Compétition

28 février 2019 17:18; Act: 28.02.2019 17:21 Print

Vivre ensemble 24h/24, le défi des joueurs e-sport

Au sein des «gaming houses», les joueurs professionnels mangent, dorment et s'entraînent durant des mois tous ensemble sous le même toit.

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Vivre sur son lieu de travail ET avec ses collègues: un cauchemar pour beaucoup mais souvent une nécessité pour des équipes professionnelles de e-sport pour qui «gaming house» rime avec meilleures performances.

Depuis que Berlin accueille annuellement entre janvier et mars les championnats d'Europe du plus célèbre jeu vidéo en ligne, «League of Legends» («LoL», pour les initiés), plusieurs équipes y ont élu domicile, faisant de la capitale allemande un haut lieu de ce concept propre au sport électronique.

Son principe est simple: créer une meilleure dynamique collective en regroupant dans un même endroit joueurs et staff d'une équipe d'e-sport pour s'entraîner ensemble et préparer des compétitions en ligne. Coûts et fatigue induits par les déplacements réguliers sur les lieux de rencontres diminuent.

«Aucune équipe professionnelle ne peut dorénavant se passer de sa gaming house : les temps où cinq joueurs d'une même équipe s'entraînaient simultanément, chacun depuis son propre appartement, dispersés dans tout le pays ou même sur le continent, sont terminés», assure à l'AFP Dennis Hennersdorf, manageur de l'équipe Vitality pour le jeu «League of Legends».

Son rôle? S'assurer que ses «gameurs», des hommes de 20 à 23 ans originaires de cinq pays, évoluent dans un environnement optimal et ne manquent de rien.

Nourris (par un chef particulier), logés, blanchis, les jeunes prodiges de Vitality, l'une des meilleures équipes européennes de «LoL» installée dans la capitale allemande depuis 2016, cohabitent avec leur entraîneur et un analyste vidéo dans un sublime appartement de 350m² d'un quartier chic berlinois.

Athlètes

Dans cette guesthouse composée de trois salles de bain, d'une salle de réunion et de repos, tous bénéficient d'une chambre individuelle à la porte d'entrée parée de leur effigie manga.

Aux murs, des photographies narrant les exploits de l'équipe au fil des compétitions rappellent constamment les objectifs de victoire aux athlètes aux salaires «comparables à des joueurs de football professionnels».

Pièce maîtresse: la salle d'entraînement où ronronnent une dizaine d'ordinateurs surpuissants bénéficiant d'une connexion internet très haut débit.

Souvent pieds nus ou en chaussettes, les joueurs, affublés du survêtement ou du maillot de l'équipe noir aux rayures dorées, y passent au moins huit heures par jour sur leur fauteuil ergonomique orné de l'écusson de «Team Vitality», une abeille.

Les neuf semaines de compétition exigent le respect d'un programme quotidien draconien: lever à 11h, petit déjeuner collectif puis diverses sessions d'entraînements individuels et collectifs ponctuées de briefings tactiques... jusqu'à 3h du matin.

S'y ajoutent des exercices physiques, la venue régulière d'un physiothérapeute et trois séances de fitness hebdomadaires afin d'éviter les blessures chroniques au niveau de la nuque, du dos ou des doigts. Pour la préparation mentale, Vitality propose des ateliers de méditation.

Vie sentimentale «de côté»

Cet environnent quasi-familial permet à l'équipe de toujours «anticiper et régler les problèmes sur place», juge M. Hennersdorf.

Revers de la médaille: une absence de vie privée avec interdiction de ramener un(e) (petite) ami(e) à la «gaming house».

«On ne contrôle pas ce qu'ils font constamment mais on leur demande d'être concentrés à fond durant les neuf semaines: on suggère qu'ils mettent de côté leurs sentiments», précise Gabor «The Minimalist» Fenyvesi, responsable de l'équipe.

Une situation compliquée à gérer, selon la star française de l'équipe, Lucas «Cabochard» Simon-Meslet: «pendant ces mois à Berlin, c'est formidable de pouvoir vivre avec mes coéquipiers, mais cela peut parfois être étouffant d'être ensemble 24h/24, 7j/7, pendant des mois, sans avoir d'espace privé séparé».

De fait, le modèle traditionnel de la «gaming house», apparu à Séoul au début des années 2000 mêlant lieu de vie et de travail, évolue.

Fnatic, meilleure équipe occidentale, préfère opter pour une solution hybride: «notre équipe de League of Legends joue et s'entraîne dans un bureau à Berlin mais tous vivent dans des appartements à proximité», explique son responsable, Jan Hoffmann. Cette année encore, Vitality et Fnatic seront favorites au titre européen de «LoL» et espèrent titiller les formations asiatiques lors des mondiaux, l'un des plus gros événements d'e-sport.

D'autant que la finale 2019 se déroulera en novembre dans l'enceinte de l'AccorHotel Arena à Paris et ses 20.000 spectateurs potentiels. Sans oublier le public en ligne: la précédente édition avait attiré 100 millions de spectateurs uniques sur les trois manches à l'issue desquelles Fnactic s'était inclinée face aux chinois d'Invictus Gaming.

(nxp/afp)