Football - Coupe du monde

09 juillet 2018 22:28; Act: 10.07.2018 11:12 Print

Une demi-finale de binationaux

par Robin Carrel, St-Pétersbourg - Alors qu'en Suisse certains ont «pensé» à interdire les joueurs au double passeport de jouer avec la Nati, la France et la Belgique, eux, en font un succès.

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Kylian Mbappe, de père Camerounais et de mère algérienne, fait le bonheur de la France. (Photo: Keystone/Etienne Laurent)

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Parmi les 23 Français convoqués pour la Coupe du monde par Didier Deschamps, on trouve un élément avec un passeport philippin, trois joueurs avec des papiers congolais, trois camerounais, un marocain, un sénégalais, trois maliens, un togolais, un angolais et un algérien. De l'autre côté de la pelouse, chez les Belges, on a quatre binationaux dont un bout de la famille au moins vient du Congo, deux du Mali, un de France via la Martinique, deux du Maroc, un d'Espagne et un du Kosovo... 26 demi-finalistes sur 46, donc, ont des racines étrangères.

Pendant qu'un certain ponte de l'Association Suisse de Football pense à obliger les meilleurs espoirs formés sur nos prés verts à renier les origines de leurs parents ou de celles de leurs grands-parents – avec, derrière, toute l'histoire qui va avec – pour avoir l'insigne honneur de peut-être un jour sans certitude porter la croix blanche sur le coeur, Belges et Français en ont fait, eux, une force.

50 formés en France

A l'inverse, ces deux contrées forment aussi, beaucoup, pour d'autres sélections, forcément. En Russie cet été, par exemple, ils étaient une cinquantaine à avoir été formés en France à jouer la Coupe du monde. Ils sont même quinze au bénéfice d'un passeport français à avoir choisi une autre équipe nationale. La Tunisie, par exemple, a aligné au premier tour Ellyes Skhiri (Montpellier), Mouez Hassen (Châteauroux), Seïfeddine Khaoui (Troyes), ou encore Yohan Benalouane (Leicester), tous issus d'un centre de formation de l'Hexagone.

De quoi crisper Noël Le Graët, président de la Fédération française de football? En aucun cas. La France avait connu le même genre de «crise» que l'Association suisse de football (ASF) en 2011 et ne joue plus sur un terrain devenu tabou depuis. «Les binationaux ne sont pas un problème, cela ne représente aucune gêne, au contraire on est très fier d’aider à faire progresser le football de cette manière, a affirmé sans détour le boss de la FFF en début de tournoi. On forme et on va continuer de former. La formation, c'est indispensable. Deux nouveaux pôles espoirs vont bientôt voir le jour. Nos portes sont ouvertes à tout le monde.»

Ne regrette-t-il pas cet investissement parti porter le maillot d'une autre sélection? «Cela ne m’a jamais choqué, a-t-il affirmé avec force. Pour moi, c’est presque un devoir. La France n’est pas un pays comme les autres. On a beaucoup de jeunes sur notre territoire qui restent attachés à leur pays d’origine. Les portes sont ouvertes à tout le monde, toutes origines, toutes couleurs, toutes religions, et c’est une fierté pour moi.» Un discours qui ressemble beaucoup à ce qu'il se passe en Suisse.

Tant mieux pour Rakitic

Kylian Mbappé, de mère algérienne et de père camerounais, ou Axel Witsel, de père martiniquais et de mère belge, dont la femme est roumano-hongroise et le meilleur ami, est belgo-marocain, font donc le bonheur de leur sélection respective, alors que d'autres de leurs compatriotes ont choisi de défendre les couleurs du pays de leur parents ou grands-parents. Mais les «Bleus» ou les «Diables Rouges» ont un avantage indéniable par rapport à la Nati, car sensiblement plus attractifs et à même de faire gagner des titres ou tout du moins de compter dans une grande compétition internationale.

Comme le dit justement Matthieu Dossevi, international togolais et Français, dans un article de «Libération» sur le sujet paru en mars dernier, «il ne faut pas être hypocrite: tous les binationaux qui sont en sélection africaine rêvaient de l’équipe de France. S’ils avaient eu le choix, ils auraient choisi les Bleus.» Ivan Rakitic, Mladen Petric ou Zdravko Kuzmanovic, qui ont grandi footballistiquement sur les terrains helvétiques, ont trouvé l'herbe des sélections croate et serbe plus vertes. Pour le premier, disons que ça peut se comprendre aujourd'hui...

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