Mondial 2018

10 juillet 2018 08:09; Act: 10.07.2018 12:42 Print

On a testé le wagon de supporters belges

par Tim Guillemin, Saint-Pétersbourg - Le comité d'organisation de la Coupe du monde met gratuitement à disposition des trains spéciaux pour se rendre aux matches. Presque une bonne idée.

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Image d'illustration. (Photo: Keystone)

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Il n'est pas encore minuit et Ronain a déjà vomi. Il ne l'a pas avoué à ses copains, mais sa sortie soudaine pour aller aux toilettes d'un pas pressé ne trompe pas l'homme averti, pas plus que la légère larme au coin de son oeil droit, qui finit de le trahir. Ronain se rassied sur sa couchette et redemande une bière à ses potes. Et nous, on se dit qu'il reste six heures de trajet. Et qu'on n'a sans doute pas fini de rigoler. Parce qu'en fait, il ne nous reste que deux attitudes à adopter devant la situation: rire ou pleurer. Et comme on a la chance de couvrir la plus belle de toutes les compétitions sportives dans ce qui est pour nous le plus beau pays du monde, on choisit la première option.

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En fait, tout est de la faute de Carlos. Ce journaliste colombien était notre compagnon attitré de couchette, tout comme deux autres de ses compatriotes. On avait tout fait juste en allant réserver notre billet sur le site «Free Transport 2018», en choisissant même notre wagon et notre numéro de lit pour ce Moscou-Saint-Pétersbourg très prometteur. Départ à 21h50 de la capitale, arrivée à 6h06 dans la ville des Tsars. Tout semblait idéal et, pour ce qui est de l'organisation, on doit bien avouer que tout l'a été, comme d'habitude depuis le début du tournoi.

Une ponctualité remarquable

On avait déjà utilisé l'option «train gratuit» entre Nijni Novgorod et Moscou quelques jours plus tôt et l'expérience avait été très positive. Quatre heures de trajet impeccables, en face d'un supporter argentin fort sympathique, nous avaient bien plu. Un voyage effectué de jour, avec une ponctualité remarquable. Vu qu'on avait voyagé uniquement en avion jusque-là dans ce tournoi (et en voiture pour un inoubliable Samara-Nijni Novgorod, neuf heures de route à travers la Russie profonde qui resteront dans notre mémoire comme l'un des moments forts de cette Coupe de monde), on avait demandé à notre collègue préféré ce qu'il avait pensé de ces trains gratuits, lui qui les avait utilisés à foison depuis le début. «C'est le top. Ils sont tellement ponctuels qu'ils ralentissent même dans les derniers kilomètres pour arriver à l'heure! Et ils sont confortables», nous avait-il assuré. Et vu que ce brave homme ne ment jamais, on avait une confiance totale. Justifiée. Qui plus est, on l'a dit, le comité d'organisation de cette Coupe du monde avait décidé d'offrir les trajets à tous les supporters et journalistes, de nuit comme de jour!

Cette demi-finale entre la France et la Belgique à Saint-Pétersbourg était donc l'occasion de tester ces fameux trains nocturnes en aller-retour. Deux nuits d'hôtel économisées pour l'employeur et une belle expérience pour nous, croyait-on. Avant de se faire arnaquer par Carlos.

Car oui, Carlos nous a fumé. Alors que le train venait à peine de démarrer, ce fourbe s'est levé de sa couchette. On avait fait connaissance, tout allait bien, on se sentait en confiance. Et là, le coup de poignard. «Timo, tu as vu, on est trois Colombiens et toi dans ce compartiment. Notre ami s'y est pris un peu plus tard que nous et on n'a pas pu réserver ensemble. Il est un peu plus loin dans le wagon, tu serais d'accord d'échanger avec lui?». Le tout dit de manière fort sympathique, avec une tape sur l'épaule. Même si on n'aime pas trop les tapes sur l'épaule (on déteste ça en fait), on a dit oui. Et on a plongé en enfer.

Le compartiment qui nous a été proposé abritait en effet trois magnifiques spécimens de supporters belges. On avait un a priori positif sur ces deux catégories de la population, faisant nous-mêmes partie occasionnellement de la première lorsqu'on a trois jours de congé à la suite (Vaduz, Bruxelles et Liverpool se souviennent encore de notre passage, entre autres), donc on se pose très confiant sur notre couchette. «Salut les gars», «salut gars», les présentations sont faites, mais les trois potes ne sont pas là pour parler football et «ground-hopping», mais bien pour se prendre une murge durant les huit heures de trajet. Ce qui tombe assez mal, vu qu'on avait fait bien exprès de ne pas trop dormir (euphémisme) la nuit précédent le voyage pour être sûr de trouver le sommeil sur notre couchette. C'est là, vers 22h30, qu'on a compris qu'on était parti pour une vraie nuit blanche et qu'on a eu une pensée émue pour notre collègue préféré, toujours lui, qui avait partagé son compartiment avec une présentatrice TV bulgare. Nous, on a eu trois Belges bourrés. La vie ne fait pas de cadeau.

Le cirque a donc duré toute la nuit et on n'a même pas pu parler football, vu que les trois gars ont vite avoué ne pas y connaître grand-chose. Même pas fans d'un club en particulier, les trois amis viennent de Bruxelles et environs, mais ne supportent pas Anderlecht. «On regarde un peu le foot anglais, Chelsea on aime bien. On ne va pas au stade en Belgique. Par contre, on suit les Diables en voyage. On est venus pour le match contre le Brésil à Kazan et on est montés sur Moscou pour quelques jours de fiesta. Là, on va à Saint-Pétersbourg et on verra si on chope des billets pour la finale», nous expliquent-ils, avant de lancer des chants à la «gloire» des Français et on espère pour ses oreilles que la maman de Paul Pogba n'était pas dans le compartiment d'à côté (a priori pas).

Après nous avoir poliment proposé une bière que l'on a déclinée («Vous buvez pas en Suisse?»), Ronain nous a félicité pour notre niveau de français. On l'a remercié vu que ça partait d'un bon sentiment, puis on a essayé de parler foot quand même. «On va défoncer les Frouzes», ayant été la seule réponse que l'on a obtenue, on a renoncé assez vite à débattre de la défense à trois ou à quatre de Roberto Martinez. Et c'est là que n'ayant pas trop le choix, on a décidé d'être de bonne humeur pour la suite du trajet, même si ces huit heures ne resteront pas dans notre mémoire jusqu'à notre mort (on espère en tout cas). Au final, les trois gars n'ont pas dormi, nous évidemment non plus, mais le cirque est resté relativement calme. Les deux packs de vingt-quatre bières qu'ils avaient prévu pour le voyage ont quand même été vidés, ce qui représente, reconnaissons-le, une belle performance sportive.

A 6h06 précises, nous voilà bien arrivés à Saint-Pétersbourg. On n'a pas revu Carlos (qui se cachait sûrement), mais on a salué nos trois camarades en espérant quand même ne pas les recroiser dans moins de vingt-deux heures au retour. A peine sorti du train, voilà Ronain qui titube un peu et va se vautrer devant un policier, qui l'aide à se relever en riant. Nous aussi, on a souri en nous disant que la journée risquait d'être un peu longue pour nous, mais pour nos trois Belges aussi. Et en nous promettant à nous-mêmes que si un bon type nous proposait de changer de couchette au retour, on l'enverrait paître assez loin!

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(nxp)

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