Football – Mondial

06 juillet 2018 14:43; Act: 06.07.2018 16:13 Print

Une bombe lâchée sur un essaim de frelons

par Robin Carrel, Nijni Novgorod - Alex Miescher, secrétaire général de l'ASF, a mis les deux pieds dans le plat en imaginant réformer à sa sauce le statut des binationaux.

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Alex Miescher (au centre), encadré par Peter Gillieron, président de l'ASF, et de Vladimir Petkovic, sélectionneur national s'est fait l'auteur de propos qui pourraient lui exploser à la figure. (Photo: Keystone/Laurent Gillieron)

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Vous connaissez le concept de l'effet papillon? Eh bien en Suisse, on est en train de connaître à peu près la même chose! Sauf qu'au départ, il n'y a pas un battement d'ailes d'un lépidoptère, mais l'envol de mains en forme d'aigle sur un terrain de football un soir de juin en Russie. Du coup, cette métaphore évoquant le phénomène fondamental de sensibilité aux conditions initiales de la théorie du chaos n'était peut-être qu'une idée lancée comme ça, au détour d'une interview, par le secrétaire général de l'ASF en rentrant d'une Coupe du monde frustrante. Attention, car le sujet est sensible, voire dangereux.

En 2011, en France, le même genre de débat avait été mis sur le tapis (pas vert) et avait créé un immense séisme à travers sa fédération de football. Laurent Blanc, alors sélectionneur des «Bleus», avait été enregistré à son insu, dans les bureaux de la FFF, évoquant le sujet. Ses propos avaient été publiés par le site de Mediapart: «En France, on a l’impression qu’on forme le même prototype de joueurs: grands, costauds, puissants. Grands, costauds, puissants. Qu’est-ce qu’il y a actuellement comme grands, costauds, puissants? Les Blacks. C’est comme ça.»

Le précédent Blanc

«Moi, ça me dérange beaucoup, a-t-il ajouté. A mon avis, il faut essayer de l’éradiquer. Et ça n’a aucune connotation raciste. Quand les gens portent les maillots des équipes nationales des 16 ans, 17 ans, 18 ans, 19 ans, 20 ans, espoirs, et qu’après, ils vont jouer dans des équipes nord-africaines ou africaines (ndlr: à la Coupe du monde, 50 joueurs formés en France ont été sélectionnés, en comptant ceux évoluant avec les maillots sénégalais, marocains, tunisiens, etc.), ça me dérange énormément. Je ne dis pas qu’on va l’éradiquer, mais le limiter…»

Le tremblement de terre avait alors été terrible, dans l'Hexagone. Les propos d'Alex Miescher, sept ans après dans le «Tages-Anzeiger» («Les incidents ont montré qu'il y a une problématique. (...) La fédération pourrait ouvrir les portes du programme de formation seulement aux jeunes joueurs qui renoncent à leur double nationalité») ne résonneront sans doute pas différemment. Après l'autogoal de Manuel Akanji, demander à des jeunes de renier ainsi leurs origines est un ballon dans le pied que le football suisse se tirerait. Et très fort, du pointu.

«Un tabou»

«C'est un débat que nous ne pouvons plus tenir en France, c'est un tabou dorénavant. C'est connoté comme du racisme!», nous indique Grégory Schneider, qui avait largement suivi l'affaire française, à l'époque, pour «Libération». Les médias français avaient d'ailleurs relancé le sujet en Russie il y a quelques semaines et le président de la FFF, Noël Le Graët, avait été très clair sur le sujet: «Cela ne m’a jamais choqué. Pour moi, c’est presque un devoir de les former. La France n’est pas un pays comme les autres. On a beaucoup de jeunes sur notre territoire qui restent attachés à leur pays d’origine. Les portes sont ouvertes à tout le monde, toutes origines, toutes couleurs, toutes religions, et c’est une fierté pour moi.»

Eder, Jorginho, Thiago Motta ou Camoranesi, l'Italie a aussi ce «souci» dans l'autre sens avec ses «Oriundi». En Allemagne, ils sont en général une dizaine de binationaux par groupes sélectionnés depuis des années et aussi nombreux à choisir leur pays d'origine si la Mannschaft ne faisait pas appel à leurs services. L'Espagne (Bojan, Thiago Alcantara, Senna) en a son «quota» également... L'Association suisse de football a-t-elle vraiment envie de lancer un débat d'où elle sortira forcément perdante et affaiblie tant sur le plan sportif qu’humain?

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