Mondial 2018

11 juillet 2018 08:02; Act: 11.07.2018 08:14 Print

Vous en reprendrez bien pour 20 ans?

par Robin Carrel, St-Pétersbourg - D'ici à dimanche, la sempiternelle rengaine va tourner en boucle. Il ne faudrait pas que les «Bleus» gagnent la finale, sous peine d'en prendre plein les oreilles.

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C'était la liesse dans toute la France mardi soir après la demi-finale victorieuse face à la Belgique. (Photo: Keystone/Christophe Petit Tesson)

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Près de 500 commentaires en un peu plus de six heures... L'article concernant la qualification de l'équipe de France pour la finale de la Coupe du monde 2018 au détriment de la Belgique (1-0), mardi soir, vous a fait parler comme rarement. Le débat est à chaque fois le même, quand nos voisins disputent une grande compétition. Les Français sont-ils trop chauvins ou les Suisses trop jaloux? Les «Bleus» fanfaronnent-ils plus que de raison ou les Helvètes sont-ils des rabats-joie? Et si il n'y avait finalement pas de bonnes réponses à ces questions?

«Oh non, on va encore en entendre parler pendant vingt ans, comme depuis 1998», est la phrase qui revient le plus souvent. Bercés aux médias français depuis leur enfance, les Romands en ont soupé de Gloria Gaynor et des «Et 1, et 2, et 3-0», qui résonneraient en boucle à leurs oreilles depuis le triomphe à domicile de Zidane et compagnie à la fin du siècle dernier. Mercredi matin, «Le Monde» n'aidait pas beaucoup notre propos, en titrant qu'«une saveur de 1998» s'était emparée des rues de France...

Vous en conviendrez, ce n'est pas vraiment de la faute des quelque 67 millions d'habitants de l'Hexagone si TF1, M6 et compagnie émettent sur notre territoire, qui n'est de loin pas leur cible première. La simple capitale française est davantage peuplée que notre beau coin de pays francophone et, forcément, les préoccupations des médias locaux sont très éloignées de «nous autres». En Romandie, on prend de plein fouet la joie de voisins qu'on adore détester et, forcément, on se sent un peu envahis... Alors oui, le Français est un peu chauvin, comme tout supporter de foot. Mais avouez il y a tout de même un peu de quoi!

Si l'on s'en tient strictement aux faits, cette équipe de France, froide et pragmatique, ressemble beaucoup à son coach Didier Deschamps et à sa culture tactique turinoise. Elle a pris le parti de faire déjouer ses adversaires plutôt que d'attaquer à tout va et ça lui réussit plutôt bien. Elle est jeune, a quelques éléments de classe mondiale et, surtout, va très, très vite. Kylian Mbappé en est le parfait exemple et a en plus la tête bien faite.

Une fois n'est pas forcément coutume, et c'est à mettre au crédit d'un coach qui a su couper toutes les têtes qui dépassent ou qui pensaient éventuellement à le faire, le contingent français se comporte en véritable groupe. Paul Pogba, d'habitude si excentrique, en est le meilleur des exemples. Les «coiffeurs» ont quant à eux vu contre le Danemark, lors d'un 0-0 terrible pour les yeux en fin de phase de poule, qu'ils n'étaient pas au niveau des titulaires et sont restés dans leur rôle. En prime, ces «Bleus» ont réussi à rétablir une image brouillée en Afrique du Sud il y a huit ans et rien que ça, c'est aussi un petit exploit.

Mardi soir, à Saint-Pétersbourg, les «Bleus» ont battu des Belges qui n'avaient plus perdu depuis septembre 2016 (19 victoires, 5 nuls, 3es au classement FIFA) et le style de jeu pragmatique de leurs adversaires n'y est surtout pas pour rien. Doit-on blâmer les hommes de Didier Deschamps? Si la France ne gagne pas la finale, sa manière de jouer sera forcément critiquée et en premier lieu dans son propre pays. Si elle l'emporte, en revanche, on criera au génie du coach basque, comme pour Aimé Jacquet en son temps, passé de zéro à héros en quelques matches, et qui préférait lui aussi bien défendre avant tout autre chose.

La «Dèche» le dit lui-même: «Je ne parle jamais aux miens de mon histoire et de 98. Jamais. Certains de mes éléments n’étaient même pas nés! C’est une autre histoire, c’est passé. Je ne vais par leur parler de joueurs d’il y a vingt ans ou même d’il y a dix ans. Non pas que je ne sois pas fier de 1998, bien au contraire, mais il faut vivre avec son temps. Personne ne pourra jamais nous enlever ce qu’on a fait cette année-là, mais le plus important, c’est aujourd’hui et demain.» Et dimanche.

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