Booba

03 décembre 2015 16:13; Act: 03.12.2015 16:28 Print

«La Suisse? Classe, propre mais trop calme pour moi»

par Fabien Eckert - Booba sort vendredi 4 décembre 2015 son 8e album, «Nero Nemesis». Il nous en a parlé avant son concert à Genève jeudi 3 décembre 2015.

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Le Français de 38 ans, aime la Suisse pour son côté «apaisant, classe et propre». (Photo: D. Benoliel)

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On l'appelle Le Duc, mais il est en fait le roi du gangsta rap français. Pourtant, seul dans sa loge, Booba n'a rien d'un monarque entouré de courtisans. Le colosse de 1 m 92 se révèle simple, affable et doué d'un certain sens de la formule. Booba «Attila»

Votre album a fuité peu avant sa sortie. Fâché?
Non, je suis habitué. C'est comme pour tous mes disques. Je ne vais pas me couper les veines pour ça. Ça prouve que je suscite de l'intérêt. Peut-être plus que les autres.

Que signifie «Nero Nemesis?»
Le nom de la peinture noire mat de Lamborghini. J'ai appris ensuite, par ma graphiste, que c'était la déesse grecque de la colère et de la vengeance. Ça correspond à mon univers, c'est parfait.

Vous parlez toujours crûment de violence, de flingues, de femmes, de bagnoles. Pas envie de changer?
Non, parce que c'est intemporel. Même si j'évolue, les femmes feront toujours partie de la vie. Regarde Hugh Hefner. A plus de 80 ans, il est toujours entouré de filles. Je précise aussi que chez moi, il n'y a pas de thème ni de je t'aime. Si un jour je devenais moine tibétain, je tiendrais peut-être un autre discours.

Des jeunes vous écoutent. Pas de responsabilité envers eux?
Non, je ne suis pas curé! J'écris pour moi, pas pour les petits. C'est égoïste. Me demander d'être moins violent, c'est comme si tu demandais à Tarantino d'arrêter les effusions de sang dans ses films. Si Booba n'est plus violent, ce n'est plus lui, mais Maître Gims! Je ne suis pas un demi dieu qui a pour ambition d'éduquer les jeunes et ce n'est pas avec ce que je rappe qu'ils vont plonger dans les ténèbres.

Pourquoi utilisez-vous autant d'autotune?
Parce que je ne sais pas chanter! Quand je veux ajouter un côté mélodieux, plutôt que d'appeler M. Pokora, je le fais moi-même avec ce logiciel. C'est génial, tu peux devenir Mariah Carey en un instant. Attention: ce n'est pas parce que je pousse la chansonnette comme dans «Validée» que je vais avoir honte. Je ne parle pas des pâquerettes et des écureuils! Booba «Validée» feat. Benash

Que pensez-vous des nouveaux talents du hip-hop français, SCH, PNL, Nekfeu ou Jul, qui explosent maintenant?
Ils me rappellent moi quand j'ai commencé. Ils ont la dalle, ils sont inspirés et ils vont au charbon. Tant mieux! En plus, ce sont des vrais rappeurs authentiques qui disent ce qu'ils ont à dire sans filtre.

Votre meilleur ennemi, Rohff, sort aussi son album aujourd'hui. Un pur hasard?
Je ne crois pas au hasard, mais là ce n'était pas voulu au début. J'aurai dû sortir mon disque le 20 novembre. Je n'étais pas prêt. J'aurais pu le publier une semaine après sauf que Gradur, un bon pote, sortait aussi un disque. Je ne voulais pas le court-circuiter. En arrivant le même jour que Rohff, je savais que ça allait faire parler.

Où en sont vos clashs?
Nulle part. Je suis serein. Rohff est fini depuis un moment. Il n'a plus de talent. On ne boxe plus dans la même catégorie.

Comment vous préparez-vous avant un concert?
Mon seul souci est de me souvenir de mes textes. Il faut juste bien les répéter. Là, je suis dans un magnifique hôtel. Je mange bien, comme aujourd'hui une sole meunière avec des épinards, je vais à la salle de sport, je dors bien. Le but est d'être en forme tant dans le corps que dans l'esprit.

Votre avis sur le public suisse?
Il est chaleureux et il connaît bien la musique. Votre pays est apaisant, classe et propre. Il n'y a pas de tension ici. M'installer chez vous? Non. C'est bien de passage, mais je crois que c'est trop calme pour moi. Booba «Génération Assassin»