Interview

03 octobre 2011 08:11; Act: 03.10.2011 12:40 Print

Stress: «J'ai eu envie de tout arrêter»

par Fabrice Aubert - Le rappeur vaudois se confie à quelques jours de la sortie de son nouvel album, «Renaissance II».

Stress en interview et en répétition aux Docks de Lausanne.
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Pouvez-vous nous expliquer le titre de votre nouvel album, «Renaissance II»?
Le premier «Renaissance» faisait référence à la politique et à la Suisse. Celui-là, c’est par rapport à moi-même. Par rapport à la musique déjà, parce qu’on a un réel renouvellement dans la façon de réaliser la musique. Et aussi par rapport à mes problèmes de dos. C’est un renouvellement au niveau de mon corps. J’ai vécu une période difficile où je ne savais pas si je pouvais continuer à faire de la musique.

Mais ça va mieux?
J’ai trouvé plus ou moins une solution. Je dois travailler sur moi-même, faire du stretching chaque jour pendant 45 minutes. C’est vraiment ce qui me permets de tenir.

Vous aviez donc envie de communiquer cette renaissance à travers votre album?
Non, pas vraiment. Quand je suis arrivé à la fin de l’album, je me suis dit «C’est cet album qui aurait dû s’appeler Renaissance». Et un pote m’a conseillé de l’appeler «Renaissance II».

Dans le morceau «Comment stopper?», vous dites «J’ai eu envie de tout lâcher». Vous avez vraiment pensé à arrêter la musique?
Lors du tournage de «Réel», en Australie, j’étais dans un Outback sans téléphone ni médecin. Je ne dormais que deux heures par nuit à cause de mes douleurs. Et je savais pertinemment que j’étais dans cette situation parce que je me poussais au-delà de certaines limites, sans écouter mon corps. Et là, je me suis demandé si le jeu en valait la chandelle. C’est pour ça qu’il y a un morceau qui s’appelle «Fuck Stress». Est-ce que ça vaut vraiment la peine de bousiller ta vie pour pouvoir faire tout ce que tu veux? A un moment, j’en avais plus rien à foutre de tout. Même de la musique. J'ai eu envie de tout arrêter. J’avais juste envie que la douleur s’arrête. Et je me suis rendu compte que c’est à cause de la pression que je me mets ou que je peux recevoir des gens que je me suis retrouvé dans cette situation.

Qu’est-ce qui vous a donné la force de vous remettre à travailler sur un nouvel album?
Déjà la musique. En tant qu’artiste tu as quand même toujours envie d’en faire. Je savais que je devais trouver de nouvelles voies. On a pris plus de temps, au début, dans la créativité. J’ai loué une maison pendant une semaine à la montagne. On a amené tout un studio là-bas et on a fait juste de la recherche et du développement. J’ai adoré ça. Et juste avant ça, j’avais rencontré mon prof de yoga qui m’a appris que même avec l’aide de tous les médecins du monde, si tu ne mobilises pas ton corps, il ne va rien se passer. J’ai alors commencé à faire des exercices de stretching qui font super mal. Mais ils m’ont permis d’avoir chaque jour une ou deux minutes de tranquillité.

Et vous êtes prêt à reprendre la scène?
Je fais ces exercices depuis une année. Donc là je peux faire de nouveau des répétitions mais je dois toujours faire mes exercices. Pour les concerts, au lieu d’aller me bourrer la gueule en sortant de scène, je ferai mes exercices pendant une heure et après seulement j’irai faire la fête!

Mais vous allez quand même pouvoir sauter, comme à votre habitude?
Le problème c’est que je ne peux pas faire un concert plus tranquille. J’ai la possibilité de toujours donner autant d’énergie. Mais je dois faire attention après, pour que je puisse continuer.
Stress au Kiosque à musiques samedi 1er octobre 2011


Nous vous avions rencontré au tout début du travail de votre album. Vous aviez l’air très impliqué dans la conception musicale. Cela a été le cas sur tout le disque?
Oui. Seul le morceau «Fuck Stress» a été uniquement produit par Yvan. Pour tous les autres titres, j’ai participé à la création musicale aux côtés de divers musiciens. Aujourd’hui, si tu veux en tant qu’artiste avoir une identité, tu dois t’impliquer. Et je pense que grâce à ça, les gens reconnaissent un morceau de Stress.

