Football - Coupe du monde

08 juillet 2018 18:37; Act: 08.07.2018 18:37 Print

Plus qu'à la hauteur des rares espérances

par Robin Carrel, Moscou - La Russie a été éliminée, samedi, de «son» Mondial. Les supporters locaux y ont cru plus qu'ils ne l'auraient imaginé au départ.

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Histoire de ne pas faire comme tout le monde, on n'est pas allé à la Fan-Zone de Moscou ou dans des bars un peu trop bien fréquentés du centre-ville. On s'est démarqué pour aller humer l'air d'un vrai coin de Moscou, là où les gens n'en avaient pas grand chose à faire de ce Mondial il y a encore quelques jours, avant que la Sbornaja ne commence à les faire rêver. C'est terrible, parce qu'ils ont ont fini par y croire!

Sans grand talent, avec les moyens du bord et, surtout, avec un coach nommé Stanislav Cherchesov dont la moustache a fait frémir loin à la ronde, l'équipe de Russie a démontré que l'attribution du Mondial à ce pays était une bien belle idée. De Nijni Novgorod à Samarra, en passant par Kaliningrad et Saint-Pétersbourg, on n'en a entendu que du bien de partout! Au final, pour elle, le bilan sportif sera très bon, voire même très très bon. Avec juste un arrière-goût de déception.

Car le scénario de la rencontre face à la Croatie est cruel. Lorsque les Russes ont égalisé au bout de la prolongation, les supporters présents dans notre bar étaient quasiment tous sûrs que leur «Dieu» Igor Akinfeev (enfin, «IIIIGGGGOOOOORRRR» comme ils l'éructent dans le coin) allait les qualifier pour une demi-finale sans doute accessible face au Anglais. Il restera la fierté d'avoir été à la hauteur de l'événement, sorti l'Espagne et montré un beau visage par la suite.

Dès l'entame de match, ça a presque été le stupeur dans les rangs des fans. La Sbornaja est allée presser haut son adversaire et a réussi quelques jolis enchaînements. «On ne va pas tenir dix minutes à ce rythme!», a craint mon voisin de bar. Il avait vu juste. Après huit minutes, les Croates ont commencé à mettre le pied sur le ballon et fait courir des Russes qui en avaient de toute façon déjà l'habitude.

Il y a ensuite eu un éclair dans la nuit. Alors que la Russie ne s'était jamais montrée dangereuse, un tir venu d'ailleurs de Denis Cherisev a déchiré la nuit de Sotchi. Notre établissement et le restaurant géorgien d'à côté (même si sa TV avait une dizaine de secondes de retard sur la nôtre), dont la masse des clients avait été rendue compacte par une averse d'un fort beau gabarit comme le ciel de Moscou en produit parfois, a rugi. Et je peux vous assurer que quand une quarantaine de Russes avinés rugissent, ça fait mal aux oreilles.


Le reste de la rencontre a été vécue dans une tension extrême. Les deux buts croates ont remis sur terre nos nouveaux amis, qui ont mis du temps, sur la seconde réussite, à réaliser que le ballon était bien au fond des filets. Mais il y a ensuite eu le petit miracle réalisé par Mario Fernandes dans la prolongation et les folles espérances qui en ont découlé. Malheureusement, les tirs au but ne leur ont, cette fois, pas souri et on a appris plein de nouveaux gros mots dans la langue de Fiodor Dostoïevski, lorsque son homonyme Smolov s'est rendu ridicule en manquant sa Panenka.

Au final, dur de définir les sentiments qui parcouraient des fans abattus, mais fiers. Comme leur coach Stanislav Cherchesov l'a demandé à plusieurs reprises durant la rencontre, ils se sont enflammés. «Je ne l'ai jamais vu comme ça!», s'est marré un de nos compères, qui a été embarqué comme tout le monde par l'ambiance de la rencontre. Finalement, à la grande surprise de tout le monde, la Russie va manquer à cette fin de tournoi. Mais la fête populaire née de la victoire contre l'Espagne en huitième de finale restera comme une des images marquantes de ce Mondial et, franchement, c'était énorme à vivre.

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