Rencontre

02 février 2011 17:30; Act: 02.02.2011 18:09 Print

Trouver l’âme soeur? C’est possible!

par Stéphanie Billeter - Après les ruptures en série fin 2010, l’amour sera-t-il là en 2011? Assurons-le.

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Se débarrasser de ses peurs et de son passé est la clé pour rencontrer l’âme sœur (Photo: AFP)

Une faute?

Auteur, entre autres, de «Jamais seuls ensemble» et «Le courage d'être soi», Jacques Salomé, psychosociologue, prône la communication dans le couple et l'amour de soi. Avant son intervention aux «Etats des lieux du couple» à Montreux les 4, 5 et 6 février, nous lui avons posé les questions essentiels de l'après-rupture et l'avant-rencontre.

Il y a eu beaucoup de séparations en 2010. Comment analysez-vous cette conjoncture?
Aujourd'hui plus qu'autrefois des couples se séparent. Et cela pour plusieurs raisons, mais il en est qui me semble la plus essentielle: les femmes ont appris depuis quelques décennies à se positionner, à s'affirmer c'est à dire à se respecter. Elles n'acceptent plus (comme dans ma génération, j'ai 75 ans, de rester dans une relation trop frustrante sur le plan relationnel, affectif ou même sexuel) elles veulent un partenaire avec qui communiquer, pouvoir se dire et être entendue. Par ailleurs quand on sait que la durée de vie conjugale, était en moyenne il y a à peine un siècle de 18 à 20 ans et que son espérance est aujourd'hui de près de 60 ans, nous comprenons, que le contrat de départ s'il n'est pas réajusté, affiné et nourri par des échanges de qualité, ce contrat va éclater.
Vous prônez la communication dans le couple et la responsabilisation de chacun. Cela vaut-il pour chaque étape (rencontre, vie commune, rupture)?
Il y aurait à mon avis, trois grandes règles d'hygiène relationnelle à respecter dans les différentes étapes qui vont de la rencontre amoureuse à la relation de couple.
1. Accepter que nous avons au-delà d'affinités possibles, des différences fondamentales liées à une histoire familiale, une éducation, des attentes et un imaginaire différent.
2. Se rendre compte qu'il y a toujours dans un couple la «tentation» plus ou moins consciente, pour l'un de dominer sinon d'influencer l'autre, dans le sens où l'un des deux veut définir la relation, imposer ses désirs, mettre l'autre au service de ses besoins ou de ses peurs.
3. D'où la nécessité d'apprendre à se responsabiliser en comprenant que nous sommes toujours trois dans un échange ou un partage: l'autre, moi et la relation. Que cette relation a deux bouts et que chacun est responsable de ce qu'il envoie et aussi de comment il entend et reçoit ce qui vient de l'autre.
Comment rencontrer quelqu'un quand on a été blessé, une ou plusieurs fois?
Le piège le plus fréquent c'est de vouloir rencontrer quelqu'un pour compenser la perte ou l'abandon.
Avant de rencontrer quelqu'un, il faudrait déjà avoir fait le deuil des relations précédentes qui nous ont parfois blessés. Car pour s'allier il faut être délié. Nous pouvons cicatriser les blessures reçues après une trahison, un abandon, une perte, en s'appuyant sur une démarche symbolique essentielle. A l'aide d'une écharpe (qui représente la relation), nous en coupons un bout qui représentera tout le bon qu'il y a eu dans cette relation, bout que nous allons garder. L'autre bout représentera tout le difficile, le pas bon, le toxique qu'il y a eu dans la relation et que nous renvoyons à l'autre. Car ce qui fait le plus souffrir, ce n'est pas le départ ou l'absence, mais de garder en soi, comme un poison, la charge négative d'une relation qui à un moment donné n'a plus été bonne pour nous.
Le propos de votre conférence est: l'amour de soi. Y a-t-il tant de gens incapables de s'aimer eux-mêmes?
L'amour de soi est la résultante de l'ensemble des messages positifs, valorisants, bienveillants que nous avons reçus dans l'enfance. Si nous avons reçu trop de messages négatifs et peu de messages positifs, nous aurons du mal à nous aimer. Il ne s'agit pas là d'un amour narcissique ou égocentrique, mais d'un amour fait de respect, d'estime, de confiance en soi, que nous pouvons développer envers nous mêmes.
Il existe bien sûr des gens qui sont provisoirement, à certains moments de leur vie, incapables de s'aimer, qui ne peuvent pas s'accorder de l'intérêt, de l'attention ou de l'amour, parce qu'ils n'ont pas reçu en amont des relations de qualité. Mais cela veut dire que s'ils rencontrent des personnes qui peuvent leur proposer des relations positives, un amour pour eux même peut naître. On peut donc apprendre à s'aimer à tout âge.
Quelle est la base d'une bonne relation?
Ce qu'il conviendrait d'appeler une relation vivante, stimulante, comblante pour chacun des protagonistes, se construit sur les bases suivantes:
- ne plus accepter que l'autre parle sur nous, nous définisse, pense à notre place ce qui est bon, pas bon pour nous.
- avoir suffisamment de confiance en soi et en l'autre, pour s'abandonner sans que l'autre ne nous mette en dépendance.
- mieux conscientiser que nous avons des besoins relationnelles qui doivent être respectés par chacun des partenaires:
- besoin de se dire et d'être entendu dans le registre dans lequel je m'exprime
- besoin d'être reconnu tel que je suis et non tel que l'autre me voudrait
- besoin d'être valorisé, d'avoir le sentiment que j'ai une valeur comme personne, comme homme, comme femme
- besoin d'intimité, de pouvoir disposer d'un espace de temps et d'un «bout» de territoire qui ne soit qu'à moi, sur lequel je n'ai pas de compte à rendre
- besoin d'influencer (en réciprocité) l'autre
- besoin de rêver que demain sera meilleur qu'aujourd'hui et après demain meilleur que demain.
- pouvoir rester fidéle à soi même: à ses valeurs, à ses choix de vie, à ses croyances.
Toute relation est-elle faite pour durer?
Comme tout ce qui est vivant sur cette planète toute relation à une naissance, une vie et une fin. Fin naturelle par la disparition physique de l'un, fin choisie par celui qui ne se sent plus respecté dans la relation par les comportements, les conduites ou les choix de vie de l'autre, fin imposée par le départ de l'autre. Sans oublier que nul ne sait à l'avance la durée de vie d'un amour et donc que toute relation amoureuse est une relation à risque. C'est pour cela qu'il faut vivre l'amour au présent, avec la mise en jeu de tous nos possibles.
Un couple doit-il avoir des points communs pour s'entendre?
Ce qui construit un couple, s'appuie sur cinq éléments:
- une attirance physique, spirituelle, relationnelle
- des désirs, de préférence en réciprocité, même si nous n'avons pas le même rythme.
- des affinités semblables ou complémentaires, que nous pouvons mettre en commun.
- des sentiments (de préférence en réciprocité), en ne confondant pas les pseudo amour (l'un aime quelqu'un qui en aime un autre, se laisse aimer, ou qui veut à tout prix avoir l'amour, la présence de l'autre par peur de la solitude etc...)

«Le prochain, c'est le bon»
C'est l'angoisse après toute rupture, voulue ou non: va-t-on retrouver quelqu'un? Où? Comment? Et sera-t-elle (enfin!) la bonne personne! Love coach, Bénédicte Ann vient de sortir son livre, basé sur vingt ans de recherches et d'analyses, qui indique les cinq étapes pour trouver l'âme soeur. «Il faut scrupuleusement les suivre l'une après l'autre, sinon ça foire», sourit-elle. Bénédicte a aussi fondé le Café de l'amour, des rencontres-conférences interactives. «Je suis anti-gourou et ces gens qui donnent des conférences qu'on écoute béat. Je fais intervenir les gens, les engage à faire partager leurs expériences». Fondé il y a sept ans en France, le Café de l'amour fait son incursion en Suisse, d'abord lors du Forum de Montreux (vendredi 4 février, inscription sur www.mfcf.ch)