Il y a des morceaux étonnants pour du Stress, comme «Cassao» aux accents latino…
Je suis dans une position où j’ai l’obligation de surprendre les gens. Mais pour moi «Cassao» est complètement hip-hop avec son beakbeat et ses guitares. Et en même temps il y a un autre côté surprenant et je pense que c’est ce que le public recherche dans un album.

Vous chantez sur plusieurs morceaux, comme «Young»…
Oui, vite fait. Mais j’essaye de m’améliorer. Je suis des cours de chant chez une prof à Zurich. Concernant «Young», c’est un morceau qu’on a composé à la montagne. J’avais trouvé le refrain tout de suite. Et j’ai passé six mois à chercher quelqu’un pour le chanter. Mais chaque fois quelque chose clochait. Et toutes les personnes que j’ai contactées m’ont conseillé de le chanter moi-même. Ce que j’ai finalement fait.

Dans «Animal Life», vous vous décrivez comme un «petit con millionnaire». Vous êtes donc millionnaire?
Comment ça? J’ai dit ça? J’en sais rien, peut-être…

Vous avez donc un style de vie d’animal?
Oui, c’est une attitude. On fonce, on fait les choses. Mon état d’esprit c’est «work hard, party hard».
Reportage sur le tournage du clip «Fuck Stress»


Dans l’album il n’y a plus cette dimension politique...
C’est un choix. Je ne voulais pas que les gens pensent que je continuais de taper sur le même clou. Mais d’une certaine manière, avec la couverture de l’album, je pense qu’on continue de leur mettre… mais de façon subtile. J’ai toujours les mêmes avis mais je pense que je n’ai plus besoin de le dire.

Dans «A mes côtés», vous abordez vos problèmes de couple. Ils semblent dater d’un moment déjà…
C’est un morceau que j’ai écrit vers la moitié de la création de l’album. Il existait déjà avant tout ce bordel.

Et ça ne vous dérange pas qu’il soit sur l’album avec tout ce qui s’est passé?
Non. Dans la vie, il ne faut pas avoir peur des choses. Si tu l’as écrit c’est fait. C’est comme mon tatouage. Je ne vais pas faire tatouer une fleur par-dessus. Tout ça fait partie de ce que tu es. Et si tu le renie, c’est comme si tu te renais toi-même.

Dans «Elle» vous parlez de l’importance de vos maux de dos dans votre vie…
J’explique comment à quel point, quand tu as des problèmes de dos, ou autre, la douleur devient ta partenaire. Elle est tout le temps là, beaucoup plus présente que tes amis, ta famille et même ta femme. Et tu as une relation beaucoup plus étroite avec elle qu’avec qui que ce soit d’autre. Et malheureusement, le fait d’avoir cette relation avec elle te coupe de tous les autres. Et c’est ça qui gâche tout.

Malgré votre rupture, vous continuez de vivre à Zurich?
Oui. Mais j’ai toujours mon appartement d’étudiant à Lausanne, donc j’alterne un peu les deux.

Est-ce qu’il y a des changements sur scène pour la nouvelle tournée?
Cela faisait huit ans qu’on avait la même formation, donc on a fait quelques modifications. Par exemple, on a un pianiste qui nous a rejoint. Nega, qui je pense avait envie d’autre chose, est remplacé par MAM. Et on a une deuxième guitare avec Marc, qui était très présent dans la production de l’album.

Dans l’album vous dites avoir toujours le trac avant de monter sur scène. Il reste présent même après tant de concerts?
Je pense que c’est important de l’avoir toujours. C’est ce qui te pousse à être bon. Mais c’est aussi une sorte d’excitation en fait.