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22 mai 2019 15:54; Act: 23.05.2019 17:37 Print

Des robots pour filtrer les commentaires en ligne

Face au «durcissement» du débat dans les commentaires en ligne, certains journaux testent une alternative à la fermeture pure et simple de cet espace.

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Le New York Times et le journal madrilène El Pais ont déjà adopté l'outil de modération. (Photo: AFP)

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Est-il possible de discuter - calmement - sur internet? Plusieurs médias en font le pari et ont décidé récemment de remettre en avant les commentaires de leurs lecteurs sur leurs sites, s'appuyant sur des robots pour écarter les insanités.

Le Monde a annoncé mercredi avoir adopté un nouveau système d'écrémage des commentaires qui s'appuie sur une technologie de Jigsaw, un incubateur de la maison-mère de Google, Alphabet.

Déjà adopté en anglais par le New York Times et en espagnol par le journal madrilène El Pais, l'outil de Jigsaw mâche le travail des modérateurs en attribuant automatiquement une note de «nocivité» aux 3000 commentaires postés chaque jour sur le site du Monde.

«Des pistes d'amélioration»

Lorsqu'ils tapent leurs commentaires sous l'article, les abonnés reçoivent en temps réel une évaluation, qui peut les inciter à mieux choisir leurs mots. Les modérateurs du média décident ensuite de publier ces contributions, ou d'écarter les propos insultants, racistes, diffamants, ou hors-sujet.

«Ca fait longtemps qu'on réfléchit à des pistes d'amélioration», explique Alexis Delcambre, directeur adjoint de la rédaction du Monde.

«On a le sentiment que la tonalité des commentaires s'est durcie ces dernières années, avec beaucoup d'attaques personnelles. Mais on ne renonce pas à l'idée qu'il soit possible d'avoir une discussion intéressante sur un site d'information».

En 2019, 14,3% des commentaires relevés aléatoirement sur des sites d'actualité français ou leurs pages Facebook étaient agressifs ou haineux, selon un «observatoire de la haine en ligne» publié par Netino, entreprise spécialisée dans la modération. De nombreux médias à travers le monde, comme des journaux locaux ou le mensuel américain The Atlantic, ont banni les commentaires, et sont revenus au bon vieux système des courriers (ou courriels) que l'on envoie pour donner son avis.

Modérer les commentaires coûte quelques milliers d'euros chaque mois: dans un contexte de crise de la presse, les médias peuvent décider d'en faire l'économie. De plus, selon plusieurs études, les commentaires haineux donnent une mauvaise image aux sites qui les accueillent. Ils les exposent aussi à des poursuites et peuvent faire fuir leurs annonceurs.

«Couche de toxicité»

Au siège parisien de Google, la responsable des partenariats de Jigsaw, Patricia Georgiou, explique qu'en «enlevant cette couche de toxicité», on «veut encourager les lecteurs à intervenir plus en ligne». Pour apprendre, les algorithmes doivent analyser des corpus gigantesques, et chaque commentaire est relu par dix annotateurs différents. Et comment noter le mot «merde» qui en français peut être une insulte comme un souhait de bonne chance? Et un «excellente nouvelle!», posté sous des articles parlant de migrants qui se noient?

«Des équipes d'ingénieurs travaillent sur des angles différents comme l'humour, l'ironie, le second degré», explique la responsable.

Après six mois de collaboration avec Jigsaw, selon El Pais, la nocivité des commentaires a légèrement baissé sur les articles et, surtout, le nombre total de contributions a augmenté.

En rouvrant leurs pages de commentaires, les médias cherchent aussi à reprendre le contrôle sur ces liens directs avec des abonnés potentiels, qu'ils avaient laissés ces derniers temps à Facebook et Twitter, souligne Jérémie Manie, PDG de Netino. Steve Bonet, de la société de modération Atchik, «on a beaucoup de titres de presse qui veulent mieux savoir de quoi sont faites leurs communautés, et ce que veulent lire leurs lecteurs».

Jérémie Manie regrette qu'on a ait cherché à «tuer» le commentaire sans chercher, en vingt ans de journalisme en ligne, à exploiter correctement ces expressions de la société, appréciées selon lui de nombreux lecteurs.

