Football - Coupe du monde

06 juillet 2018 22:40; Act: 07.07.2018 09:03 Print

Oui, on peut parler de politique en Russie

par Robin Carrel, Moscou - C'est une des nombres idées reçues que l'on a qui a volé en éclat depuis quelques jours. Oui, on peut causer de tout à Moscou. Et des fois fort.

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Vladimir Poutine a, paraît-il, un très bon pied droit. (Photo: Keystone/Sergei Karpukhin/ Pool)

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Match après match, comme diraient les joueurs de football, mais surtout jour après jour et bientôt même semaine après semaine, les stéréotypes que nous pouvons avoir, nous autres Suisses, ont tendance à disparaître au fur et à mesure que nous apprenons à connaître la Russie et, surtout, les Russes. Une des choses les plus fascinantes à découvrir est le rapport au redouté Vladimir Poutine, celui que certains, sous nos latitudes, prennent pour un Chuck Norris des temps modernes.

Alors vous nous connaissez, on est allé dans des bistrots pour essayer d'en causer aux gens. «Chuck Norris, pas un vieux ne le connaît ici», a été la première réponse obtenue. On était déjà bien lancé, même si le sujet est assez délicat à aborder. Nous relancerons souvent nos camarades, mais il déviera inévitablement. On arrivera juste à capter, entre les lignes, que leur génération n'est pas la plus grande fan et que les 76,67% récoltés lors des élections de mars dernier n'étaient de loin pas de leur fait. Soit.

«On sait bien qu'on nous dit pas toute la vérité ici, nous lance d'emblée un nouvel ami, accoudé au bar. Et qui réalise régulièrement la doublette chope de bière-shot de vodka. Mais vous croyez que c'est mieux chez vous?» Difficile de lui dire l'inverse, vous en conviendrez. Par exemple, la semaine dernière, des manifestations contre l'augmentation de l'âge de la retraite - de 60 à 65 ans pour les hommes et de 55 à 63 ans pour les femmes, alors que l'espérance de vie d'un mâle russe est de 66 ans... - ont eu lieu dans une quarantaine de villes du pays. Un sujet rapidement évacué dans un coin de journal ici, pendant que nous, en Suisse, nous étions mieux informés sur le sujet. La vidéo magique des militaires qui se font des passes sur la Place Rouge? «Je l'ai vue sur Twitter, pas dans un média de chez nous», nous explique un de nos compères d'apéro.


Russe aussi important

Au départ de cette Coupe du monde, la principale hantise des Moscovites était que le moindre petit incident insignifiant soit monté en épingle par les médias anglo-saxons pour en faire des montagnes. Et bien pour l'instant, puisqu'il ne s'est absolument rien passé de sérieux, c'est le soulagement. Pas mal de Russes étaient aussi inquiets quant à l'accueil des étrangers dans certaines villes reculées du pays ou même chez eux, mais ils ont fini par se rendre compte qu'ils aimaient également être «visités», le tourisme de masse n'étant pas outrageusement développé ailleurs que dans la capitale ou à St-Pétersbourg. Il y a bien failli y avoir un petit problème, mardi dernier, à Moscou. Mais un gros malin Anglais a heureusement déminé sa propre bombe.


C'est avant tout au niveau de la culture de base que la différence existe et c'est bien normal. Pendant longtemps, la monde a été divisé en deux et l'URSS influençait «sa» moitié du globe. Du coup, comment voulez-vous expliquer à un Nijégorodien, à un Pétersbourgeois, à un Moscovite ou à un Krasnodarien d'un certain âge comment «notre» côté de la planète vit pour beaucoup à l'heure américaine? Pour eux, apprendre l'anglais peut paraître comme une hérésie, le russe étant censé être tout aussi important autour de la planète. «Mais on peut désormais apprendre l'anglais (ou une autre langue, généralement l'allemand ou le polonais) dès la 3e année d'école. Ca, ça commence à changer aussi», nous informe-t-on.

Citation de Chandler Bing

Ici, les autres discussions sur la vie, le sexe opposé, la littérature ou le cinéma sont bien souvent les mêmes qu'avec vos amis, au bistrot ou en terrasse. A ceci près que les films ou auteurs russes contemporains ont bien souvent de la peine à s'exporter vers l'Ouest, alors que l'Occident a clairement marqué son territoire en Russie et pas seulement parce qu'il y a des KFC ou des McDonald's à chaque coin de rue. Il n'est pas rare de pouvoir évoquer des anecdotes directement sorties des épisodes de «Friends» et de voir votre interlocuteur de votre âge en rajouter une couche juste derrière avec une citation bien sentie de Chandler Bing, alors que Sum 41 s'égosille dans le poste de télévision.

Là où le fossé est sans doute le plus prononcé en quelque 2700 kilomètres à vol d'avion, c'est sur le thème de l'homosexualité. A Moscou, ville pourtant bien plus «ouverte» que le reste du pays – à part Saint-Pétersbourg qui est encore un cas à part –, vous n'avez aucune chance de voir un couple d'hommes sortir la main dans la main. «Ils auraient vite de gros problèmes», nous dit-on. Deux filles ensemble passeraient encore, selon ce qu'on a pu nous dire, avec un sourire dérangeant aux lèvres. On a eu beau se promener longuement, on en a jamais vu. «Dans nos journaux de 'Propaganda', on nous dit que 20% des gens sont homosexuels chez vous, c'est vrai?», est une question qui revient souvent. «Euh, ben, on s'en fout un peu, non?», est la réponse qui revient souvent de notre part.

Par contre, de manière pas tout à fait étonnante, n'essayez pas de trop contre-argumenter avec certains interlocuteurs après 22 heures. Les sensibilités sont alors quelque peu exacerbées en raison des vapeurs de vodka qui s'échappent de certaines personnes. Ça peut vite devenir un peu dangereux pour votre opinion et en changer de manière provisoire est une très bonne idée. On a choisi cette option et c'était assez bien vu, puisqu'on était encore une fois rentré entier.

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