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13 juin 2018 19:06; Act: 13.06.2018 19:57 Print

Patriotisme, grands trajets et Roman «Biourqui»

par Tim Guillemin, Togliatti - Plongée au coeur de la foule de gamins qui sont venus acclamer l'équipe de Suisse mardi à Togliatti pour son entraînement public.

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Roman Bürki a remporté le concours de popularité devant Yann Sommer. (Photo: Keystone)

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Il s'appelle Andreï et il n'en finit pas de hurler dans son mégaphone pendant l'entraînement de l'équipe de Suisse mardi. «Tapez dans vos mains!», «Faites une ola!», exhorte ce jeune homme de 24 ans, bénévole enthousiaste vêtu d'un joli t-shirt rouge «Rossija 2018».

Andreï vit à Togliatti et a eu envie de s'engager pour la Coupe du monde. «Je suis étudiant en art. J'aurais bien besoin d'un peu d'argent cet été, mais quand j'ai vu que le gouvernement cherchait des bénévoles, j'ai postulé. Une Coupe du monde, c'est fabuleux, qui plus est dans mon pays. Encore mieux, dans ma région! Samara va accueillir cinq matches et ici à Togliatti, on a la Suisse. Je voulais être de la partie, alors j'ai soigné ma candidature. Et j'ai été pris», sourit ce jeune homme énergique, qui ne sait pas encore s'il pourra assister à une rencontre dans la toute nouvelle Cosmos-Arena de Samara.

«J'ai demandé à être employé un jour de match, quelle que soit ma fonction. Ils peuvent me faire surveiller les toilettes, tout ce qu'ils veulent. J'aimerais bien voir jouer la Colombie, mais je n'ai pas encore eu de réponse. On verra bien», explique le consciencieux Andreï, avant de constater que ses troupes faiblissent un peu et de pousser une gueulante dans son porte-voix pour réveiller tout le monde. Les gamins se marrent.

2000 enfants pour le premier entraînement de la Suisse

Si Andreï doit se montrer aussi concentré, c'est parce que près de 2000 enfants et adolescents ont pris place dans le Torpedo-Stadion de Togliatti pour le premier entraînement de l'équipe de Suisse. Plus aucune place disponible! Vladimir Petkovic a accepté de l'ouvrir au public, avant de décréter le huis clos quasiment complet jusqu'au jour du match contre le Brésil dimanche.

Dans les gradins du vieillissant stade, de jeunes footballeurs prennent place, tout contents d'avoir congé en ce jour férié. Chaque 12 juin, la Russie fête en effet la création de son état en 1994. Pour entrer, chacun devait s'être muni d'un ticket (gratuit) et passer à travers un portique de sécurité digne d'un aéroport. La vigilance à son maximum, même pour un simple entraînement. Ce qui a beaucoup fait pester Nikita, aussi blond qu'effronté avec les forces de sécurité. A peine plus grand que son sac de foot, le gosse ne voyait pas l'utilité de le passer aux rayons X, ce qu'il a finalement fait vu le regard d'un policier qui faisait passer ses yeux de la matraque au jeune homme de manière assez évocatrice pour que Nikita comprenne qu'il valait mieux éviter de rigoler.

«Il était fort, mais il ne l'est plus»

Dmitri, dit Dima, a lui passé tout son après-midi à jouer au football. Et il est venu assister à l'entraînement des Suisses en fin de journée, portant fièrement son training du Lada Togliatti et son numéro 4. «Je suis défenseur central», dit-il sans aucune modestie. Avec Sergeï Ignashevitch, légendaire défenseur de la Sbornaja, comme idole? Il se marre. «Non! Il était fort, mais il ne l'est plus. Mon modèle, c'est Gary Cahill. Il gagne tous ses duels», explique ce jeune footballeur de 13 ans.

Pavel, son éducateur, sourit: «Les jeunes sont de moins en moins patriotes. Je ne peux pas leur en vouloir. Moi-même, je ne sais pas quoi penser de notre équipe nationale En fait, je crois que c'est partout comme ça. On essaie de leur inculquer que c'est important de s'identifier à son pays et à sa région, mais le samedi, ils n'ont pas envie de venir voir jouer l'équipe première et je le comprends aussi.»

Le FK Lada Togliatti vient de terminer à la 9e place de la zone Oural de troisième division. Pas de quoi faire rêver Dima et ses copains, qui jouent dans un championnat régional mais font tout de même régulièrement jusqu'à dix heures de bus pour aller disputer un match! «Cinq heures à l'aller, cinq heures au retour. On va jusqu'à Kazan», détaille Pavel. Dima l'interrompt. «Une fois, on est même allés jouer un tournoi à Tchéliabinsk, c'était trop long». «Plus de dix heures à l'aller», complète son entraîneur. Forcément, les distances suisses les font sourire.

«Heureusement, il y a le derby contre Samara», continue Pavel. Les fameuses Krylia Sovetov (les «Ailes Soviétiques») de Samara, club prestigieux de la région, qui vient d'être promu en première division. Les jeunes du Lada Togliatti arrivent-ils à les battre de temps en temps? Silence gêné de Dmitri. «Euh pas vraiment. Mais à chaque fois ils ont un penalty», peste le gamin, qui a déjà compris beaucoup de choses au football.

Il adore Xherdan Shaqiri

Pas loin de là, on croise un jeune avec le training des KS Samara, justement. Lui est tout seul. Normal, en territoire ennemi. Si ce jeune homme est là, c'est pour espérer avoir un autographe d'un joueur de l'équipe de Suisse en particulier: Xherdan Shaqiri. «Je l'adore, je suis gaucher comme lui.» A la fin de l'entraînement, «XS» s'avance vers la barrière. Va-t-il s'arrêter vers le training bleu et blanc de son fan? Raté pour cette fois. Le «Samariste» s'en sort avec le paraphe de Ricardo Rodriguez. «Il joue où, lui?» On lui répond qu'il a signé à l'AC Milan l'année dernière. «A Milan? C'est pas terrible, ça», persifle le gamin, un peu trop petit il est vrai pour avoir connu Marco van Basten et Andriy Shevchenko.

Un autre qui est acclamé par les jeunes Russes s'appelle Roman Bürki, ou plutôt Roman «Biourqui», comme on prononce dans le coin. Yann Sommer passe devant la foule. Calme plat. «Biourqui» s'avance: émeute. On s'en étonne un peu, mais on ne saura jamais vraiment pourquoi au vu de la cohue devant nous. Tout juste peut-on imaginer que l'un des deux Borussia est plus connu dans la région que l'autre En tout cas, le gardien de Dortmund emporte haut la main le concours de popularité devant son concurrent de Mönchengladbach. Ce qui ne va pas le propulser titulaire avec la Nati pour autant

La Suisse s'est donc entraînée pendant une heure et demi dans une atmosphère enjouée et franchement sympa. Qui plus est sur une pelouse impeccable. En espérant que Vladimir Petkovic ouvre à nouveau un entraînement au public la semaine prochaine, afin que ces enthousiastes jeunes Russes puissent revenir. Pour que le «Mister» envisage l'idée, un résultat positif face au Brésil pourrait aider.

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