Mondial 2018

01 juillet 2018 13:20; Act: 01.07.2018 13:21 Print

Le «Maestro» dicte le rythme avec ses béquilles

par Tim Guillemin, Sotchi - A 71 ans, Oscar Tabarez souffre d'une neuropathie. Ce qui ne l'empêche pas d'être le cerveau de cet épatant Uruguay.

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Le sélectionneur uruguayen Oscar Tabarez a agité sa béquille pour donner ses dernières indications face au Portugal. (Photo: Keystone)

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La fin de match de ce huitième de finale entre l'Uruguay et le Portugal restera comme l'un des moments forts de cette Coupe du monde russe. Oscar Tabarez, debout devant son banc, donne des consignes à ses joueurs en leur indiquant la direction à suivre avec... ses béquilles, alors que le Portugal pousse pour égaliser. Le regard halluciné, le sélectionneur de la Céleste crie aussi fort qu'il peut pour donner ses dernières consignes tactiques tandis que Rui Patricio, le gardien portugais, monte sur un ultime coup de pied arrêté. Le banc et les joueurs portugais réclament en vain un penalty pour une faute de main et l'arbitre, au bout d'arrêts de jeu interminables, délivre les Uruguayens dans la touffeur de Sotchi et son stade incroyable en bord de plage. Oscar Tabarez se laisse tomber sur son banc de touche, vidé de toutes ses forces.

Le Maestro, âgé de 71 ans, souffre en effet depuis plusieurs années d'une neuropathie, qui le force même parfois à se déplacer en chaise roulante. On le retrouve quelques dizaines de minutes plus tard, heureux en salle de presse. «Ce qui a fait la différence ce soir, c'est l'implication énorme, incalculable, de tous nos joueurs. On conçoit le football comme ça, c'est un sacrifice permanent», a déclaré Oscar Tabarez, résumant le football uruguayen en deux phrases qui veulent tout dire.

Réforme du système de formation

Il fallait avoir vu ce samedi à Sotchi Luis Suarez et Edinson Cavani défendre comme des chiens sur chaque ballon, donner leur vie dans le moindre duel, pour apprécier les phrases d'Oscar Tabarez à leur juste valeur. L'homme a ramené le succès à la Céleste, ayant repris la sélection en 2006 après une décennie d'échecs. Il a réformé le système des jeunes et donné en même temps un style clair à l'équipe-phare. Depuis, l'Uruguay (3,5 millions d'habitants...) est revenu au sommet du football mondial, atteignant notamment les demi-finales en Afrique du sud en 2010 et renouvelant la formation. 21 des 23 sélectionnés pour cette Coupe du monde sont passés par les sélections de jeunes instaurées par le Maestro. Et voilà Oscar Tabarez et ses joueurs en quarts de finale ici en Russie, éliminant au passage le champion d'Europe en titre et Cristiano Ronaldo.

Le quintuple Ballon d'or n'a tout simplement pas existé en ce samedi soir à Sotchi, étouffé par le marquage très strict de Diego Godin et de José Gimenez, qui ne l'ont pas laissé libre un seul instant. Les deux hommes ont matraqué le Portugais, qui a passé une très sale soirée. «Le match a été difficile, l'adversaire a plus eu le ballon que nous et il a occupé notre camp. Mais je retiens notre force collective, comme toujours», a glissé le Maestro.

Le discours de Godin

Cet état d'esprit a été symbolisé par le discours du capitaine Diego Godin samedi, juste avant le match. «Je suis arrivé trop tard avec mes béquilles, je ne l'ai pas entendu», a souri Oscar Tabarez, qui a tout de même accepté d'en donner la teneur. «Diego a parlé d'honneur. Il a dit que chaque joueur devait entrer sur le terrain en pensant à son père, à sa mère, à sa famille, à son cousin, à sa patrie. Qu'on devait jouer pour tous gens-là.» Au stade samedi, ils étaient un peu moins de 10'000 sans doute, mais ils ont fait du bruit pour dix fois plus. Lorsqu'Edinson Cavani a marqué le but du 2-1, il portait dans ses yeux la fameuse «Garra charrua», cette rage de vaincre qui est une tradition uruguayenne. C'était fort. C'était beau.

Place à la France en quarts de finale, maintenant. «Ce sera difficile, mais nous croyons en nous. Nous sommes convaincus que nous pouvons réaliser de grandes choses», a conclu Oscar Tabarez. L'Uruguay, ce petit pays. Cette grande nation de football.

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(nxp)

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