Mondial 2018

01 juillet 2018 18:43; Act: 01.07.2018 20:25 Print

Exploit et hold-up monumental de la Russie

par Robin Carrel, Moscou - Hôte de ce Mondial, la Russie a éliminé la «Roja» au stade Loujniki de Moscou après la séance de tirs au but.

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La joie des Russes après le deuxième arrêt de leur gardien Akinfeev. (Photo: AFP)

Une faute?

Dans la vie comme dans le football, il y a des choses qu'il vaut mieux ne pas essayer d'expliquer. Dimanche, la Russie a causé un séisme majeur, en sortant les Espagnols du tournoi. Ces derniers ont pourtant échangé 1030 passes (un record), faisant courir leurs adversaires pendant 120 minutes sur la bagatelle de 146 kilomètres. Mais c'est pourtant bien cette Sbornaja sans grand talent, mais diablement disciplinée, qui jouera les quarts de finale du Mondial qu'elle organise. Fou!

On ne comprend toujours pas bien où veut en venir cette «Roja», qui avait viré son sélectionneur Julen Lopetegui quelques heures avant son entrée en lice. Elle échange les passes, tient le ballon les trois quarts du temps, mais ne se montre quasiment jamais dangereuse. Elle attaque à trois ou quatre éléments, après avoir fait tourner le cuir pendant de longues secondes entre ses défenseurs et ne déclenche ses actions que trop rarement. La Russie, si limitée soit elle, avait son plan de jeu en mode «catenaccio» en place et n'en a pas dérogé, même lorsque les éléments se sont ligués contre elle. C'était juste, mais ça a passé.

C'est pourtant un scénario catastrophe qui s'est abattu sur la Russie dès le début de la rencontre. Après 12 minutes de jeu, sur un coup-franc venu de la gauche, Sergio Ramos a poussé le vétéran Sergeï Ignashevitch à la faute. Le portier Igor Akinfeev n'a même pas esquissé le moindre geste. Le défenseur qui aura 39 ans dans deux semaines était sorti de sa retraite pour aider les siens. Il aura au moins marqué l'histoire, puisqu'à 38 ans et 352 jours, le mythique défenseur du CSKA Moscou est devenu le plus ancien «auto-buteur» de l'histoire de la Coupe du monde. Les Ibères menaient donc déjà d'une longueur, alors qu'ils n'avaient pas tiré au but de la rencontre!

On pensait alors que l'Espagne allait dérouler, d'autant plus que le public commençait à s'ennuyer si fermement qu'il ne savait plus s'il fallait siffler la stérile possession adverse, condamner la passivité des leurs ou faire la «olà». Des fois, on a eu droit aux trois en même temps. Mais encore une fois, on a eu tort, car, à défaut d'être géniale, cette Sbornaja-là a montré un coeur immense et qu'elle était composée de valeureux soldats. Elle a su faire fi de son 5-4-1 ultra-défensif pour répondre aux exigences de son général coach Stanislav Cherchesov et est revenue dans la partie grâce à son joueur talisman.

Ce n'est une surprise pour personne, Artem Dzyuba est un homme courageux. Le géant avait manqué les deux penalties qu'il avait tenté cette saison dans le championnat russe? Pas de problème, il a pris le ballon et est allé tenter sa chance. L'attaquant de l'Arsenal Toula s'est chargé de transformer lui-même la sentence suprême qu'il avait obtenue, en catapultant de la tête le cuir sur le bras de Gerard Piqué, à quatre minutes de la pause. Un contre-pied parfait face à David de Gea, qui encaissait ainsi son 6e but du tournoi sur le 7e tir cadré concédé par son équipe!

Pour ne rien arranger aux affaires espagnoles, la Russie a donc retrouvé son gardien au meilleur des moments. A la peine au premier tour de la compétition, Igor Akinfeev a enfin fait un arrêt devant Diego Costa, dans les arrêts de jeu de la première période. L'Hispano-Brésilien a retenté sa chance de la cuisse à la 47e, mais le portier russe commençait à être bien chaud et s'est envolé pour les photographes. A 5 minutes de la fin, il a réussi une formidable manchette devant Andres Iniesta, avant de vite se relever et de sauver la patrie une deuxième fois. Lors de la deuxième mi-temps de la prolongation, c'est Rodrigo, profitant d'une des rares fois dans la partie où la «Roja» a eu quelques centimètres d'espace, qui a pu constater que le portier de 32 ans allait encore vite au sol.

Aux penalties, Akinfeev a fait encore plus fort, s'interposant devant Aspas et Koke. Le Stade Loujniki a alors rugi comme rarement. Devant un public qui peinait à y croire encore un quart d'heure après le dernier arrêt de son ange gardien, les Russes ont réussi un des plus grands hold-ups de l'histoire de la Coupe du monde. Ce sont eux qui défieront la Croatie ou le Danemark en quart de finale samedi prochain. Il faudra bien ces cinq jours de repos pour que tout le monde se remette de cette soirée complètement folle.

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