Voyage

18 décembre 2015 18:24; Act: 18.12.2015 19:30 Print

Un été pluvieux au Costa Rica? C’est fort de café!

par Emmanuel Coissy - Les changements climatiques affectent le tourisme et la caféiculture du pays. Les deux secteurs seront amenés à collaborer sur un nouveau modèle économique.

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Le pays ne produit que de l'arabica. On cueille les baies quand elles sont bien rouges. Or, en ce mois de décembre où débute la récolte, elles peinent à mûrir à cause des intempéries. (Photo: AFP/Rodrigo Arangua)

Une faute?

Vendredi 11 décembre, c’est le dernier jour d’école au Costa Rica. Les enfants sont bien peignés, ils ont revêtu des uniformes bien repassés. Ils se réjouissent d’être en vacances jusqu’en février prochain. Pour eux, c’est la grande pause estivale. L’été sous le soleil? Pas vraiment. Cet après-midi-là, comme les précédents, il pleut abondamment sur une zone qui s’étend de la côte caribéenne jusqu’à l’ouest au-delà de la région de San José, la capitale au centre des terres. Le versant pacifique, lui, est plus épargné. La saison des pluies se poursuit alors que le temps devrait être sec en cette période. Ce phénomène est récurrent depuis quelques années; les Costaricains l’ont bien remarqué.

Une ressource: l’or vert

A l’instar de l’Europe où il fait étrangement chaud à la veille de Noël, le pays d’Amérique latine semble subir, lui aussi, les effets des changements climatiques. De facto, cela perturbe le calendrier touristique. Les voyageurs craignant d’être mouillés feraient mieux de venir plus tard. C’est un coup dur pour le tourisme, un pan économique primordial (2,5 millions de visiteurs en 2014). Ironie du sort, l’édition française de «Geo» consacre ce mois-ci un dossier au Costa Rica: ses lecteurs l’ont désigné «Pays de l’année».

Le magazine explique comment la culture de l’ananas et des bananes, principales productions agricoles et ressources essentielles, a cédé le pas au tourisme durable depuis la fin des années 1990. On a donc reboisé et on chérit l’or vert, notamment grâce à 27 parcs nationaux. «Avec 2,6 milliards de dollars engrangés en 2014, l’activité, première source de revenu du pays, rapporte désormais trois fois plus que les bananes et dix fois plus que le café», indique «Geo».

Travailler différemment

La caféiculture (100% arabica) est frappée directement par les averses. La récolte commence péniblement en cette mi-décembre parce que les sols gorgés d’eau et le manque de lumière freinent le mûrissement des baies. Parmi les 46’000 fermiers, en majorité des petits indépendants (90% des exploitations font moins de 4 hectares), certains accusent El Niño. «Le problème n’est pas la quantité mais le moment des précipitations. Il y en a eu très peu en mai, juin et juillet donc quand on en avait besoin», explique Sergio Picado Garro.

Ce propriétaire dispose d’une large parcelle (13,5 hectares) à 1700m. d’altitude dans le canton de León Cortés au sud de San José. Défenseur de la biodiversité, le quinquagénaire exploite 7 hectares pour le café et le reste est laissé à l’état sauvage. «A l’avenir, dit-il, nous devrons travailler différemment et davantage sans être sûrs d’en retirer un bénéfice acceptable. Personne ne peut contrôler les prix internationaux car ils dépendent de la cotation boursière.»

La Suisse est partie prenante de ce business puisque sa place financière est N°1 mondial du négoce de café. Au Costa Rica, le zurichois Volcafe est l’intermédiaire du vaudois Nespresso (lire encadré), premier acheteur du pays.

On rêve d'agrotourisme

Sur le climat, l’opinion de Sergio Picado Garro est partagée par Tomás Gutierrez, qui possède 5 hectares à 1400m. dans le canton de Naranjo au nord de la capitale. Lui, tente de fertiliser le sol avec des micro-organismes à la place d’engrais chimique: «Ça me coûte la même chose alors c’est un pari sur l’avenir. J’espère qu’il paiera. Le hic, c’est que la plupart des agriculteurs vieillissent et sont fatigués. Leurs enfants n’ont pas forcément l’intention de leur succéder.»

Le salut viendra peut-être de l’agrotourisme, comme Edgar Fernández veut le développer. Ayant débuté comme simple ouvrier, il est aujourd’hui à la tête de 4,2 hectares dans le canton de San Ramón au nord-ouest du pays. Ses caféiers poussent à 1280m. d’altitude. Totalement atypique au Costa Rica, sa ferme est 100% organique et le bonhomme prône le développement durable. Par exemple, chez lui, la gazinière est directement alimentée par un tuyau relié à l’enclos d’un cochon. Ses déjections dégagent le combustible: du méthane. Le lieu est charmant. Nul doute que les citadins étrangers en mal de nature paieraient cher pour y passer d’agréables vacances.

Champion de l'écologie

Encore faut-il que le ciel soit clément. C’était tout l’enjeu de la Conférence sur le climat (COP 21), qui s’est achevée samedi passé à Paris. Un accord sans précédent pour lutter contre le réchauffement a été signé par 195 pays. Le Costa Rica était en première ligne des négociations avec une diplomate, Christiana Figueres, secrétaire exécutif de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques.