Evasion

01 mars 2011 07:00; Act: 01.03.2011 08:55 Print

Le guide du dictateur en exil

par Sandra Imsand - Après ceux de Ben Ali et de Moubarak, le trône de Kadhafi vacille. Où pourrait-il se réfugier? Tour d’horizon des exilés.

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Sur la photo, de g.à dr.: Ben Ali (ex-président tunisien), Saleh (Yemen, sur la sellette), Kadhafi (Libye, sur la sellette) et Moubarak (ex-président égyptien)partagent-ils leurs bonnes destinations? (Photo: afp)

Une faute?

Dans son palais à Tripoli, Mouammar Kadhafi tremble: un pouvoir ébranlé, un pays en grande partie aux mains des insurgés et une communauté internationale qui se retourne contre lui. Il y a fort à parier que «frère guide» pense à aller voir ailleurs, là où l’herbe est plus verte, et les foules moins en colère. Il serait le troisième dirigeant à céder aux sirènes de l’exil depuis le début de l’année. Ben Ali, le président tunisien déchu, est traité en réfugié de luxe en Arabie saoudite. Cependant, d’après RTL, il n’est pas certain que Ben Ali fasse de vieux os dans le pays. Sa femme se plaindrait de l’inexistence des droits de la femme dans le royaume. Prochaine destination évoquée? Le Québec, où Ben Ali possède sa «cabane au Canada» (à 2,5 millions, tout de même, la cabane).

L’ancien président égyptien Hosni Moubarak n’a pour sa part pas le droit de quitter le pays. Il s’est «exilé», certes, mais dans la station balnéaire de Charm el-Cheikh.

Si Kadhafi optait pour l’expatriation, voici les destinations qui ont réussi à d’autres dictateurs avant lui. Suivez le guide de l’exil.

Revue des meilleures destinations

Idi Amin Dada gavé par l’Arabie Saoudite

Le royaume de la péninsule Arabique soigne les dictateurs. Avant Ben Ali, le pays avait déjà accueilli en 1979 Idi Amin Dada, l’ancien despote ougandais. Le «boucher de l’Afrique» touchait une rente de près de 2000 francs et était tellement bien nourri qu’il a pesé jusqu’à 135 kilos. Il y est mort tranquille... et obèse.

Honecker s’en va mourir au Chili

Secrétaire général du comité central du Parti socialiste unifié d’Allemagne, Erich Honecker rejoint la Russie en 1990 avant de filer vers le Chili. Le défenseur du Mur de Berlin y meurt deux ans plus tard. Selon, sa veuve, qui coule toujours des jours heureux à Santiago, la Corée du Nord et la Syrie leur avaient également proposé l’asile.

Le calme du Maroc attire Mobutu

Après 32 ans de règne mégalomaniaque sur le Zaïre (République démocratique du Congo), le général Mobutu est chassé par son successeur Laurent-Désiré Kabila. Alors que le «Léopard de Kinshasa» pourrait s’installer en Suisse, puisqu’il possède une maison à Savigny (VD), il préfère couler une paisible retraite au Maroc, où il ne doit pas rendre compte de ses actes.

Pol Pot opte pour la jungle thaï

Le dirigeant des Khmers rouges, qui avaient fait régner la terreur au Cambodge dans les années 1970, quitte le pouvoir quand son régime s’écroule. Il se réfugie dans la forêt thaïlandaise. Il est arrêté quelques années plus tard et assigné à résidence. Il décède en 1998 dans des conditions suspectes.

Les destinations à éviter

Le Nigéria livre Taylor au Tribunal pénal

Malgré les millions dépensés pour redorer son image, l’ex-dicateur libérien Charles Ghankay Taylor doit fuir son pays et se rend au Nigéria en 2003. Il y vit pendant trois ans avant de se faire arrêter. Il comparaît devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone pour crimes contre l’humanité. L’arrestation de Taylor est due à l’élection d’un nouveau président, qui désirait stabiliser le pays. Les régions à alternance politique ont donc à éviter pour tout dictateur en exil.

Angleterre, le faux bon plan de Pinochet

Malgré ses charmes indéniables, Londres est une destination d’exil peu recommandable. Seul un ancien président du Congo-Brazzaville y a séjourné sans se faire arrêter. Le général Augusto Pinochet, lui, a failli y perdre sa liberté. En 1998, alors que les Chiliens refusent son maintien au pouvoir, Pinochet se réfugie en Angleterre où il est arrêté pour être jugé sous différents chefs d’accusation. Jugé trop malade pour survivre à son procès, Pinochet est renvoyé au Chili, à l’article de la mort. Arrivé à l’aéroport de San­tiago, le général se lève de son fauteuil pour saluer la foule.