«Le mouvement des gilets jaunes n'est pas surprenant pour ceux qui lisaient les commentaires six mois avant», souligne-t-il. «C'est facile de le dire après coup, mais c'est un des derniers espaces où ils pouvaient s'exprimer».

«Élever le niveau de la conversation»

Certains y pensent: au New York Times comme à l'université Simon Fraser, au Canada, on cherche à identifier automatiquement les commentaires les plus «constructifs», ceux qui «font avancer la conversation, restent civilisés et apportent de la valeur, comme une opinion basée sur des faits ou des expériences personnelles», détaille la chercheuse en linguistique Maite Taboada, de l'université canadienne.

«Des recherches montrent qu'en promouvant ces commentaires constructifs, on peut élever le niveau de la conversation en ligne», fait-elle valoir. Au Wall Street Journal, on y croit: le journal a récemment transformé ses commentaires en «conversations», lancées par une question en fin d'article, et auxquelles contribuent les journalistes.

Pourra-t-on métamorphoser la cacophonie et les insultes en débat apaisé? «C'est une expérience», prévient Alexandre Picard, du Monde. «Si on n'arrive pas à apaiser la discussion, on pourra revenir sur notre décision». «Personne n'a la bonne formule aujourd'hui», observe Jérémie Manie.

(nxp/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Coco le 22.05.2019 16:56 Report dénoncer ce commentaire

    Enfin!

    Quand le fera-t-on dans la presse suisse?

  • et on critique la Chine ??? le 22.05.2019 19:00 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ben voilà la dictature

    L'avènement de la pensée unique de gauche, déjà qu'on ne peut jamais répondre aux insultes des gauchos, même avec la plus grande correction, déjà que dès qu'on cite des chiffres et des statistiques officielles on est censuré...

  • Old§Archibald le 22.05.2019 18:24 Report dénoncer ce commentaire

    Next: La dictature de la pensée

    On fera tout pour museler la liberté d'expression et ce n'est qu'une première étape car on ne tardera pas à attaquer la liberté de pensée: ex.: tu penses en homophobe... tu es condamnable. Il n'y aura plus que le politiquement correct fomenté par une petite pseudo élite jusqu'à ce que... et là il y aura des forêts de pendus constituées par tous ceux qui ont voulu limiter la liberté de leurs congénères.

Les derniers commentaires

  • ktulu le 22.05.2019 21:47 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    un jour sans fin

    aïe. Museler l'opposition, imposer sa vision..pas terrible comme démocracie.

  • Vox Tenebras le 22.05.2019 20:34 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Dictature masquée

    Brazil mais en vrai! Ça fait vraiment peur et....ça n'inquiète plus personne.

  • et on critique la Chine ??? le 22.05.2019 19:00 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ben voilà la dictature

    L'avènement de la pensée unique de gauche, déjà qu'on ne peut jamais répondre aux insultes des gauchos, même avec la plus grande correction, déjà que dès qu'on cite des chiffres et des statistiques officielles on est censuré...

    • jarod gibbs le 24.05.2019 12:02 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @et on critique la Chine ???

      C'est le bon moyen de revenir autour d'une table,les uns en face des autres... En espérant que cela ne finisse pas à la Don Camilo avec les tables qui volent...

  • Old§Archibald le 22.05.2019 18:24 Report dénoncer ce commentaire

    Next: La dictature de la pensée

    On fera tout pour museler la liberté d'expression et ce n'est qu'une première étape car on ne tardera pas à attaquer la liberté de pensée: ex.: tu penses en homophobe... tu es condamnable. Il n'y aura plus que le politiquement correct fomenté par une petite pseudo élite jusqu'à ce que... et là il y aura des forêts de pendus constituées par tous ceux qui ont voulu limiter la liberté de leurs congénères.

    • jarod gibbs le 24.05.2019 12:07 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Old§Archibald

      Ça annonce plutôt la fin d'un monde,celui du tout en ligne... On récupérera la liberté de paroles autour d'une table,avec le risque en cas d'abus de language d'y perdre un ou deux chicos!

  • Coco le 22.05.2019 16:56 Report dénoncer ce commentaire

    Enfin!

    Quand le fera-t-on dans la presse suisse?