Grand Théâtre

13 février 2019 02:16; Act: 13.02.2019 13:30 Print

La rénovation de l'opéra séduit les mélomanes

par Emmanuel Coissy - A Genève, la scène lyrique a rouvert, après 2 ans de travaux. Les premiers spectateurs ont découvert les transformations mardi soir.

Voir le diaporama en grand »

Sur ce sujet
Une faute?

«Château, je te salue! Suis-moi, femme: protégée de ton effroi, tu habiteras au Walhalla avec moi!» Ces vers chantés (en allemand) par Wotan, le dieu des dieux, à la fin de «L’or du Rhin» revêtaient, mardi soir au Grand Théâtre de Genève, un double sens qui n’a pas échappé aux spectateurs de la première. L’institution, dont le coût de la rénovation du bâtiment historique s’élève à 63 millions, n’est-il pas le pendant contemporain du château flambant neuf payé à prix d’or dans l’opéra de Richard Wagner? Dans l’ouvrage lyrique, cet achat inconsidéré mènera les divinités à leur crépuscule… Prions pour que les mélomanes genevois s’en sortent mieux.

«On met le GPS?»

Ils sont venus en nombre pour assister à cet événement. La salle de 1500 places, fermée pour travaux depuis 2 ans, était comble. Certains curieux étaient déjà présents à l’ouverture des portes, à 18h30, soit une heure avant le début du spectacle pour apprécier en premier les transformations. «On met le GPS?», s’amusait une quinquagénaire en pilotant un petit groupe. En fait, les abonnés n’ont eu aucun mal à trouver leur chemin, mais tous ont marqué une courte pause après le contrôle des billets, ont levé leur nez et admiré les caissons sculptés du plafond.

D’aucuns sont étonnés par la vivacité des couleurs du stuc qui jalonne les escaliers d’apparat. Un homme, en costume trois-pièces, rappelle à sa compagne: «Il y avait une moquette ici», en pointant du doigt le sol en marbre animé par des losanges. Chacun y va de sa petite photo ou de son selfie. En marge des vestiges du XIXe siècle, tels que le foyer, on a ajouté quelques éléments contemporains (moucharabiehs et hautes portes en bois) pour faire le lien avec la salle qui a été reconstruite dans les années 1960. Elle avait été ravagée par les flammes en 1951.

Les divers profils d'un public

Les réactions les plus enthousiastes sont provoquées par les deux nouveaux bars, résolument contemporains. L’un est dans un sous-sol voûté, habillé de briques. L’autre est au 4e étage et se distingue par un plafond constellé de LED. «C’est beau, hein?», dit une jeune femme. «Je ne sais pas qui est l’architecte, mais c’est superbe!», répond son amie. Elles fermeront les yeux sur deux fils électriques qui pendaient encore ici et là pour boire un verre sur le bar rétroéclairé.

Dans la foule réunie entre ces murs, on rencontrait des profils très divers. Il y avait madame au bras de monsieur Tout-le-monde, des jolis couples de trentenaires endimanchés, un banquier privé qui claquait la bise à la critique d’un grand quotidien, des bourgeois, des intellos, des retraitées en groupe et quelques jeunes en groupe eux aussi. La station de radio Espace 2 assurait un direct depuis le foyer. Les invités défilaient au micro: Tobias Richter, directeur du Grand Théâtre, Rémy Pagani, conseiller administratif en charge du Département des constructions et de l’aménagement, qui insistait sur l’importance de «la préservation du patrimoine». A côté de lui, Philippe Meylan, de la Direction du patrimoine bâti, rappelait que «200 ouvriers avaient travaillé sur ce chantier».

Vers 22h15, après 2h40 de musique sans entracte, le spectateur lambda et les officiels, qui étaient assis dans les loges du Conseil administratif et du Conseil municipal, sont passés au foyer. Il était exceptionnellement ouvert à tous, à l'issue de la représentation. On a bu du champagne pour célébrer l’inauguration et la première. Normal, à l’opéra!