Coupe du monde

16 juillet 2018 10:08; Act: 16.07.2018 11:29 Print

La clé, c’est Deschamps

par Robin Carrel, Moscou - Le sélectionneur des Bleus est une machine à gagner. Donnez-lui n’importe quelle équipe, il la fera triompher.

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Il y a des gens comme ça, sur cette planète, qui ont un sixième sens. Le goût, l’ouïe, la musique, la cuisine, écrire, les maths… Tout ce que vous voulez. Le sélectionneur des Bleus, lui, a hérité du gène de la «gagne» et c’est quelquefois simplement inexplicable. Rien ne semble devoir lui résister, et ça confine certaines fois à l’insolence. Dans sa carrière de joueur comme dans celle de coach, Didier Deschamps a pour habitude de tout gagner. C'est comme ça et, avec lui, ça n’a jamais été autrement.

Après un palmarès sur le pré incroyable et riche en titres, il n’y a guère qu’à ses débuts à Monaco, pour sa première expérience comme coach, qu’il aurait pu passer au travers. C'était compter sans sa légendaire «chatte» qui l’accompagnait déjà. Dans la principauté, il aurait pu, presque dû, se faire virer rapidement, mais son club n’avait alors pas la surface financière pour s’en débarrasser. Du bol déjà? Peut-être. Mais résultat, deux ans plus tard, il emmenait l’ASM en finale de Champions League et ne paraissait pas loin de mettre fin à l’hégémonie de l’Olympique Lyonnais sur la Ligue 1. Les trophées n’avaient qu’à bien se tenir, DD était en route, en mission.


Clubs de coeur

Car dans la foulée, Deschamps prend en main un de ses clubs de coeur, la Juventus, fraîchement reléguée sur tapis vert en Serie B. Il réussira à faire remonter illico presto le club de Turin, qui lui a tant appris tactiquement durant sa carrière de joueur. Il finira toutefois par quitter le nord de l'Italie d’«un commun accord» avec les dirigeants de l’époque, tout en étant un poil plus d’accord qu’eux sur les raisons de ce départ prématuré et inattendu.

«DD» a un vrai plan de carrière, mais des fois, il y a des raisons que la raison ne connaît pas. Alors deux ans plus tard, il s’engage avec un de ses autres clubs de coeur: l’Olympique de Marseille. Il pensait à nouveau y avoir les coudées franches, mais devra vite déchanter. Il finira par s’accrocher et la cité phocéenne lui en sera éternellement reconnaissante. Après avoir soulevé la Coupe des champions en 1993 comme capitaine, il met fin à 17 ans de disette marseillaise et permet à l’OM de gagner le titre de champion de France en 2010 et trois Coupes de la Ligue. Rien que ça.

Gignac y était presque

Son histoire marseillaise et d'amour se termine encore en queue de poisson et avec une vingtaine de kilos de plus, en raison de bisbilles avec son état-major de l’époque. Une nouvelle fois, son choix lui donnera raison et il prend, dans la foulée, les rênes de l’équipe de France, dont son ancien coéquipier Laurent Blanc vient d’essuyer les plâtres du désastre de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, avec Knysna et son histoire de bus. Aux commandes des Bleus, «la Dèche» va d’abord tâtonner, avant de faire monter son groupe en puissance.

Pour son premier grand tournoi, au Brésil, il se contente volontiers d’une défaite honorable face à l’Allemagne, 1-0 sur un but largement évitable, en quart de finale. L’occasion de roder son style et de lancer des joueurs. Il ne sera qu’à quelques millimètres du Graal en 2016, lors de l’Euro en France. Gignac a alors frappé le poteau et le Portugal a eu plus de chance lors des prolongations. Ce n’était finalement que partie remise et de quelle manière!



Doublette Hernandez-Pavard

Car, à la tête de ses Bleus, Didier Deschamps a souvent su tirer la quintessence des générations qu’il a eues sous le coude. Ça a été encore plus vrai en 2018. Exit Benzema, point de Lacazette, tout en devant faire sans Koscielny, sa solution numéro 1 en défense centrale. Les Bleus sont partis en Russie avec le groupe de 23 le plus jeune de la compétition et leur tacticien a su faire de cet énorme manque d’expérience une force. Il a transformé des joueurs du Barça, du Real Madrid, de Marseille ou de Stuttgart en parfaits petits soldats.


En Russie, DD a réussi un amalgame assez incroyable et à tirer la quintessence de quelques talents et surtout de joueurs en forme au moment M. Car, franchement, il y a encore deux mois, qui aurait imaginé que Benjamin Pavard et Lucas Hernandez allaient former la paire de latéraux des futurs champions du monde? Personne et sans doute même pas eux. Il n’y avait sans doute que Deschamps pour y croire et il a encore eu raison. De quoi rejoindre dans la légende Mario Zagallo et Franz Beckenbauer, les deux seuls hommes à avoir fait le doublé planétaire en tant que joueurs et coaches. Ils sont désormais trois.


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