esprit hivernal. Les exemples sont nombreux, mais le message est toujours le même: que le soleil revienne!

En vedette: les marmottes-prophètes les plus célèbres d’Amérique du Nord

-«Phil»: le rongeur star de Punxsutawney, rapproche la ville de Pennsylvanie de ses racines germaniques. Chaque Jour de la marmotte (2 fé­vrier), il est même interdit d’y parler anglais, sous peine d’amendes (symboliques). Seul
le dialecte alémanique des anciens colons est autorisé.
- «Wiarton Willie»: la marmotte de l’Ontario (Canada) possède même sa propre statue. Sa présence a provoqué un boom du tou­risme dans la région.
- «Sam»: du fait de sa situation géographique à l’extrême est du Canada, cet animal est le premier du continent à ­livrer ses prédictions. Ces dernières sont ensuite annoncées dans la ville par un hérault accompagné d’un ­joueur de cornemuse. Contrairement aux autres marmottes, «Sam» n’est pas réveillé le jour de la fête.
- «General Beauregard Lee»: «la plus fiable» des marmottes, au point d’avoir été honorée par l’Université de Géorgie en qualité de «docteur ès prévisions météorologiques». Son histoire est néanmoins entachée d’une bourde fâcheuse: en 1993, le «General» avait prédit un printemps précoce. La Géorgie avait été frappée, peu de temps après, par la ­pire tempête du siècle.

Des disques enflammés qui appellent le printemps

Offwiller, une grosse bourgade alsacienne, s’anime chaque année à l’occasion du Schiewesch­lawe,
fête d’origine païenne qui a des cousines en Suisse orientale et jusqu’au Tyrol. La nuit du dimanche après Mardi gras, les habitants enflamment des disques de bois percés con­fectionnés à la main. A l’aide d’un bâton, ils les projettent dans l’air. Le but de cette fête est de faire revenir le soleil dans la région. Il n’aura qu’à suivre les traînées dans le ciel pour trouver son chemin.

C’est à qui aura la plus grosse cloche

Début mars, les vil­lages de l’Engadine, dans les Grisons, participent à la fête du Chalanda Marz («1er mars» en romanche). Revêtus du costume traditionnel des bergers, les jeunes garçons agitent la plus grosse cloche de vache qu’ils peuvent trouver. Alignés en cortège, ils défilent ainsi dans le village, passant de maison en maison en faisant le plus de bruit possible. Leur but: faire battre l’hiver en retraite. Ils accompagnent leur tintamarre d’une chanson pour rassurer les femmes sur l’arrivée imminente du printemps. Ces courageux garçons sont ensuite évidemment récompensés par toutes sortes de pâtisseries et de sucreries.


Du soleil dans la poêle à crêpes

Célébrée le 2 février à l’occasion de la présentation de Jésus au Temple et de la purification de la Vierge Marie, la Chandeleur a une origine païenne plus lointaine. Les Grecs allumaient des chandelles pour faire revenir la lu­mière après les mois hivernaux, en relation avec le retour de Perséphone sur l’Olympe après un tiers de l’année passé avec Hadès, le dieu des Enfers. L’Eglise catholique, qui voulait bannir ce rituel, en a fait coïncider la date avec une fête religieuse. Mais la symbolique de la lumière est ­restée bien présente: les crêpes confectionnées à cette date rappellent un disque solaire que l’on ferait sauter vers le ciel.

Un charivari dignement arrosé

Pour permettre aux pommiers de donner de bons fruits – et, par extension, du bon cidre – et faire partir le gel des plantations, les habitants du sud-est de l’Angleterre se livrent toutes les années à la célébration du Wassailing. Un roi et une ­reine sont transportés de verger en verger pour placer du pain imbibé de cidre chaud en haut d’un pommier. Ensuite, tous les habitants produisent un boucan de tous les diables pour s’attirer les faveurs des divinités des arbres et faire partir l’hiver stérile.

Quand la tête du Böögg fait boum

Fête célébrée le troisième lundi d’avril depuis 1904 à Zurich, le Sechseläuten (qui signifie «la sonnerie de 6 h») trouve son apogée avec le bûcher du Böögg. Ce personnage qui symbolise l’hiver a la tête remplie de pétards. Ces derniers éclatent dès que la chaleur est suffisamment élevée. Plus le Böögg explose rapidement, plus l’été sera précoce et doux. Cette tradition rejoint celle des Bonhommes Hiver, effigies de paille ou de chiffons qui sont enflammées pour mettre fin à l’hiver dans les pays à climat tempéré. Celles-ci endossent le rôle de victimes expiatoires chargées de tous les péchés des habitants, qui peuvent ainsi entamer la belle saison la conscience tranquille.

Les rituels de fin de l'hiver en vidéos:

La prédiction de «Punxsutawney Phil» en 2010:

L'explosion du Böögg en 2010:


Le trailer du film «Un jour sans fin» avec Bill Murray et «Punxsutawney Phil»: