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16 décembre 2011 17:51; Act: 16.12.2011 17:51 Print

Un champagne «communiste» séduit

Le mousseux allemand «Petit chaperon rouge» (Rotkäppchen) est le seul produit de RDA ayant conquis l'ouest du pays.

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Le Rotkäppchen est très prisé pour les fêtes de fin d'année. (Photo: dr)

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«3, 2, 1, zéro! Bonne année!»: chaque 31 décembre à minuit, il coule à flot à la Porte de Brandebourg, où se massent des centaines de milliers de Berlinois. Tété au goulot lors des 12 coups de minuit, le Rotkäppchen est de toutes les fêtes de Noël d'entreprises qui rythment le mois de décembre. Pas un anniversaire sans que ne sautent ses bouchons. Pas une naissance sans que sa mousse sucrée ne vienne humidifier les lèvres des nouveaux parents.

Les amoureux des grands crus n'éprouvent que dédain pour ce vin «bas de gamme», vendu 4 euros (env. 5 fr.) en supermarché. Le mépris est à son comble quand certains Allemands le comparent au champagne. Le marketing de la bouteille autour de slogans comme «le romantisme en rouge», suscite les mêmes sourires narquois que les chocolats «Mon Chéri». Mais même dans les soirées du Berlin déjanté, la bouteille de Sekt trouve souvent une place derrière le bar.

A la chute du Mur de Berlin, le «Petit chaperon rouge» s'est imposé dans la jungle de l'économie de marché. La marque est née en 1856 et a été nationalisée par le régime communiste après la Guerre. Elle détient actuellement 46,8% du marché allemand du mousseux, et écoule annuellement plus de 162 millions de bouteilles. Plus de vingt et un ans après la Réunification, Rotkäppchen continue de produire ses bouteilles au capuchon rouge dans l'une des régions les plus sinistrées de l'ancienne Allemagne de l'Est, la Saxe-Anhalt.

A Freyburg, proprette et jolie cité dominée par les vignes locales, les chaînes de production du mousseux tournent 24h/24, sauf le week-end et les jours fériés. «Le mousseux rosé est très à la mode en ce moment», explique Ilona Kaiser, chef du service marketing, en présentant la gamme des différents Rotkäppchen. Pendant ce temps, une ouvrière assemble des palettes destinées à la promotion de Noël d'un supermarché de Hambourg.

«C'était le seul Sekt qui existait en RDA», raconte à l'AFP Andreas Ludwig, directeur du Centre de documentation de la vie quotidienne en RDA à Eisenhüttenstadt (est). «On n'en trouvait pas partout, mais les gens le buvaient pour les occasions, comme les anniversaires ou mariages», poursuit-il.

Les Allemands de l'Est faisaient la queue devant les magasins lorsqu'un stock était mis en vente. Et les dirigeants est-allemands trinquaient à l'amitié entre les peuples avec du Rotkäppchen. Quand le Mur tombe le 9 novembre 1989, les Allemands de l'Est fêtent leur liberté nouvelle en avalant des lampées de Sekt. Avant de se jeter, les yeux écarquillés, sur les produits occidentaux au marketing tapageur.

Alors que les rares marques d'ex-RDA encore en vie jouent sur une certaine nostalgie de l'époque communiste, Rotkäppchen clame que cette époque ne constitue qu'une courte période dans sa longue histoire. «Ils ont raison, conclut l'expert. Car pour les nouveaux consommateurs qui ont 20 ans aujourd'hui, la RDA ne signifie rien».

(afp)